La coalition syrienne veut une reconnaissance, de l'argent et des armes

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Une reconnaissance internationale, de l'argent, des armes: la nouvelle coalition de l'opposition syrienne attend beaucoup de la communauté internationale mais doit prouver qu'elle est capable de contrôler le terrain pour accélérer la chute du régime.

"L'unification de l'opposition est certainement un pas important (...) si cette nouvelle coalition prouve sa crédibilité, cela va sûrement abréger les jours du régime", a estimé lundi Salman Shaikh, directeur du Brookings Doha Center.

Le chef de la coalition, Ahmad Moaz Al-Khatib, se rendait lundi au siège de la Ligue arabe au Caire, "premier pas sur la voie d'une reconnaissance internationale", selon le Qatar qui a parrainé les tractations laborieuses ayant débouché sur l'unification de l'opposition.

L'accord a été salué par Washington qui a promis son soutien, par Paris qui s'est engagé à oeuvrer pour la reconnaissance internationale de cette entité "comme représentant les aspirations du peuple syrien" et par Londres qui y a vu une structure capable d'assurer une transition politique.

Mais les nouveaux chefs de la "Coalition nationale syrienne des forces de l'opposition et de la révolution" veulent plus.

"En formant la Coalition, l'opposition a fait un pas en avant et il revient désormais à la communauté internationale d'honorer ses engagements", a déclaré son président, cheikh Ahmad Moaz Al-Khatib, un religieux modéré de Damas.

Riad Seif, vice-président de la coalition et initiateur du plan d'unification de l'opposition, a fait état de promesses à l'opposition de lui fournir un soutien matériel, affirmant s'attendre à "la libération, dans les semaines qui viennent, du Nord de la Syrie".

"Ils vont recevoir des sommes importantes d'argent, surtout des pays du Golfe, et obtenir des armes de certains pays, mais pas des Etats-Unis", explique Salman Sheikh.

Nerf du soulèvement, l'argent manquait durement au Conseil national syrien (CNS), jusque là principale coalition de l'opposition et qui a rejoint à contrecoeur la nouvelle instance, après être tombé en disgrâce aux yeux de Washington.

Le CNS se plaignait d'un assèchement des fonds ces derniers mois.

"On nous avait promis une aide de 150 millions de dollars par mois, mais depuis mars nous n'avons reçu que 40 M USD", a ainsi révélé à l'AFP Samir Nachar, un dirigeant de cette instance: 5 M des Emirats arabes unis, 15 M du Qatar et 20 millions de la Libye selon lui.

Et même si l'opposition ne reçoit pas directement des armes, elle pourra désormais en acheter, a affirmé Khaled Al-Attiya, ministre d'Etat qatari pour les Affaires étrangères, qui a parrainé les négociations.

"Lorsqu'ils auront obtenu une légitimité internationale, ils pourront conclure les contrats qu'ils voudront et obtenir des armes", a-t-il souligné à Al-Jazeera.

"La coalition demande à la communauté internationale d'aider les Syriens à combattre et se défendre eux-mêmes, surtout que le régime continue d'être armé par ses alliés, et non pas une intervention étrangère comme en Libye", souligne Rime Allaf, analyste de l'institut britannique Chatham House.

Elle se déclare confiante que la nouvelle coalition pourra unifier les groupes militaires disparates sur le terrain, et également "marginaliser les éléments jihadistes dont l'importance a été exagérée".

"Mais tant que le régime maintient sa suprématie aérienne, rien ne changera", souligne-t-elle.

Yezid Sayigh, analyste au Carnegie Middle East Center basé à Beyrouth, est plus réservé: "l'un des défis les plus difficiles auxquels fait face la nouvelle coalition est d'imposer son autorité au large éventail de formations militaires combattant le régime, qu'elle ne contrôle pas", explique-t-il.

Il explique que la coalition "espère le faire en s'imposant comme seul canal pour l'aide financière et en acquérant des armes anti-aériennes individuelles (comme les lance-missiles Stinger) et anti-chars".

Mais il estime que les pays occidentaux seront réticents à s'engager avant que la coalition "prouve qu'elle peut réellement constituer un leadership uni et efficace", ajoute-t-il.

Un défi de taille: selon Salman Shaikh, il reste des obstacles dans la constitution même de la coalition, notamment le nombre de sièges accordés au CNS et la représentation des groupes kurdes, auxquels le poste de troisième vice-président a été réservé en attendant leur décision de s'y joindre.

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