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Route 167: Québec revoit à la baisse l'entente avec la minière Stornoway

15/11/2012 10:12 EST | Actualisé 15/01/2013 05:12 EST

QUÉBEC - Le gouvernement du Québec a revu à la baisse sa participation financière au projet de prolongement de la route 167, au nord de Chibougamau, illustrant sa «nouvelle approche» envers les sociétés minières.

L'entente conclue l'année dernière avec la société diamantifère Stornoway (TSX:SWY) a été renégociée afin d'épargner au minimum 124 millions $ de fonds publics, a annoncé jeudi le ministre des Finances Nicolas Marceau, en dévoilant les termes du nouveau contrat.

«Le signal qu'on envoie aux compagnies minières, c'est: 'nous autres, on est prêts à s'entendre avec vous, mais il faut que les termes soient raisonnables pour les contribuables du Québec', a-t-il dit. Il n'est pas question de construire des routes dorées avec des dépassements de coûts importants.»

Initialement prévue à 260 millions $, la participation financière du gouvernement avait été réévaluée à 472 millions $ en raison de dépassements de coûts sur le premier tronçon de 143 km.

Avec la nouvelle entente, Québec limitera son investissement à 304 millions $, tandis que Stornoway prendra en charge la deuxième portion de la route, de 97 km, en plus d'assumer d'éventuels dépassements de coûts.

La portion de Stornoway sera plus modeste. Il s'agira d'un chemin minier «avec certaines caractéristiques moins luxueuses», a dit M. Marceau.

Cette renégociation du contrat avec Stornoway illustre la nouvelle approche que veut instaurer le gouvernement avec les minières, a commenté la ministre des Ressources naturelles, Martine Ouellet.

«Ce qu'on fait, là, avec le nouveau contrat avec Stornoway, c'est vraiment la nouvelle approche du développement du Nord», a-t-elle dit.

L'an dernier, l'ancien premier ministre Jacques Parizeau avait critiqué les largesses du précédent gouvernement libéral envers les infrastructures destinées aux minières. M. Parizeau avait notamment évoqué le prolongement de la route 167, constatant que le gouvernement revenait ainsi sur le principe imposant aux minières de défrayer tous leurs coûts en infrastructures.

Jeudi, M. Marceau a déclaré que le gouvernement usera tout simplement de plus de rigueur dans l'application des principes des libéraux.

«Plusieurs de ces principes-là étaient raisonnables, sauf que le gouvernement refusait de les incarner dans ses pratiques, dans ses façons de négocier avec des entreprises, dans les projets de loi», a-t-il dit.

Selon M. Marceau, l'État participera financièrement aux projets quand les infrastructures bénéficient à plus qu'un usager, ce qui n'était pas le cas du prolongement de la route 167.

«Quand il y a d'autres usagers que les seules entreprises qui vont exploiter des mines, que dans ce cas-là une partie puisse être payée par l'État, je pense que c'est aussi raisonnable, a-t-il dit. Alors, ça, c'est le genre de principe qui nous anime. Évidemment, au cas par cas, on verra.»

Dans un communiqué, Stornoway a précisé que le coût de sa portion de la route 167 est estimé à 77 millions $. La contribution de l'entreprise au prolongement de la route augmente donc d'environ 33 millions $, puisque dans la précédente entente conclue avec le gouvernement libéral, Stornoway s'était engagée à fournir un apport de 44 millions $ au projet.

Le gouvernement a toutefois consenti à prêter à Stornoway 77 millions $ à un taux d'intérêt annuel de 3,35 pour cent pour la construction du chemin minier, des modalités de financement que le pdg de l'entreprise, Matt Manson, a bien sûr qualifié d'«avantageuses».

L'échéancier de remboursement du prêt sera arrimé avec la début de la production commerciale à la future mine de diamants de Stornoway dans les monts Otish, baptisée Renard.

Québec est aussi disposé à prêter à Stornoway 7,7 millions $ de plus à un taux d'intérêt annuel de 6,7 pour cent pour lui permettre de financer d'éventuels coûts excédentaires.

Le gouvernement s'est aussi engagé à poursuivre la construction d'un chemin hivernal temporaire, comme cela était déjà prévu, de sorte que l'acheminement de carburant, d'équipement de construction et de camps devrait pouvoir débuter en mars prochain.

Pour ce qui est de la route «toutes saisons», elle devrait être prête au troisième trimestre de 2013. Jusqu'ici, on visait juillet 2013. La construction de la mine de diamants Renard pourra débuter aussitôt que le prolongement sera complété.

Dans la cadre de l'ancienne entente avec Québec, Stornoway avait accepté de débourser jusqu'à 1,2 million $ par année pour l'entretien du prolongement de la route 167. Avec la nouvelle entente, la responsabilité de l'entreprise à cet égard se limitera au chemin minier de 97 kilomètres. Ces coûts d'entretien n'ont pas été précisés jeudi, mais ils sont vraisemblablement inférieurs à 1,2 million $ par année.

Les changements annoncés jeudi devraient donc «avoir une incidence minimale sur la valeur» du projet de la mine Renard, a assuré M. Manson.

«Il s'agit d'un excellent exemple où le gouvernement et le secteur minier travaillent ensemble pour atteindre un objectif commun», s'est félicité le dirigeant.

«Nous voyons cet accord d'un bon oeil puisqu'il représente un important jalon pour diminuer les risques associés au projet Renard et qu'il témoigne du soutien continu du gouvernement à son endroit», a commenté l'analyste Brian Christie, de Valeurs mobilières Desjardins, dans une note.

Le projet diamantifère Renard est situé à environ 250 kilomètres au nord de la communauté crie de Mistissini et à 350 kilomètres au nord de Chibougamau. La construction de la mine doit coûter environ 800 millions $.

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