Équité salariale : des employés de Postes Canada attendent toujours

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Un an après avoir obtenu gain de cause devant la Cour suprême du pays, un groupe d'employés et de retraités de Postes Canada attend toujours une compensation financière pour corriger des années d'iniquité salariale.

L'an dernier, le plus haut tribunal du pays avait causé la surprise en rendant sa décision quelques minutes seulement après avoir entendu cette cause qui traînait depuis une trentaine d'années.

L'Alliance de la fonction publique du Canada soutenait que les femmes employées par Postes Canada faisaient l'objet de discrimination puisqu'elles empochaient un salaire moindre pour des tâches comparables à celles accomplies par leurs collègues masculins.

Le syndicat évalue qu'environ 6000 employés auront droit à un dédommagement totalisant plus de 250 millions de dollars.

Mais un an après le jugement, les travailleurs concernés n'ont toujours pas vu la couleur de cet argent.

Gisèle Morneau, 67 ans, est à bout de patience. Elle a milité pour l'obtention de l'équité salariale chez Postes Canada depuis le début des années 1980. « On est rendu en novembre 2012 et nous n'avons toujours aucun versement d'équité salariale. C'est plus que dû, c'est plus que temps que l'on nous paie. Je suis frustrée et je perds mes mots quand je pense à tout le temps qu'on a dû attendre ».

Postes Canada évoque deux raisons pour justifier ce délai. D'abord, la société affirme que déterminer qui est admissible à une compensation représente une tâche énorme. Elle précise qu'une soixantaine d'employés s'affairent à examiner des dizaines de milliers de dossiers individuels de travailleurs. Puis, il n'y a toujours pas d'entente sur les intérêts à verser. Postes Canada suggère de payer des intérêts sur 80 % du montant, se rapprochant de la paie nette.

Mais le syndicat voit là un affront et réclame des intérêts sur la totalité du montant. Le vice-président régional de l'Alliance de la Fonction publique du Canada, Larry Rousseau accuse Postes Canada de mauvaise foi : « C'est de bafouer, c'est de donner une claque en pleine face des employés de leur dire qu'ils devront attendre encore plus. Trente ans, c'est assez, c'est bien assez. »

Le syndicat s'est adressé au Tribunal canadien des droits de la personne pour tenter de régler cette question. Un geste dénoncé par Postes Canada qui affirme que cela ne fait que retarder le processus et ajouter à l'incertitude.

Quant à Gisèle Morneau, elle ne perd pas espoir, mais espère que c'est elle et non ses héritiers qui profitera de la compensation financière. Elle espère recevoir plus de 25 000 $, un montant qui lui permettrait de passer une retraite un peu plus confortable. « Je suis à ma retraite et c'est une petite retraite avec un petit chèque. Donc, ma petite équité salariale qui m'est due depuis 1982 jusqu'à 2002 serait certainement très bienvenue », dit-elle.

Un texte de Madeleine Blais-Morin