«Ésimésac» de Luc Picard et Fred Pellerin présenté au Cinéma du Québec à Paris (VIDÉO)

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Extrait du film. (Capture d'écran)
Extrait du film. (Capture d'écran)

PARIS - Le comédien et réalisateur Luc Picard le revendique : «Ésimésac», fruit de sa deuxième collaboration avec le conteur Fred Pellerin, est un film «engagé», un «cri du cœur».

«Oui, oui, c'est un film engagé! On avait envie de parler de ça, de solidarité, d'injustice», a lancé Picard en fin de semaine à Paris, où «Ésimésac» a été projeté pour la toute première fois dans le cadre de la semaine du Cinéma du Québec.

«C'est un cri du cœur. Tu le garoches, puis tu espères que le monde va adhérer. Ni moi, ni Fred n'avons la prétention de 'pancarter' quelques chose, mais on sera contents si ça passe», a poursuivi le réalisateur, en évoquant le printemps étudiant et «tout ce qui se passe chez nous» et dans le monde.

«Ésimésac» est un conte, avec «toute la fantaisie que cela appelle». Quatre ans après «Babine», le film fait revivre les personnages qui peuplent l'imaginaire de Fred Pellerin : Toussaint Brodeur (Luc Picard), le forgeron Riopel (Gildor Roy), sa fille, la belle Lurette (Maude Laurendeau), et le coiffeur Méo Bellemare (René-Richard Cyr). Nicola-Frank Vachon est le bel Ésimésac, né à l'âge adulte et doté d'une force surhumaine.

L'histoire se déroule dans un ancien temps indéterminé à Saint-Élie-de-Caxton, dont la maigre population, confrontée à la faim, n'a que de la misère à manger. Le conte oppose l'individualisme forcené à la force du nombre, voire à la force d'une ombre, celle dont est privé Ésimésac depuis sa naissance...

«Ésimésac» prendra l'affiche au Québec le 30 novembre sur environ 80 écrans. La sortie sera précédée d'une série d'avant-premières à Québec, Montréal et ailleurs, mais aussi chez Fred Pellerin, à Saint-Élie-de-Caxton, le 20 novembre. Les habitués du Cinéma du Québec à Paris, qui s'est terminé en fin de semaine, ont pu voir le long-métrage en primeur mondiale samedi, en présence de Luc Picard.

Une soixantaine de spectateurs ont assisté à cette projection, des spectateurs majoritairement français, fans de Fred Pellerin pour certains d'entre eux. Luc Picard, vêtu d'un t-shirt blanc et d'un jean, casquette vissée sur la tête, ne cachait pas avant la séance une certaine nervosité, qui s'était totalement évanouie après.

«Le film est beaucoup plus dramatique que ce à quoi on pouvait s'attendre après 'Babine', mais c'est volontaire, c'est ce que je voulais», a expliqué le réalisateur. «J'espérais juste que les gens me suivent. J'ai l'impression qu'ils l'ont fait. Il y a eu de l'émotion, j'ai vu des gens pleurer…»

L'échange qui a suivi la projection l'a confirmé. «C'est un film prémonitoire», a jugé un spectateur. «Un film splendide, une histoire pleine d'humanité et qui a une grande résonance dans le monde tel qu'il tourne aujourd'hui. Vous tombez à point», a renchéri un autre.

«Le film parle de gens qui ont faim, c'est tout. Il dit que si on veut s'en sortir, il faut qu'on se tienne les uns, les autres», a résumé Luc Picard, ce qui lui a valu de chaleureux applaudissements.

L'histoire se passe à une époque ancienne mais floue: la famine et la misère renvoient à la grande crise des années 1930, les «robes de bombes» que fabrique le forgeron évoquent la guerre de 1914-1918, ou une autre, mais visuellement, on est nettement au XIXe siècle.

«J'avais 'Germinal' en tête, les films de Pagnol, des trucs comme ça», a confié Picard. «Je voulais que ça soit terreux. Je voulais une esthétique très western avec la sécheresse et des couleurs terreuses. Je voulais que ça ait du poids, que ça soit poussiéreux que les personnages soit toujours sales.»

Contrairement à «Babine», produit en studio, «Ésimésac» a été tourné en extérieur à Harrington, dans les Laurentides.