MONTREAL, 16 nov 2012 (AFP) - Le public branché de Montréal, ville célèbre pour l'accueil chaleureux réservé aux homosexuels, a fait jeudi soir un triomphe à une nouvelle pièce de théâtre dont l'héroïne est Christine, la reine de Suède du XVIIe siècle, pacifiste, féministe, lesbienne et amie de Descartes.

"Christine, la Reine garçon" a été écrite par l'auteur Michel Marc Bouchard et mise en scène au Théâtre du Nouveau Monde par Serge Denoncourt, avec Céline Bonnier dans le rôle de la souveraine francophile au physique ingrat mais à l'intelligence brillante et à la volonté inébranlable.

Le décor est minimaliste, les costumes inspirés du 17e siècle, mais monochromes gris-argent, la musique moderne et syncopée, mais non envahissante.

Heureusement. Car si les problèmes d'amour et de sexe sont au premier plan, avec des scènes de viol raté organisé pour produire un héritier au trône, et avec son amour trouble pour une belle dame d'honneur, la pièce véhicule une foison d'autres thèmes historiques et philosophiques dont chacun pourrait suffire à la porter.

Tel le dilemme de tous les monarques obligés de choisir entre leur bonheur personnel et leur devoir à l'égard de leur peuple, leur nation, leur pays. L'empire suédois de Christine est peuplé de mineurs, bûcherons et rudes soldats, dont elle veut faire des fins lettrés, savants et philosophes.

Ou le choix entre la paix et la guerre. Cette dernière apparaît au conseiller de la reine, le chancelier Oxenstierna, comme le meilleur moyen de bâtir l'Etat et la cohésion nationale. Mais Christine imposera la paix de Westphalie. Et les chevaux militaires seront tués et mangés.

Ou encore l'hésitation entre le dur luthéranisme suédois et le doux catholicisme latin, auquel l'ambassadeur de France l'encourage à se convertir. Ce sera chose faite après son abdication en 1654 en faveur de Karl Gustave, dont elle fait son successeur faute de l'avoir voulu pour mari.

Tous ces débats sont ponctués de commentaires de Descartes, qui avait réellement rejoint la cour de Christine et fini ses jours en Suède, et qui avait profité de sa faveur pour découper des cadavres à la recherche d'une glande censée contenir l'âme humaine.