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07/11/2012 04:46 EST | Actualisé 06/01/2013 05:12 EST

Thala, ville rebelle tunisienne, attend toujours d'exploiter son marbre

La patience des habitants de Thala, l'une des premières villes de Tunisie à s'être rebellée contre le régime de Ben Ali, s'épuise. Près de 2 ans après la révolution, la misère règne et les riches mines de marbre autrefois gérées par des proches du pouvoir sont à l'abandon.

Aux abords de la ville, des centaines de blocs de marbre royal sont entassés depuis des mois dans la carrière, une manne susceptible d'apporter en théorie des millions d'euros à la Tunisie et bien des emplois aux quelque 40.000 habitants du centre-ouest.

"Avant la révolution de janvier 2011, les proches du président déchu Zine El Abidine Ben Ali louaient ces terrains pour une bouchée de pain et les exploitaient pour leur propre compte", explique Mohamed Salah Jomli, un marbrier.

Or depuis la chute du régime, ces mines sont sous la coupe du gouvernement dirigé par les islamistes du parti Ennahda, qui n'a toujours pas déterminé les conditions de leur exploitation.

"Nous sommes les enfants de cette région (...) nous voulons que l'Etat nous donne des licences d'exploitation. Ensuite, nous accueillerons n'importe quel investisseur, des compatriotes ou même des étrangers", assure M. Jomli.

Mais faute de licence, le chômage et la misère ne peuvent refluer. Pourtant, les revendications sociales, à Thala comme ailleurs dans l'intérieur du pays, étaient au coeur des causes de la révolte tunisienne qui marqua le début du printemps arabe.

A bout de patience, les habitants de cette ville où le taux de chômage flirte avec les 50% --contre environ 18% au niveau national-- ont multiplié les actions de contestation : campagne de désobéissance civile, manifestation et grève générale.

Début octobre, un collectif d'habitants de cette ville toute proche de la frontière algérienne a même publié un appel menaçant de faire sécession de la Tunisie si une aide économique d'ampleur n'était pas débloquée, alors que les investissements dans la région ont chuté de près de 30% en un an.

"Nous sommes des mort-vivants, on vit dans le vide, nous n'avons rien. Nous ne possédons rien. Tout ce qu'il (le gouvernement) sait faire pour nous, c'est nous mettre en prison", crie un manifestant lors d'une action de contestation.

"La situation socio-économique à Thala est pire que sous l'ancien régime et aucune promesse du gouvernement n'a été réalisée", s'insurge Adel, un instituteur de la ville.

Plusieurs mouvement sociaux dans le centre, le centre-ouest et l'est de la Tunisie ont été fermement réprimés ces derniers mois, sans pour autant juguler la contestation en Tunisie, où les grèves sectorielles se multiplient.

Face à cette colère grandissante, le gouvernement a promis une série de plans de développement destinés aux régions du centre et de l'ouest.

Concernant Thala, il a annoncé la création début octobre d'une commission interministérielle pour résoudre le dossier des carrières et promis de réouvrir l'usine locale de retraitement du marbre en y employant 200 personnes.

Le pouvoir souligne aussi que la croissance est repartie à la hausse (+3,5 selon les prévisions pour 2012) après la terrible récession qui a suivi la révolution.

Mais ce discours est loin de convaincre les Thalois, jusque dans les rangs d'Ennahda.

"Il faut faire la différence entre le parti et l'Etat, le parti et le gouvernement", souligne ainsi, Dhafer Khalfallah représentant à Thala du mouvement islamiste.

"Le parti est conscient de la gravité de la situation et des mobilisations sociales", dit-il.

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