Nouvelles révélations attendues sur la collusion dans la région de Montréal (DIRECT)

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ANDRE DUROCHER
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Un texte de Bernard Leduc

L'entrepreneur de Blainville André Durocher fait état à la commission de différents déboires qu'il a connus comme entrepreneur et qu'il attribue notamment au fait qu'il refusait de jouer le jeu de la collusion, ou simplement de céder aux pressions.

Certains des épisodes qu'il relate sont assez explicites, alors que pour d'autres, il n'est pas clair que ses ennuis pour obtenir des contrats publics résultent de ces contraintes.

Fait intéressant, l'entrepreneur d'Excavations Panthère soutient que sa volonté de ne pas se plier aux règles aurait dans certains cas forcé l'ouverture du marché. M. Durocher a donné en exemple un contrat sur le boulevard Gouin à Montréal pour lequel il a soumissionné en 2009.

Il relate qu'avant même d'avoir en main les documents pour soumissionner, Gilbert Théorêt, de Théorêt Excavations, l'a appelé à son bureau pour lui dire que c'était son contrat à lui. Il s'est présenté et a dit : « ça s'arrête là, la job est à moi ». M. Durocher dit avoir refusé, comme ce dernier le voulait, de déposer une soumission de complaisance de plus de 9 M$. Avec un carnet de commandes dégarni, Durocher n'avait pas l'intention de céder.

Un carnet de commandes dégarni, a-t-il expliqué, c'est des bons employés qui quittent, des banques inquiètes, les assureurs qui réduisent le cautionnement fourni...

M. Théorêt a cependant insisté, il est venu deux fois à son bureau et est même passé par Jocelyn Giguère, de Doncar, pour essayer de le « raisonner ». Ce dernier, devant la détermination de Durocher, l'aurait finalement félicité. Si Théorêt Excavations l'a finalement emporté, M. Durocher souligne qu'il l'a fait avec un prix plus bas, 7,5 M $, comme le démontrent les résultats de l'appel d'offres déposés en preuve.

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L'entrepreneur d'Excavations panthère fait aussi état d'une autre tentative d'être écarté d'un contrat en avril 2009, cette fois pour une piste cyclable à Mirabel. Guy Desjardins, de Desjardins Asphalte, l'aurait d'abord appelé pour lui dire qu'il avait réussi à « tasser » tout le monde et qu'il voulait qu'il fasse pareil. Mais Durocher refuse, malgré l'offre de faire de la sous-traitance.

Excavations Panthère n'a pas eu le contrat, remporté par Desjardins asphalte, mais, note M. Durocher, à un prix moindre : évalué par la firme de génie à 1,2 M$, Desjardins aura eu le contrat pour 600 000 $.

M. Durocher a aussi abordé un contrat qu'il a fait en 2003 dans la ville de Bellefeuille, rue Volière, où, cette fois, il est moins clair que ce qui s'y est passé soit l'effet de la collusion. Il soutient que la firme de génie Dessau-Soprin avait mal exécuté « des sondages », sans pouvoir dire que c'était volontaire. Il en a cependant résulté une chicane entre sa compagnie, la firme et les promoteurs, qui s'est traduite par des retards de paiement.

Finalement, la firme a accepté de payer M. Durocher ce qu'on lui devait, soit un peu plus de 1 million de dollars, mais seulement un an et demi plus tard.

Durocher face aux marchés fermés

Mardi, le président d'Excavations Panthère a affirmé que son entreprise « n'avait pas le droit » de soumissionner pour des contrats publics à Montréal et à Laval, deux villes sous l'emprise de groupes d'entrepreneurs « très très agressifs » qui verrouillaient le marché.

Sur la Rive-Nord de Montréal, ce sont plutôt des entrepreneurs, des firmes de génie-conseil et des membres de l'administration municipale qui s'unissent pour exercer un contrôle sur les marchés publics, a-t-il soutenu. Ces groupes peuvent manoeuvrer de différentes manières pour exclure les entrepreneurs dont ils ne veulent pas.

Au fil des années, André Durocher dit qu'il a été harcelé et intimidé, et que les équipements de sa compagnie ont été vandalisés. Son frère Denis s'est notamment fait frapper au visage par un individu muni d'un poing américain, ce qui lui a valu trois fractures et un arrêt de travail d'un an.

L'entrepreneur de Blainville a vigoureusement nié avoir lui-même trempé dans des pratiques collusoires, comme l'en avait accusé l'ex-propriétaire d'Infrabec, Lino Zambito, lors d'un témoignage livré le 4 octobre devant la commission. « Je n'avais pas d'intérêt à embarquer là-dedans. Ça ne m'intéressait pas », a-t-il dit.

Il affirme en outre n'avoir payé aucune ristourne à quiconque. « On a été élevés de même [...] Mes parents [également entrepreneurs] ne payaient pas, moi je n'ai pas payé et mes enfants ne paieront pas non plus. C'est une question de principe », a-t-il affirmé.

M. Durocher témoigne avec une amertume non dissimulée, en donnant beaucoup de noms, et en racontant de nombreuses anecdotes illustrant ce qu'il a vécu depuis qu'il s'est lancé en affaires, en 1992, avec les membres de sa famille. Son entreprise est aujourd'hui au bord de la faillite.

Une partie de son témoignage sera frappé d'un interdit de publication ce matin. Cette portion ne pourra être diffusée, et les propos de l'homme d'affaires ne pourront être rapportés, à moins que les avocats des médias ne parviennent à convaincre la commissaire Charbonneau du contraire.

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