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08/11/2012 03:07 EST | Actualisé 08/01/2013 05:12 EST

Les réformes bancaires aident l'économie, assure Mark Carney à Montréal

MONTRÉAL - Contrairement à ce que certains prétendent, le resserrement de l'encadrement des grandes banques mondiales favorise la croissance économique et la création d'emplois, a insisté jeudi le gouverneur de la Banque du Canada, Mark Carney.

Dans un discours prononcé devant le Cercle canadien de Montréal, M. Carney, qui préside le Conseil de stabilité financière, l'organisme international supervisant les réformes bancaires, a promis de tout faire pour que les changements nécessaires soient mis en oeuvre rapidement et de façon cohérente.

«Nous pointerons du doigt ceux qui traînent les pieds ou contournent les règles et les obligerons à rendre des comptes», a-t-il prévenu.

Mais surtout, Mark Carney a rejeté les critiques de ceux, principalement les financiers de New York, Londres et Hong Kong, qui estiment que les réformes, en contraignant les banques à prendre moins de risques et à accroître leur capitalisation, ont eu pour effet de réduire les investissements privés et l'activité économique.

Il a noté que la croissance du crédit a repris dans les pays où les institutions financières «ont renforcé leurs bilans, réorienté leurs activités commerciales essentielles et amélioré leurs sources de financement».

L'an dernier, dans une confrontation à huis clos désormais célèbre, le grand patron de la banque JPMorgan Chase, Jamie Dimon, avait pris à partie M. Carney à propos des nouvelles restrictions imposées aux institutions financières.

«Les mesures visant à renforcer la stabilité financière ont pour effet de soutenir l'expansion économique et la création d'emplois plutôt que de les freiner, même à court terme», a tranché Mark Carney jeudi.

L'ancien banquier de Goldman Sachs a rappelé que l'un des principaux objectifs des réformes était d'éviter que les gouvernements aient à voler au secours d'autres banques à l'avenir. Lors de la crise financière de 2007-08, plusieurs pays européens ont renfloué leurs grandes banques, craignant que la faillite de celles-ci ait des répercussions graves sur l'économie mondiale.

Sauvetages injustes

Or, ces sauvetages se sont avérés «injustes» puisqu'ils ont eu pour effet de «privatiser les gains» et de «socialiser les pertes», a répété M. Carney, en allant jusqu'à qualifier de «parasites» les créanciers des banques qui ont bénéficié des largesses étatiques.

Ce n'est qu'en «redonnant le capitalisme aux capitalistes» que la discipline se renforcera au sein du système financier et que les risques systémiques diminueront, a-t-il plaidé.

Le gouverneur a souligné qu'en plus de la facture salée assumée par les États pour les sauvetages, il faut aussi tenir compte d'une «subvention implicite qui est moins transparente et qui perdure».

«Les grandes banques profitent de coûts d'emprunt plus faibles en raison du soutien direct et des garanties implicites» consentis par les gouvernements, a-t-il affirmé.

Citant une estimation récente de la Banque d'Angleterre, Mark Carney a relevé que grâce à cette «subvention implicite», 20 des plus grandes banques mondiales ont économisé 70 milliards $ par année avant la crise de 2007-08, soit l'équivalent de 20 pour cent de leurs bénéfices.

Or, en dépit des réformes actuellement en cours d'implantation, les banques profitent toujours de cet avantage.

«Les agences de notation continuent de hausser les notes (de crédit) des grandes banques dans une proportion qui tient compte d'un soutien implicite de l'État, a déploré M. Carney. Cette majoration a augmenté depuis la crise. Selon certaines estimations, l'apport implicite des contribuables à ces institutions pourrait avoir décuplé.»

Puisque «les investisseurs semblent penser que les gouvernements vont de nouveau faiblir lorsqu'ils seront aux prises avec la faillite d'une grande banque», il faut songer à adopter des lois pour changer la situation, a estimé Mark Carney.

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