Le général David Petraeus, qui a présenté vendredi sa démission, un an et demi à peine après avoir été nommé à la tête de la CIA, était l'officier le plus connu de l'armée américaine, et considéré comme l'artisan de la stratégie gagnante des Etats-Unis en Irak.

Auréolé de sa stature de héros de la guerre en Irak, ce général quatre étoiles qui vient de souffler sa soixantième bougie a échappé à la mort à deux reprises.

Vendredi, il a affirmé, pour expliquer sa démission soudaine, avoir eu une relation extraconjugale, une "conduite inacceptable à la fois comme mari et comme dirigeant d'une organisation" telle que la CIA. "Après plus de 37 ans de mariage, j'ai fait preuve d'un énorme manque de jugement", a-t-il ajouté.

Quand il a été confirmé à l'unanimité par le Sénat à la tête de la puissante agence de renseignement le 30 juin 2011, il commandait les 140.000 soldats de l'Isaf en Afghanistan. De nombreux observateurs lui prêtaient alors une ambition politique, ce qu'il démentait.

Visage effilé, regard bleu et direct, David Petraeus, fils d'émigré néerlandais né le 7 novembre 1952, est perçu comme un "intellectuel soldat".

Jugé "incroyablement intelligent" par ses admirateurs, notamment républicains, "arrogant" et très ambitieux par d'autres, il passait pour être respecté de tous.

Dernièrement, la CIA a été critiquée pour son échec à sécuriser le consulat américain de Benghazi en Libye dont une attaque terroriste a notamment coûté la vie il y a deux mois, de l'ambassadeur américain. Il devait être entendu jeudi prochain par le Congrès à ce sujet.

Ses relations avec la Maison Blanche et le président Barack Obama ont été tumultueuses et ont connu des crispations début 2009 quand le président a accepté de n'envoyer que 30.000 soldats supplémentaires en Afghanistan alors qu'il en recommandait beaucoup plus pour pouvoir rééditer la stratégie gagnante en Irak. Vendredi, le président Obama a accepté sa démission.

Lettres de noblesse en Irak

Lorsque Barack Obama avait annoncé le retrait progressif des renforts d'ici septembre 2012, le général avait affirmé que cette décision était "une version plus radicale du calendrier" qu'il lui avait présenté.

Rompu au jeu politique de Washington, le nom du général Petraeus avait circulé pour plusieurs postes prestigieux dans la haute hiérarchie militaire américaine, comme celui de chef d'état-major interarmées, le principal conseiller militaire du président.

C'est finalement sans son uniforme qu'il a poursuivi sa carrière, à la CIA où son expérience de la lutte contre Al Qaïda était vue comme un atout.

Le général Petraeus a gagné ses lettres de noblesse en Irak. En 2003, il est responsable des troupes américaines pour le nord irakien et commande la 101e division aéroportée. Il supervise ensuite jusqu'en 2005 la reconstruction de l'armée irakienne.

A son retour d'Irak, il réécrit le manuel de la contre-insurrection, document de référence de l'armée et des Marines pour lutter contre les insurgés et source d'inspiration pour la nouvelle stratégie en Irak et ensuite en Afghanistan.

Nommé à la tête de la coalition en Irak en 2007, il s'efforce de mettre en pratique sa philosophie, mûrie par sa thèse sur les erreurs des Américains au Vietnam.

Cette stratégie parvient à améliorer la sécurité dans le pays grâce à un plan reposant sur une augmentation des troupes et une plus grande implication des responsables provinciaux irakiens et des milices sunnites reconverties contre Al-Qaïda.

Promu à la tête du Centcom où il est chargé de superviser les opérations militaires au Moyen-Orient et en Asie centrale, le général Petraeus est appelé à la rescousse à l'été 2010 pour remplacer son subordonné Stanley McChrystal à la tête des forces internationales en Afghanistan.