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Après Petraeus, le général Allen dans la tourmente pour des courriels "déplacés"

13/11/2012 01:03 EST | Actualisé 13/01/2013 05:12 EST
Getty Images/AP

Le général américain John Allen, chef de la coalition internationale en Afghanistan, s'est à son tour retrouvé dans la tourmente mardi pour avoir échangé des messages "déplacés"" avec la femme qui s'estimait victime de harcèlement de la part de l'amante de David Petraeus.

La chute du directeur de la CIA vendredi pourrait bien entraîner celle d'un autre général quatre étoiles, promis à prendre les rênes du commandement suprême de l'Otan: le président Barack Obama "a suspendu la nomination du général Allen" après la découverte par le FBI d'une correspondance "déplacée" avec une femme, a rapporté le porte-parole du Conseil de sécurité nationale américain (NSC), Tommy Vietor.

Le général continue pendant l'enquête de diriger la coalition internationale en Afghanistan mais son audition jeudi par la commission de la défense du Sénat qui devait confirmer sa nomination à l'Otan a été ajournée.

L'affaire a été révélée dans la nuit par un communiqué du secrétaire américain à la Défense Leon Panetta, qui dit avoir été informé "dimanche" par le FBI et avoir saisi l'Inspection générale du Pentagone d'une enquête.

En cause, 20.000 à 30.000 pages de correspondance de courriels, dont quelques centaines à caractère "déplacé" entre le général John Allen et Jill Kelley, une amie du couple Petraeus, a rapporté un haut responsable du Pentagone à des journalistes.

Jill Kelley s'est retrouvée à son corps défendant à l'origine de la démission du directeur de la CIA: c'est en se plaignant au FBI de courriers électroniques de menaces que les enquêteurs ont identifié leur auteur, Paula Broadwell, et mis au jour la liaison amoureuse de cette dernière avec David Petraeus.

Dans l'un des courriels anonymes, Paula Broadwell accuse anonymement Jill Kelley d'avoir touché de façon provocante sous la table le général Petraeus.

La nature du caractère "déplacée" des échanges entre John Allen, 59 ans, et Jill Kelley, 37 ans, tous deux mariés, a été décrite comme faisant penser à un "flirt", ont affirmé à l'AFP deux responsables du Pentagone.

Avant d'être basé en Afghanistan, John Allen était le numéro deux du Centcom, le commandement américain chargé du Moyen Orient et du Sud-Ouest asiatique et dont le siège est à Tampa (Floride). Jill Kelley était, elle, bénévole sur la même base de MacDill et organisatrice de soirées mondaines avec la haute hiérachie militaire.

Le fait que l'enquête ait été confiée à l'Inspection générale du Pentagone et non au FBI semble écarter la divulgation d'informations classées secrètes et toute infraction à caractère criminel, a expliqué un officier de haut rang à l'AFP.

"Le volume de documents en lui-même" peut être considéré comme "déplacé" et constituer une violation du code militaire en raison d'une "conduite inconvenante pour un officier", a-t-il expliqué sous le couvert de l'anonymat.

"Le général Allen a nié toute affaire extraconjugale", a-t-il ajouté.

"Il n'a jamais été seul avec elle. A-t-il eu une liaison? Non", a-t-il assuré, estimant que la correspondance entre les deux était "loin" d'atteindre le volume décrit. Ils ont échangé "quelques centaines de courriers électroniques au fil des années", selon un autre responsable américain proche du général Allen, interrogé par le Washington Post.

Jill Kelley a envoyé à John Allen au moins un des courriels anonymes de menaces qui émanaient de Paula Broadwell. Dans certains autres courriers électroniques adressés à Mme Kelley, il utilise l'expression "ma chérie", a ajouté ce proche du général Allen, tout en précisant qu'il n'y avait là aucun caractère sexuel mais un simple signe d'amitié.

L'agent du FBI à qui Jill Kelley s'était plainte des courriels anonymes, a informé fin octobre de cette affaire Eric Cantor, un influent élu républicain du Congrès, soupçonnant sa hiérarchie de traîner les pieds dans l'enquête et chercher ainsi à protéger le président Obama des retombées alors en pleine campagne de réélection, a rapporté mardi le Wall Street Journal.

Ses supérieurs du FBI lui avaient interdit tout rôle dans cette affaire qui l'"obsédait", selon le quotidien. L'agent en question est actuellement l'objet d'une enquête interne pour avoir envoyé à Jill Kelley des photos de lui torse-nu avant l'affaire des courriels anonymes, ajoute encore le WSJ.

Ce nouveau scandale potentiel dans cette affaire à tiroirs est embarrassant pour la haute hiérarchie militaire américaine dans un pays où une faute morale peut mettre un frein brutal à une carrière, comme ce fut le cas vendredi pour David Petraeus, héros de la guerre en Irak promis à un avenir politique.

Le moment est d'autant plus sensible que le général Allen, qui conserve pour l'instant son poste à la tête de la coalition en Afghanistan, doit soumettre dans les jours à venir ses recommendations sur le nombre de troupes qu'il estime nécessaires sur le terrain d'ici la fin 2014.

Dans le volet Petraeus de l'affaire, le domicile de Paula Broadwell, la biographe et maîtresse de l'ex-directeur de la CIA, a été perquisitionné lundi soir à Charlotte (Caroline du Nord), ont rapporté des médias américains.

Des élus du Congrès veulent comprendre pourquoi ils n'ont pas été informés plus tôt, étant donné les atteintes possibles à la sécurité nationale et envisagent d'ouvrir une enquête parlementaire sur le rôle du FBI qui a mis quatre mois pour informer les responsables du pays de la liaison entre Paula Broadwell et David Petraeus.

Certains élus républicains continuent de leur côté de s'interroger sur la concomitance de la démission du chef de la CIA avec les auditions à huis clos prévues devant le Congrès sur l'attaque contre le consulat américain le 11 septembre à Benghazi (Libye) et les réactions de la CIA face à cette attaque.

La première audition à huis-clos doit se tenir mardi après-midi devant la commission des Affaires étrangères du Sénat.

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