PARIS - François Hollande a franchi samedi un cran supplémentaire dans le soutien de la France à l'opposition syrienne en annonçant l'installation prochaine à Paris d'un ambassadeur de la coalition formée dimanche dernier. Le président de la République a souhaité que "ce qu'a décidé la France serve d'exemple, et même de processus", pour la communauté internationale.

Le chef de l'État a reçu samedi matin à l'Élysée le président de la Coalition nationale syrienne, Ahmad Moaz al Khatib, accompagné d'une délégation de quatre personnes, parmi lesquelles Mounzir Makhous, le nouvel ambassadeur de l'opposition syrienne en France.

"La France a rappelé combien elle était attachée à trouver rapidement une solution, qui devait d'abord passer par l'affirmation d'une transition politique. C'est pourquoi j'ai pris la décision de reconnaître la coalition comme la représentante légitime du peuple syrien, j'ai même ajouté une conséquence, c'est qu'il y aura un ambassadeur de la Syrie en France, qui sera désigné par le président de la coalition", a déclaré François Hollande à la presse à l'issue d'un entretien d'une heure et quart avec la délégation syrienne.

Il a précisé que l'actuelle ambassade de Syrie en France "n'appartient pas à la France". "Mais nous veillerons à ce que le nouvel ambassadeur puisse être accueilli dans un lieu qui lui permette de représenter convenablement le peuple syrien".

Ahmad Moaz al Khatib a précisé que Mounzir Makhous "est une des premières personnalités à avoir parlé de liberté en Syrie". "A l'origine, il appartient à la communauté alaouite, mais c'est avant tout un homme libre qui a toujours travaillé pour le peuple syrien. Il est extrêmement compétent, il a quatre doctorats, il est très engagé en faveur de la cause du peuple syrien, nous allons travailler avec lui et tous les Syriens compétents pour parvenir à la liberté du peuple syrien", a-t-il souligné.

Les entretiens entre François Hollande, le ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius, et la délégation syrienne, également composée de deux vice-présidents de la coalition, Suheir Atassi et Riad Seif, et de Sinan Hatahet, ont porté sur "la manière avec laquelle cette coalition va s'organiser pour assurer non seulement sa légitimité mais sa crédibilité", a déclaré le président français.

François Hollande a aussi évoqué la poursuite du "soutien direct sur le plan humanitaire, et notamment dans les zones libérées, en étroite coalition avec la coalition nationale syrienne". "Cela ne peut se faire que dans le cadre de la communauté internationale pour la protection des populations civiles mais, dès lors qu'il y aura un gouvernement alternatif et qu'il pourra lui-même délimiter ces zones, il en appellera à ce soutien et à cette protection".

Le président français a jugé que la question de l'embargo sur les livraisons d'armes à l'opposition syrienne nécessitait une discussion "au sein de l'Union européenne" au niveau des ministres des Affaires étrangères.

Il reviendra également à Laurent Fabius de poursuivre "le travail de conviction" de la France "pour que la reconnaissance que la France a déjà faite puisse être prolongée par d'autres déclarations venant de pays européens et même de l'Union". "Ce qu'a décidé la France peut servir d'exemple et même de processus. Déjà, des pays comme la Turquie, un certain nombre de pays arabes, ont adopté la même position, les États-Unis ont évoqué une légitimité, pas la légitimité. Des pays européens réfléchissent pour savoir quelle doit être la bonne attitude et si elle doit être commune pour l'ensemble de l'Union européenne", a expliqué François Hollande.

"Mais, dès lors que la démonstration a été faite de la volonté de la coalition de représenter l'ensemble du peuple syrien dans toute sa diversité, de centraliser l'aide, de porter un commandement militaire intégré et d'avoir la volonté de donner toutes les garanties sur la démocratie qui serait le régime syrien après le départ de Bachar al Assad, oui, je pense que de nombreux pays vont rejoindre la position qui a été celle de la France", a poursuivi François Hollande, avant d'ajouter: "Je m'honore à ce que la France ait été la première".

"Nous avons le souci du peuple syrien dans toutes ses composantes, dans toute sa diversité. Nous allons travailler, nous serons comme une seule main pour travailler en respectant les spécificités de chacun. Notre rôle s'arrêtera dès que le régime sera tombé, le peuple syrien pourra décider en toute liberté des institutions démocratiques, de la forme du régime constitutionnel qu'il voudra", a souligné Ahmad Moaz al Khatib.

"La coalition existe, nous allons lancer un appel à candidatures, afin de former un gouvernement de technocrates qui va continuer à travailler jusqu'à la chute du régime (de Bachar al Assad)", a-t-il ajouté, en remerciant le gouvernement français pour sa position "extrêmement courageuse".

syrie ambassadeur Légende : Hollande et Ahmad Moaz al-Khatib à l'Elysée ce matin