Banlieusarde cocue dans Un sur 2 à TVA, prisonnière fragile dans Unité 9 à Radio-Canada, voilà que Céline Bonnier met sa virtuosité au service de Christine la Reine-Garçon, la nouvelle pièce de théâtre écrite par Michel-Marc Bouchard, mise en scène par Serge Denoncourt et interprétée par une distribution cinq étoiles (David Boutin, Éric Bruneau, Magalie Lépine Blondeau entre autres) au TNM, dès le 13 novembre.

Christine de Suède, reine du 17e siècle élevée comme un garçon, féministe avant l’heure, avide de connaissances, déchirée par son attirance envers les femmes, reconnue pour sa laideur et sa force de séduction, envisage sacrifier sa couronne et son peuple pour satisfaire sa curiosité. En écrivant ce drame historique aux accents tragiques, Bouchard a tout de suite pensé à Céline Bonnier, qui ne s’est pas fait prier pour accepter. «J’ai tout de suite été fascinée par cette passionnée qui va au bout de ses convictions et de ses valeurs. Je trouvais ça très touchant de voir une femme qui devait être froide et austère se faire influencée par la chaleur de la passion et finir par casser. J’aime beaucoup l’élan littéraire de Michel-Marc. Ça me transporte.»

Alors que le dramaturge confiait en entrevue avoir été repoussé par la reine de Suède aux premiers abords, Céline Bonnier affirme avoir été charmée dès les premiers instants. «Grâce au filtre de Michel-Marc, j’ai tout de suite ressenti une grande compassion envers elle et ses paradoxes. Elle encourageait l’élévation de son peuple vers la culture, l’éducation et l’autonomie, alors qu’elle vidait une grande partie du trésor de la Suède et qu’elle se tournait vers les catholiques, contre qui les Suédois étaient en guerre. Son histoire est captivante.»

Après avoir interprété Monica la mitraille au cinéma et Sylvia Plath dans La Cloche de verre au théâtre, l’actrice goûte ici à son troisième personnage historique. «Michel-Marc m’a tout raconté sur elle et j’ai énormément lu à son sujet, mais contrairement au cinéma où on essaie de s’approcher le plus possible de la réalité, le théâtre nous permet un point de vue plus poétique et romantique. On a voulu aller chercher les contradictions de l’être humain et en faire des tableaux vivants qui font vibrer les passions.»

Pour ce faire, la contribution de Serge Denoncourt y est pour beaucoup. «Serge a privilégié un plateau dénudé en ne cherchant pas à créer un décor réaliste. C’est plutôt une ambiance austère qui correspond à l’image de la Scandinavie et de la Suède sous la religion luthérienne. On recrée l’esthétisme de la cour suédoise de l’époque, qui n’a rien de brillant ou de clinquant comme celle de la France. Les costumes de François Barbeau sont gris, noirs et froids. Dès que j’enfile les vêtements d’homme de la reine, l’attitude garçonne me vient immédiatement. Au lieu de mimer le non verbal masculin, j’essaie carrément de me sentir comme un gars.»

Consacrant les dernières semaines à tourner dans Unité 9 et à répéter Christine, la Reine-Garçon, Céline Bonnier affirme avoir très bien géré les aller-retours émotifs que lui imposaient ses personnages. «On développe des muscles pour jouer avec ça. C’est épuisant, mais pas très effrayant. Je fais ce métier-là justement pour visiter différentes régions de mon intérieur et pour mieux comprendre l’être humain. Je trouve que la période actuelle est très riche pour moi.»

Christine, la Reine-Garçon
TNM – 13 novembre au 8 décembre