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Bande de Gaza: le Hamas crie victoire, la trêve avec Israël semble tenir

22/11/2012 02:32 EST | Actualisé 22/01/2013 05:12 EST

GAZA, Territoire palestinien - Des milliers de partisans du Hamas ont célébré la première journée de cessez-le-feu dans la bande de Gaza, jeudi, après huit jours de bombardements meurtriers, tandis que les milliers de soldats israéliens envoyés près de la frontière pour une éventuelle offensive terrestre se sont retirés.

L'offensive israélienne dans la bande de Gaza, qui a commencé le 14 novembre, a fait 161 morts, dont 71 civils, du côté palestinien. Six personnes, soit deux soldats et quatre civils, ont également perdu la vie en Israël. Ce sont les combats les plus meurtriers entre Israël et le Hamas depuis l'opération Plomb durci de 2008-2009, qui avait tué 1400 Palestiniens et 13 Israéliens.

Le premier ministre du Hamas au pouvoir à Gaza, Ismaïl Haniyeh, a estimé que la force de dissuasion du mouvement islamiste avait découragé l'armée israélienne de mener une opération terrestre dans la bande de Gaza, contrairement à l'opération Plomb durci de 2008-2009.

«Les combattants de la résistance ont changé les règles du jeu avec l'occupant et déjoué ses calculs», a lancé M. Haniyeh à la télévision. «Après cette victoire, l'option de l'invasion de Gaza est partie et ne reviendra jamais.»

Ismaïl Haniyeh a néanmoins exhorté les jihadistes à respecter la trêve «tant qu'Israël la respecte». Des centaines de combattants masqués du Hamas, armés de lance-grenades et de fusils d'assaut, ont fait leur réapparition jeudi aux funérailles de cinq de leurs camarades.

En Israël, les sentiments sont mitigés. Certains sont soulagés que le calme soit revenu sans une intervention terrestre, mais d'autres, en particulier dans le sud visé par les roquettes palestiniennes, estiment que l'opération a été abandonnée avant d'avoir atteint son but.

Le premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou, a quant à lui affirmé que l'objectif de mettre fin aux tirs de roquette et d'affaiblir les islamistes au pouvoir dans la bande de Gaza était atteint, mais que son gouvernement était prêt à réagir en cas de violation du cessez-le-feu.

Au-delà des discours de fermeté, la trêve ouvre de nouvelles perspectives. Israël et le Hamas doivent désormais négocier un accord qui mettra fin aux tirs de roquettes et rouvrira les frontières de la bande de Gaza, soumise à un blocus depuis la prise de pouvoir des islamistes en 2007. Les négociations, menées sous la houlette de l'Égypte, sont censées commencer après 24 heures d'arrêt des combats.

Jeudi, le chef en exil du Hamas, Khaled Mechaal, et celui du Jihad islamique, Ramadan Shalah, ont rencontré le chef du renseignement égyptien dans le cadre de l'après-cessez-le-feu.

Un haut responsable israélien et trois de ses conseillers sont arrivés tard jeudi soir au Caire, où ils ont été conduits au quartier général des services de renseignement égyptiens, selon des responsables aéroportuaires égyptiens.

La formulation floue de l'accord de cessez-le-feu et la profonde hostilité qui règne entre les deux camps n'offre aucune garantie de succès, d'autant plus que les deux parties ont des exigences élevées: l'État hébreu veut la fin de la contrebande d'armes vers la bande de Gaza, tandis que les islamistes réclament la levée totale du blocus.

Les affrontements ont sorti le Hamas de son isolement politique, avec la visite dans la bande de Gaza des ministres des Affaires étrangères de la Turquie et d'autres pays musulmans. L'ouverture de négociations indirectes constitue aussi une reconnaissance du rôle central du Hamas par Israël et les États-Unis, qui le considèrent comme une organisation terroriste.

Benyamin Nétanyahou a pour sa part gagné en popularité, à l'approche des élections législatives de janvier 2013.

Quant à l'Égypte post-Moubarak, elle s'est imposée comme un acteur majeur de la scène diplomatique régionale. L'Égypte se trouve toutefois dans une position délicate, entre le Hamas issu des Frères musulmans comme le président égyptien, Mohamed Morsi, et la nécessité de conserver de bonnes relations avec Israël et les États-Unis pour éviter l'isolement international.

Le président Morsi va devoir jouer un rôle plus direct d'arbitre entre Israël et les islamistes au pouvoir dans la bande de Gaza, tout en étant confronté à de nombreux défis intérieurs, dont la relance de l'économie.

Le Hamas a beaucoup gagné en popularité en une semaine, non seulement dans la bande de Gaza, mais aussi en Cisjordanie, dirigée par l'Autorité palestinienne de Mahmoud Abbas.

Mahmoud Abbas, seul représentant palestinien reconnu par la communauté internationale, apparaît comme le perdant de cette semaine de violence. Resté sur la touche, incapable depuis quatre ans de faire avancer les négociations de paix sur la création d'un État palestinien, il tentera de reprendre l'initiative à la fin du mois en demandant pour la Palestine le statut d'État non membre de l'ONU.

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