OENOLOGIE - C'est comme la réforme de la sécurité sociale. Le Beaujolais nouveau est un sujet d'ordre national qui divise. Pour les uns, c'est une piquette bon marché, doublée d'une ignoble opération marketing visant à permettre à des vignerons pervers d'écouler leurs stocks dans nos gosiers abusés.

Pour les autres, c'est au contraire un produit à fêter, mais aussi le prétexte pour un petit coup, bref une manière comme une autre d'entretenir une forme d'alcoolisme ordinaire. Chaque année donc, les producteurs de Beaujolais, nous confrontent à l'impérieux besoin de choisir notre camp.

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Pour, ou contre le Beaujolais nouveau? La tâche n'est certes pas aisée, d'autant plus que l'on prête à cette vinasse toutes sortes de vertus, à commencer par des arômes de fraise, de banane, de bonbon, ou encore de vernis à ongle. Alors a-t-on encore le droit de se faire prendre en flagrant délit d'ivresse par ses collègues, un verre de Beaujolais nouveau à la main? Peut-on apprécier un Beaujolais nouveau, et si oui comment?

Le HuffPost a posé ces questions à Fabrizio Bucella, notre sommelier attitré, qui chaque semaine complète la recette de Christophe Duhamel, de son "vin qui va bien". Avec Fabrizio Bucella, nous nous sommes donc livrés à un exercice nécessaire, dans l'esprit nécessaire qui doit animer toute consommation d'alcool, la modération.

Un Beaujolais nouveau peut-il être bon?

Les deux mon général. Le Beaujolais nouveau peut être plus ou moins bon, mais il va mieux, nous dit Fabrizio Bucella. Si les producteurs ont fait "pisser la vigne" pendant les années 1990 à grand renfort d'un marketing qui nous conduit, cette année encore, à fêter le Beaujolais nouveau, on en est aujourd'hui revenu. Mais n'allez pas en faire un grand vin pour autant.

"Le Beaujolais nouveau est au vin ce que la bière pression est à une bière trappiste", analyse Fabrizio. C'est un vin qui a peu de structure, peu de tanins, tout simplement parce que c'est un vin "nouveau", comme son nom l'indique.

Récolté en septembre, on le sert en novembre. Si bien qu'il n'aura fermenté qu'entre 24 et 48h, parfois plus, ce qui est extrêmement rapide. C'est pourquoi il faut le boire rapidement. Au terme de six mois, celui-ci est passé.

Peut-il vraiment sentir la banane ou la fraise?

"De vrais arômes, ce n'est pas un mythe", affirme Fabrizio Bucella.

Ils proviennent des levures utilisés lors de la macération, et pas du cépage utilisé dans le Beaujolais, le Gamay. Ces levures, dont la plus célèbre a pour nom de code 71B, fermentent avec le raisin, pour lui donner ce goût parfois surprenant de banane. Mais ce n'est pas naturel, car ces levures sont chimiques, et tous les viticulteurs n'emploient pas les mêmes.

Comme le dit Fabrizio Bucella, "le Beaujolais nouveau, on n'en produit pas par philanthropie". Tous les produits sont loin d'être égaux. Le conseil de notre sommelier: se concentrer sur les productions de grandes maisons de négoce, l'un des seuls moyens, selon lui, de contourner le vide de l'offre de bon Beaujolais nouveau en dehors de la région.

Parmi ses suggestions, le Manoir du Carra, le Beaujolais nouveau de la maison Mommessin (entre 7 et 12 euros la bouteille), ou encore le domaine Georges Duboeuf (6,24 euros). De manière générale, orientez-vous plutôt vers les Beaujolais village primeur qui proposent des vins plus structurés.

Comment l'accompagner?

"Rond, agréable, lacté" un bon Beaujolais nouveau est un vin facile à boire, à condition de le prendre pour ce qu'il est. Pour Fabrizio Bucella, le Beaujolais nouveau est un "vin blanc déguisé en vin rouge". On peut le boire d'une manière tout à fait classique, en apéritif, et certainement pas au cours d'un repas structuré.

La suggestion de notre sommelier: un fromage, ne serait-ce que pour le plaisir d'accompagner son plateau d'un verre de vin rouge. On pourra opter un comté qu'il faudra choisir jeune, mais l'idéal se trouverait plutôt du côté d'un fromage consistant, crémeux, mais trop complexe, à l'instar d'un brillat-savarin.

À table, vous l'aurez compris, on tolérera le Beaujolais nouveau pour accompagner des plats simples, comme un rôti de veau. Mais pourquoi ne pas se laisser surprendre. Avec le Beaujolais nouveau, on peut "oser l'accord avec le poisson", précise notre sommelier.

Le piège à éviter

Croire qu'il s'agit d'un vin rouge comme les autres. "Dans un restaurant, j'éviterais", averti Fabrizio. "Le Beaujolais nouveau est un vin qui mérite d'être acheté pour être bu tranquillement à la maison, ou au comptoir".

Le boire trop chaud. Comme un vin blanc, il faut le servir très frais, entre 8° et 10°, et le laisser se réchauffer naturellement.

Fabrizio Bucella et Le HuffPost vous souhaite une bonne santé. L'abus d'alcool est dangereux pour la santé, à consommer avec modération. Ce qui n'était pas le cas en 1962, comme en témoigne cette succulente archive proposée par l'INA.