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08/11/2012 04:10 EST | Actualisé 07/01/2013 05:12 EST

Les raids aériens font grossir le flux de réfugiés en Syrie

Les camps de réfugiés improvisés le long de la frontière turque voient arriver chaque jour de nouveaux flots de Syriens jetés sur les routes par l'intensification des raids de l'aviation dans le nord-ouest du pays.

Les bénévoles font de leur mieux pour juguler la crise humanitaire, mais la situation est telle que certains préfèrent rentrer chez eux, malgré les bombes larguées par l'armée sur les zones où elle n'a plus le contrôle du terrain, plutôt que d'envisager de passer l'hiver sous la tente.

"Nous allions de village en village, mais maintenant ils bombardent partout", raconte Fatima Gharbiyeh, arrivée mardi avec son mari et leurs quatre enfants dans un camp encore en travaux près du poste-frontière de Bab el-Hawa, non loin d'un champ de tirs des rebelles.

Ce camp est le troisième installé dans cette petite zone frontalière, après ceux des villages d'Atme et Qah, qui accueillent déjà des milliers de réfugiés.

Pour Mohammed Gharbiyeh, cousin de Fatima, c'est déjà un deuxième déracinement. Il y a un mois, il a fermé sa supérette à Damas dans l'espoir d'être plus à l'abri dans son village natal dans la province d'Idleb (nord-ouest). Finalement, le danger y est bien pire. Il espère maintenant que la proximité de la frontière turque dissuadera les forces de Bachar al-Assad.

"Nous ne pouvons pas rentrer tant que le régime est en place parce que nous avons été témoins des choses horribles qu'ils ont faites", explique-t-il à l'AFP. "Ils bombardent en permanence, et à chaque poste de contrôle le simple fait d'être originaire de la région d'Idleb peut vous faire tuer ou jeter en prison".

L'ONU estime que plus de 2,5 millions de personnes sont fortement affectées par la guerre, parmi lesquelles près de 360.000 réfugiés officiellement enregistrés dans les pays limitrophes.

Les lieux d'origine des nouveaux arrivés à la frontière résonnent comme une litanie des raids et des combats les plus violents de ces dernières semaines, souvent à seulement une heure de route.

"Le flot dépend de l'intensité des bombardements. Certains jours ils sont une centaine, d'autres fois 500. Avant-hier, nous en avons reçu 1.000", explique Ghassan al-Cheikh, un bénévole de 52 ans engagé auprès des réfugiés dans l'école d'Atme.

A Qah, le camp inauguré il y a moins d'un mois est déjà saturé avec 4.000 réfugiés. Il n'y a plus de tente, et les nouveaux arrivants doivent dormir sous les oliviers, dans des voitures ou dans la mosquée de toile en attendant une place.

Il n'y a pas d'électricité, et pas assez de sanitaires. Les enfants souffrent de diarrhées, et il n'y a que deux repas par jour: un petit pain accompagné d'une portion de fromage, une tomate, un peu de beurre et de confiture le matin, et un dîner cuisiné dans l'école d'Atme.

Pour Fadwa al-Saleh, 40 ans et mère de sept enfants, ce dénuement est plus insupportable encore que la terreur des bombes. Et rien n'est prévu au camp pour sa fille handicapée de 11 ans, Ibtahal, qui se balance sur une natte pendant que ses frères chassent les mouches.

Ecrasant les larmes sur ses joues, Fadwa attend en vain que son mari vienne les ramener à la maison. "Il n'y a rien d'autre qui compte", assure-t-elle, même si sa famille est en danger depuis qu'un fils de son mari a déserté.

"Ici ce n'est pas une vie", insiste-t-elle, tout en reconnaissant que les bombardements terrorisent ses enfants.

Elle qui ne s'était jamais préoccupée de politique assure maintenant qu'aucune paix n'est possible avant le départ du président Bachar al-Assad. Mais son fils de 3 ans, Moustafa, s'inquiète surtout du présent: "J'aime Bachar parce que je ne veux pas qu'on me tire dessus", souffle-t-il timidement.

jm/fc/cco

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