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Peu de signes que les Libyens enquêtent sur l'attentat au consulat à Benghazi

21/11/2012 11:05 EST | Actualisé 21/01/2013 05:12 EST

BENGHAZI, Libye - Après plus de deux mois, l'enquête que la Libye mène sur l'attaque contre le consulat américain à Benghazi semble piétiner.

Des hauts responsables de sécurité n'ont jamais été questionnés. Aucun suspect n'a été nommé et des assaillants qui ont été vus en train de participer à l'attaque se promènent librement dans les rues de Benghazi.

L'enquête stagne en partie à cause de la peur de représailles de miliciens extrémistes.

Farag al-Fazani, un jeune commandant d'une force de sécurité libyenne qui était responsable de protéger le consulat américain au moment de l'attaque du 11 septembre, confie qu'il voit des militants qu'il reconnaît de la nuit fatidique.

Ils le reconnaissent aussi, dit-il, expliquant qu'il reçoit des menaces par téléphone. Il affirme que personne ne peut le protéger.

Les dangers dans la ville de l'est du pays sont clairs. Mercredi, le chef de l'une des agences de sécurité de Benghazi a été tué par balles par trois attaquants alors qu'il rentrait du travail. La mort du colonel Farag el-Dersi est la plus récente d'une série d'assassinats de responsables. On se sait pas qui est derrière les assassinats.

Des responsables libyens et américains ont promis de retrouver ceux qui ont perpétré l'attaque du 11 septembre, au cours de laquelle des assaillants ont pénétré dans le consulat à l'aide de bombes et ont tué quatre Américains, dont l'ambassadeur des États-Unis en Libye, Chris Stevens.

La plupart des responsables et des témoins ont blâmé des combattants de Ansar al-Shariah une milice islamique extrémiste de la ville. Mais beaucoup de choses restent inexpliquées, dont le mobile de l'attentat, pourquoi les forces de sécurité libyennes se sont retirées du consulat et même quand l'attaque a commencé, en plus de plus grandes questions sur la participation de groupes terroristes externes comme al-Qaida.

Le FBI, qui a envoyé une équipe à Tripoli après l'attentat pour travailler avec les enquêteurs libyens, n'a rien dit jusqu'à maintenant.

Du côté libyen, les signes qu'une enquête est en cours sont faibles. Des responsables de sécurité questionnés par l'Associated Press à Benghazi ne savaient rien de l'enquête, et aucun d'entre eux n'avait été questionné par des enquêteurs.

La commission d'enquête créée par le Congrès national libyen pour travailler avec le FBI est basée à Tripoli, une ville à 650 kilomètres de Benghazi, lieu des attaques.

Elle a fait face à des problèmes de personnel. Elle était initialement menée par un juge à Benghazi, mais il a démissionné après seulement deux semaines, selon le juge à la tête de la cour de cassation de Benghazi, qui l'a nommé au poste. Il a ensuite été remplacé par un juge de Tripoli, mais ce n'est pas clair si celui-ci a entrepris le travail.

Contacté par l'Associated Press, le juge qui a démissionné a refusé de commenter.

Le ministre de l'Intérieur adjoint, Omar al-Khadrawi, a insisté que l'enquête allait bien mais ne pouvait dire à quel moment elle serait complétée. Un porte-parole du ministère a indiqué que les résultats seraient rendus publics «bientôt», mais n'a pas pu dire combien de personnes avaient été détenues en lien avec l'affaire.

La confusion reflète l'état de désordre de la sécurité d'État en Libye. Pour garder un certain degré de paix, les autorités dépendent de nombreuses milices formées de dizaines de milliers de jeunes libyens qui ont pris les armes contre Kadhafi. C'est souvent difficile de tracer la ligne entre celles qui fournissent de la protection et celles qui sont la cause d'instabilité.

Des responsables de la sécurité ont peur de confronter les milices, qui sont souvent mieux armées que les forces de sécurité. Ansar al-Shariah et son groupe chef, la brigade Rafallah Sahati, sont parmi les milices les plus fortes de Benghazi.

Les détails de l'attaque demeurent flous. L'administration américaine du président Barack Obama soutient qu'il s'agissait d'une attaque terroriste, après une confusion initiale sur des manifestations liées à un film anti-musulman. Des gardes de sécurité au consulat ont dit qu'il n'y avait pas de manifestations pacifiques à l'extérieur de la mission, mais qu'un mariage avait lieu tout près.

Les responsables libyens continuent de donner des informations contradictoires. Un responsable à la tête du centre de commandement a dit à l'Associated Press qu'il y avait des manifestants et qu'il a retiré ses troupes parce qu'il ne voulait pas de victimes civiles. Mais dans un rapport qu'il a fourni au Congrès national et dont l'AP a obtenu copie, il n'y a aucune mention de manifestations.

Même l'heure de l'attentat est survenu n'est pas claire. Une autre question est de savoir pourquoi M. Stevens n'avait pas plus de sécurité et pourquoi les renforts libyens sont seulement arrivés à 23 h alors que des bases militaires et de sécurité sont tout près.

Le vide d'information a mis de l'huile sur le feu d'adaptes de théories de la conspiration parmi les résidants de Benghazi. L'un d'eux, par exemple, affirme que les États-Unis voulaient que M. Stevens soit tué puisqu'il était sur le point de se convertir à l'Islam.

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