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Avec «Ésimésac», le conteur Fred Pellerin a écrit un film quasi prémonitoire

22/11/2012 11:18 EST | Actualisé 22/01/2013 05:12 EST

MONTRÉAL - Véritable plaidoyer en faveur de la solidarité et du bien commun, «Ésimésac», le deuxième film tiré de l’univers de Fred Pellerin, n’aurait pas pu prendre l’affiche à un meilleur moment qu’aux lendemains du «printemps érable».

«C’est étrange parce que ce film-là a été écrit il y a quatre ou cinq ans à partir d’une suite de contes qui datent de 2004», explique le conteur de Saint-Élie-de-Caxton. «Mais à cause de l’actualité, on dirait qu’il a été écrit au printemps et tourné à l’été alors que ça fait quelques années déjà qu’il est dans le 'blender'. Les gens disent que je suis nostalgique mais, dans le fond, je fais de la prémonition.»

Il est vrai que la crise étudiante survenue au Québec durant la dernière année jette un éclairage particulier sur «Ésimésac», dont le héros éponyme, un jeune homme né sans ombre mais doté d’une force surhumaine, décide de créer un jardin communautaire pour sortir son village de la misère et de la faim qui le rongent.

La rumeur voulant que le train s’arrêtera bientôt dans la petite localité isolée pousse toutefois les habitants à délaisser peu à peu le projet commun d’Ésimésac afin d’aller travailler pour le forgeron Riopel, qui préfère vendre des rails à rabais à la compagnie ferroviaire plutôt que de faire pousser des légumes.

Pour Luc Picard, qui a réalisé le film en plus d’y incarner le personnage de Toussaint Brodeur, les thèmes abordés par «Ésimésac», soit la crise, l’absence de projet collectif, l’individualisme et le recours excessif au crédit, ne se limitent pas au Québec et à notre époque.

«Ce sont des sujets universels et plutôt intemporels. Mais le fait que le film tombe juste après le 'printemps érable', c’est une belle coïncidence», indique l'acteur et réalisateur à qui l'on doit aussi «Babine», le premier long métrage basé sur les contes de Fred Pellerin sorti en 2008. «J’espère que 'Ésimésac' va ouvrir le cœur et les yeux aux gens, que ça va leur parler et les inspirer.»

Une merveille

«Ésimésac» a réuni sur son plateau sensiblement les mêmes comédiens et artisans qui avaient travaillé sur «Babine». Mais contrairement au premier, tourné en studio à Montréal, le second a été filmé à l'extérieur à Harrington, dans les Laurentides.

«C’est cliché de dire ça, mais le tournage a été une véritable merveille», affirme Gildor Roy, qui joue l’individualiste Riopel. «Comme nous étions tous au même hôtel et toujours la même 'gang', il y a vraiment un esprit de groupe qui s’est créé. C’était parfait.»

Nicola-Frank Vachon, l’interprète du fameux Ésimésac, abonde dans le même sens. «C’était comme un camp de vacances», lance le jeune homme originaire de Québec, qui fait ses débuts officiels au cinéma avec ce rôle. «Pour une première expérience, j’ai vraiment frappé le gros lot!»

De son côté, Luc Picard a vraiment apprécié passer du cadre contraignant du studio aux possibilités infinies de la nature, et ce, en dépit de la température glaciale qui lui a fallu affronter pour tourner les scènes hivernales.

«Me retrouver dehors et pouvoir placer ma caméra n’importe où, ç’a été extraordinaire», raconte-t-il. «Avec 'Babine', il y avait plein de contraintes techniques et je faisais les plans que je pouvais. Mais pour 'Ésimésac', j’ai pu faire les plans que je voulais.»

Quant à Fred Pellerin, il avoue avoir été beaucoup moins présent sur le plateau d’«Ésimésac», surtout en raison de son emploi du temps chargé.

«Avec 'Babine', tout était neuf. Mais là, j’en connaissais déjà de longs bouts. Et puis, avec Luc, la relation de confiance était établie. Il savait jusqu’où il pouvait jouer dans l’affaire», explique le conteur, qui se dit tout à fait enchanté du résultat final.

Lorsqu’on demande à Fred Pellerin s’il aimerait faire un troisième film, la réponse ne se fait pas attendre.

«J’ai le goût d’en faire 1000! Comme j’ai le goût de faire 22 albums et 664 shows de contes!», exclame-t-il. «J’aime bien quand on m’invite à collaborer à des projets au cinéma ou ailleurs. C’est une manière de tirer les contes vers le haut, de les pousser dans les sphères nobles du septième art et des six autres.»

«Ésimésac», qui met aussi en vedette René-Richard Cyr, Marie-Chantal Perron, Sophie Nélisse et Isabel Richer, prendra l’affiche au Québec le 30 novembre.

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