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Québec veut avoir son mot à dire dans un projet de pipeline

14/11/2012 03:16 EST | Actualisé 14/01/2013 05:12 EST

QUÉBEC - Un projet de pipeline destiné au pétrole albertain pourrait donner l'occasion au Québec de mettre en oeuvre la gouvernance souverainiste à la suite du désengagement d'Ottawa des processus d'évaluation environnementale, ont déclaré mercredi deux ministres.

Le ministre délégué aux Affaires intergouvernementales canadiennes et à la Gouvernance souverainiste, Alexandre Cloutier, a affirmé que le gouvernement québécois souhaite faire respecter ses lois et règlements envers un projet de la société Enbridge, qui veut inverser le flux d'un pipeline reliant déjà Montréal à North Westover, en Ontario.

M. Cloutier a annoncé que les autorités québécoises, qui partagent avec Ottawa les responsabilités en matière d'environnement, effectueront leur propre consultation.

«Il y aura donc une consultation québécoise, a-t-il dit. Les gens directement concernés seront consultés, seront impliqués. On va s'assurer que les règles environnementales soient appliquées, les lois environnementales québécoises.»

M. Cloutier a affirmé que le récent désengagement d'Ottawa du processus d'évaluation environnementale pourrait fournir au Québec l'occasion d'occuper l'espace laissé vacant.

«Vous nous demandez si on va prendre nos responsabilités en matière environnementale devant le désengagement du gouvernement fédéral, a-t-il dit aux journalistes. La gouvernance souverainiste, c'est exactement d'occuper l'ensemble de nos champs de compétence et on va s'assurer qu'il y a des mesures environnementales qui soient appropriées.»

Selon le ministre, la réflexion du gouvernement québécois n'est cependant pas complétée face à la décision des conservateurs, inscrite dans le dernier budget, d'assouplir l'évaluation environnementale des grands projets comme les pipelines.

«Le gouvernement fédéral, lorsqu'il décide de se retirer, il laisse un espace vacant que le gouvernement du Québec peut décider ou non d'occuper ou pas en fonction évidemment des répercussions financières et réglementaires, et même en fonction de notre capacité au niveau de la fonction publique, a-t-il dit. Mais, dans notre volonté, dans notre ADN, évidemment ce qu'on souhaite, c'est que chaque champ de compétence qui peut être occupé par le Québec le soit.»

Craignant les risques de fuite de pétrole, le ministre de l'Environnement, Daniel Breton, a pour sa part précisé que le Québec souhaite avoir plus d'informations sur le projet d'Enbridge avant de décider s'il faut le bloquer.

«On est maîtres sur notre territoire, il faut qu'on ait notre mot à dire. C'est aussi simple que ça», a-t-il dit.

M. Breton a indiqué qu'il souhaite que le Québec participe à des consultations de l'Office national de l'énergie (ONÉ), une agence fédérale qui relève d'Ottawa.

«Nous, on va demander à avoir toutes les informations et on va s'assurer que les Québécois soient informés et qu'ils puissent participer à, justement, la consultation là-dessus», a-t-il dit.

M. Breton a déploré que les ministres de l'Environnement libéraux qui l'ont précédé ne se soient pas préoccupés du projet d'Enbridge en prétextant que «ce n'est pas notre champ de juridiction, on ne s'en occupe pas».

«Nous, on va s'en occuper parce qu'il est question de protection de l'environnement sur notre territoire», a-t-il dit.

M. Breton n'a pas été en mesure de dire quelle instance sera chargée de la consultation, mais ce ne sera pas le Bureau d'audiences publiques en environnement (BAPE).

«On réfléchit à ça, on vous revient avec une réponse sous peu», a-t-il dit.

La ministre des Ressources naturelles, Martine Ouellet, a affirmé que le gouvernement sera attentif à la démarche de l'ONÉ.

«Il va falloir qu'on analyse l'ensemble des impacts du projet, a-t-elle dit. Nous n'avons pas encore toutes les informations, il faut regarder quels sont les impacts économiques, quels sont les impacts environnementaux.»

Le chef libéral intérimaire Jean-Marc Fournier a exprimé l'espoir que la décision du gouvernement ne soit pas déjà prise en défaveur du projet.

«Je suis d'accord pour qu'on puisse étudier de façon correcte, sérieuse, sans être biaisé à l'avance sur les risques pour l'environnement, les risques pour la santé et les avantages ou inconvénients sur le plan économique», a-t-il dit.

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