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Syrie: un attentat tue 20 soldats, l'opposition poursuit ses discussions

10/11/2012 08:17 EST | Actualisé 10/01/2013 05:12 EST

Un double attentat suicide a visé samedi l'armée syrienne, tuant 20 soldats dans le sud du pays, au moment où le Conseil national syrien (CNS) exprimait des réserves sur un projet d'unification de l'opposition, hypothéquant ainsi un accord pourtant très attendu.

Après 20 mois d'une révolte populaire devenue guerre civile, les pays arabes soutenant le soulèvement et les puissances occidentales font en effet pression sur l'opposition pour qu'elle constitue un front uni face au régime de Bachar al-Assad.

Sur le terrain, ce dernier a subi un nouveau revers samedi. A Deraa, berceau de la contestation dans le sud du pays, au moins 20 soldats ont été tués dans l'explosion de deux voitures piégées dans l'enceinte d'un club d'officiers, a déclaré à l'AFP le président de l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH), Rami Abdel Rahmane.

Ces "attaques suicide" ont été menées à quelques minutes d'intervalle "par deux hommes qui conduisaient des voitures chargées d'explosifs", a-t-il expliqué.

L'agence officielle Sana a confirmé l'explosion de deux voitures à Deraa, faisant état de victimes, sans plus de précisions.

Parallèlement, dans le nord-est du pays, le régime perdait de plus en plus de terrain. Des combattants kurdes ont pris le contrôle dans la nuit de vendredi à samedi de deux villes, Derbassiyé et de Tal Tamer, après avoir négocié le départ des forces gouvernementales, selon l'OSDH et des militants.

Vendredi, non loin de là, les rebelles s'étaient emparés de leur côté de la ville de Rass al-Aïn, après des combats féroces avec les forces du régime, d'après l'OSDH et des militants.

Dans le reste du pays, combats et bombardements se poursuivaient, notamment dans la province de Damas, théâtre d'intenses affrontements depuis plusieurs jours, selon l'OSDH.

Samedi, le conflit a encore fait 49 morts -- 29 soldats, 13 civils et 7 rebelles -- a indiqué l'OSDH, qui se base sur un vaste réseau de militants et de sources médicales à travers le pays.

Signe que les violences redoublent d'intensité, 11.000 Syriens ont fui leur pays, dont 9.000 qui se sont réfugiés en Turquie, en l'espace de 24 heures, a indiqué vendredi Panos Moumtzis, responsable du Haut Commissariat de l'ONU aux réfugiés. Habituellement, quelque 2.000 nouveaux réfugiés syriens sont dénombrés chaque jour.

Alors que le conflit a fait plus de 37.000 morts et qu'aucune issue à la crise n'est en vue, le président Assad a affirmé mener une "guerre contre le terrorisme" et prôné un règlement par les urnes, dans un entretien à une chaîne russe.

De son côté, l'opposition, appelée par les pays arabes, les puissances occidentales et les rebelles sur le terrain à s'unifier, discute depuis jeudi à Doha sous l'égide du Qatar et de la Ligue arabe, un projet visant à la fédérer.

Le CNS, principale composante de l'opposition, a exprimé samedi ses réserves sur ce projet, hypothéquant un accord avec les autres groupes luttant contre le régime Assad.

"Nous avons été informés de leur initiative, mais nous avons notre propre point de vue et nos idées que nous exposerons", a déclaré Georges Sabra, le nouveau président du CNS, un chrétien de 65 ans élu vendredi.

"Aucune partie ne peut se ranger sous la bannière d'une autre", a encore dit M. Sabra, reflétant la crainte de sa coalition de se voir marginalisée.

Depuis jeudi soir, le CNS a reporté à deux reprises sa réponse sur ce projet, largement inspiré d'une initiative de l'opposant Riad Seif prévoyant notamment la formation d'une instance politique unifiée d'une soixantaine de membres.

Le CNS a élaboré sa propre initiative, préconisant la formation d'un "gouvernement provisoire" en attendant la tenue d'un congrès général, selon un document obtenu par l'AFP.

Le CNS, considéré aux premiers temps de la révolte par la communauté internationale comme un "interlocuteur légitime", a été ensuite vivement critiqué, notamment par l'administration américaine, pour son manque de représentativité.

Les Comités locaux de coordination (LCC), un important réseau de militants animant la révolte sur le terrain en Syrie mais ne disposant d'aucun représentant dans la nouvelle direction du CNS, élue cette semaine, ont claqué vendredi la porte de cette instance, accusant les Frères musulmans d'en avoir pris le contrôle.

Enfin, alors qu'ONG locales et internationales dénoncent régulièrement les "crimes" du régime, l'ex-procureur de la Cour pénale internationale (CPI), Luis Moreno-Ocampo, a suggéré vendredi d'émettre un mandat d'arrêt international contre le président Assad afin de mettre un terme à la guerre civile en Syrie, estimant qu'il y aurait un "dossier solide" contre lui.

bur-vl/cco

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