QUÉBEC - Le premier ministre du Canada, Stephen Harper, a refusé vendredi d'alimenter la querelle de drapeau que se livrent péquistes et libéraux à l'Assemblée nationale.

De passage à Québec pour annoncer la reconstruction du manège militaire _ détruit dans un incendie en 2008 _ M. Harper a affiché un air perplexe devant la volonté du gouvernement Marois de retirer l'unifolié de la salle du conseil législatif du parlement.

«Qu'est-ce que je peux dire...», a lâché le premier ministre conservateur lorsqu'un reporter lui a demandé de commenter le désir du Parti québécois au pouvoir de rayer le drapeau du Canada des éléments décoratifs du salon rouge.

«Notre priorité pour la population du Québec et du reste du Canada est l'économie et je pense que c'est la vraie priorité des Québécois, pas les vieilles chicanes. Je n'ai pas l'intention de participer à de telles vieilles chicanes», a déclaré M. Harper, suscitant les applaudissements nourris des militaires et des invités présents à la Citadelle.

Il est à noter qu'aucun élu péquiste, ni aucun membre de l'opposition à l'Assemblée nationale, n'a assisté à l'annonce.

La salle du conseil législatif, ou salon rouge, est le seul endroit à l'Assemblée nationale où on retrouve le drapeau à la feuille d'érable. Cette salle est utilisée pour des activités protocolaires ou des commissions parlementaires.

Le 15 novembre dernier, jour du 36e anniversaire de la première élection du Parti québécois dirigé par René Lévesque, le whip en chef du gouvernement, Yves-François Blanchet, a demandé au président de l'Assemblée nationale, Jacques Chagnon, de ranger l'unifolié au placard.

Dans sa requête, il invoque des raisons historiques.

«Historiquement, le drapeau canadien ne figurait pas à l'Assemblée nationale du Québec (...), a-t-il dit dans une entrevue téléphonique. Il n'y avait pas sa place. Comme chaque fois qu'un gouvernement péquiste est là, nous demandons que la tradition, que l'histoire, soient respectées.»

Le drapeau rouge et blanc n'a été présent au parlement que durant le règne de deux premiers ministres libéraux, soit Robert Bourassa et Jean Charest, a justifié le député de Johnson.

Si par son geste le gouvernement péquiste souhaitait piquer au vif l'opposition libérale, il y est parvenu.

Dans une missive transmise vendredi au président de l'Assemblée nationale, le whip en chef de l'opposition officielle, Laurent Lessard, qualifie la demande du gouvernement de «choquante», «totalement inacceptable» et même «d'une gravité extrême».

«Tant que le Québec fera partie de la fédération canadienne, il serait inacceptable de retirer le drapeau canadien de la salle du conseil législatif. Ce geste serait d'une gravité extrême puisqu'il serait un signe de déni de notre pays», a écrit M. Lessard.

Son collègue, le député Gerry Sklavounos, a de son côté parlé d'un manque flagrant de respect envers les Québécois, qui ont choisi deux fois de rester dans le Canada par voie de référendum.

Sur une note plus prosaïque, le député Gérard Deltell, de la Coalition avenir Québec, a quant à lui fait valoir que la population québécoise avait autre chose à faire que de se quereller au sujet des drapeaux.

Il n'y a que les péquistes pour se lancer dans de telles croisades, a-t-il soulevé.

«On me parle du décrochage scolaire, on me parle de l'attente dans les hôpitaux, on me parle du fait que nos finances publiques sont désastreuses. Puis les péquistes nous parlent de quoi, de tasser le drapeau du Canada? Wow!», s'est exclamé M. Deltell.

En après-midi, vendredi, le bureau de l'Assemblée nationale n'était pas en mesure d'indiquer quand M. Chagnon rendra sa décision sur cette délicate question.

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  • Qui fait quoi à l’Assemblée Nationale?

    Lorsqu’il est question de politique, les Québécois distinguent aisément les tâches qui reviennent à la première ministre, aux députés, aux ministres et aux porte-paroles en matière de ceci ou de cela. Par contre, fort peu nombreux sont ceux qui connaissent l’utilité du whip, le concept de leader parlementaire ou le nom de l’actuelle protectrice du citoyen. Voici donc une présentation de quatre fonctions parlementaires des députés, de cinq personnes désignées par l’Assemblée et du plus haut dignitaire sur le plan protocolaire au Québec.

  • Président de l'Assemblée nationale

    Actuellement: Jacques Chagnon, député de Westmount-Saint-Louis C’est à lui que les députés s’adressent lors de leurs interventions à l’Assemblée. Ses tâches principales consistent à arbitrer les séances, s’assurer du bon déroulement des travaux, protéger les droits des députés, préparer les prévisions budgétaires et représenter l’Assemblée dans ses rapports avec d’autres gouvernements. N’ayant pas droit de vote, sauf en cas d’égalité des voix, il cesse d’appartenir à son groupe parlementaire, dès qu’il entre en fonction.

  • Présidents de caucus

    Sylvain Pagé, député de Labelle (gouvernement) et Geoffrey Kelly, député de Jacques-Cartier (opposition officielle) Le caucus de chaque parti est constitué de l’ensemble des députés qui siègent à l’Assemblée sous la bannière de ce parti. Choisis par le chef de leur groupe parlementaire, les présidents de caucus établissent l’ordre du jour et dirigent les réunions de leurs caucus respectifs. Ils doivent entre autres s’assurer que tous les sujets prévus sont examinés et que le temps qui leur est alloué soit respecté.

  • Whip

    Marjolain Dufour, Député de René-Lévesque (gouvernement) et Laurent Lessard, député de Lotbinière-Frontenac (oppostion officielle) Signifiant «fouet» en anglais, le mot «whip» représente la fonction disciplinaire du parti. Aidé d’adjoints, le whip s’assure que les députés manifestent une solidarité parlementaire, veille à ce qu’ils soient suffisamment nombreux à l’Assemblée et en commission (surtout les jours de votes), note le nom de ceux qui interviennent pendant les débats et remplit diverses fonctions touchant aux aspects matériels de la vie de ses collègues.

  • Leader parlementaire

    Stéphane Bédard, député de Chicoutimi (gouvernement) et Pierre Moreau, député de Châteauguay (opposition) Possédant une connaissance approfondie des règles et coutumes parlementaires, il est le principal stratège et conseiller en la matière. En plus d’assurer un lien entre le Conseil des ministres et l’Assemblée, il a l’exclusivité de certains actes de procédures tels que la motion d’ajournement de l’Assemblée (qui met fin aux travaux d’une séance) ou la motion de renvoi en commission d’un projet de loi pour son étude détaillée.

  • Directeur général des élections - Jacques Drouin

    Responsable des élections provinciales (générales et partielles), municipales, scolaires et des référendums, il supervise la délimitation des circonscriptions électorales, la liste électorale permanente, le dépôt des bulletins de vote, leur dépouillement et la proclamation des résultats. Il veille également au contrôle du financement des partis politiques et des dépenses électorales, en plus d’avoir le devoir d’informer les électeurs de leurs droits électoraux.

  • Commissaire au lobbyisme – François Casgrain

    Assurant la surveillance des activités de lobbyisme exercées auprès des titulaires de charges publiques, tels que les ministres, les députés et leur personnel, le Commissaire au lobbyisme effectue les inspections relatives à toute contravention aux dispositions de la Loi sur la transparence et l'éthique en matière de lobbyisme ou du Code de déontologie des lobbyistes qu’il a élaboré.

  • Commissaire à l’éthique et à la déontologie – Jacques Saint-Laurent

    Il guide les députés au sujet de leurs obligations concernant les incompatibilités de fonctions, les conflits d’intérêts, les dons et les avantages. De sa propre initiative ou à la demande d'un député, il peut faire des vérifications ou des enquêtes pour déterminer si des manquements au Code d’éthique et de déontologie des membres de l’Assemblée ont été commis par un député ou un membre du Conseil exécutif.

  • Protectrice du citoyen - Raymonde St-Germain

    Elle prévient et corrige les erreurs ou les injustices commises à l’égard de toute personne ou groupe de personnes en relation avec un ministère, un organisme du gouvernement du Québec ou une instance du réseau de la santé et des services sociaux. Dans le meilleur intérêt des citoyens, elle peut proposer des modifications aux lois, règlements, directives et politiques administratives, ou à tout projet concernant ces matières. Même si elle ne dispose d’aucun pouvoir de contrainte, plus de 95 % de ses recommandations sont acceptées.

  • Vérificateur général – Michel Samson (par intérim)

    Exerçant un contrôle parlementaire sur les fonds et autres biens publics, il communique aux principaux intéressés ses constatations, ses commentaires et ses recommandations. Son apport consiste à promouvoir une reddition de comptes à la fois rigoureuse et transparente. Il vise à améliorer les pratiques de gestion à l'échelle gouvernementale. Depuis 2008, il vérifie également les livres et comptes des entités des réseaux de la santé, des services sociaux, de l’éducation et des organismes sans but lucratif qui gravitent autour de ces réseaux. Il a aussi la responsabilité de réaliser des mesures d’évaluation de l’efficacité et de la performance des sociétés d’État.

  • Lieutenant-gouverneur – Pierre Duchesne

    Représentant de la Couronne et reconnu comme le plus haut dignitaire sur le plan protocolaire, il a la tâche de nommer le premier ministre, les membres du Conseil exécutif (ministres) sur recommandation du premier ministre, ainsi que les juges des cours du Québec. Il est également responsable de la ratification des décrets du gouvernement, de la sanction des lois, en plus de veiller à la convocation, la prorogation et la dissolution de l'Assemblée nationale.