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06/11/2012 04:13 EST | Actualisé 05/01/2013 05:12 EST

Sur le front syrien les rebelles dénoncent leurs chefs, des "lâches en exil"

Les combattants qui risquent leur vie sur le front en Syrie s'en prennent désormais ouvertement aux chefs de l'Armée syrienne libre (ASL), des "lâches en exil" profitant du confort de l'étranger au lieu de mettre leur expérience au service des rebelles sur le terrain.

L'autre grand reproche que les insurgés font aux dirigeants de l'opposition armée, c'est de ne pas s'être unis, laissant la place aux groupes islamistes, présents désormais sur la quasi-totalité des fronts sous la forme d'unités militaires indépendantes.

Il n'existe pas de statistique précise, mais depuis le début en mars 2011 d'une révolte populaire devenue conflit armé, quelques dizaines de milliers de militaires auraient déserté, en majorité des soldats de base, sur les 300.000 membres de l'armée syrienne, selon des experts.

L'ASL, qui chapeaute des brigades à travers le pays, a été créée en août 2011 par des déserteurs réfugiés en Turquie sous la direction de Riad al-Assaad, un colonel de l'armée de l'air.

"Personne en Syrie ne respecte ces chefs parce que quand un officier déserte, il doit combattre, pas aller s'installer là-bas. Ils boivent du thé, fument le narguilé et parlent, parlent...", dit Abou Mohammed, un ancien officier de l'armée syrienne.

Lui a fui en Belgique il y a cinq ans, exaspéré par les traitements de faveur dont bénéficiaient au sein de l'armée, selon lui, les Alaouites, la minorité dont est issue le clan Assad, mais il est revenu en Syrie quand la révolution a éclaté.

Aujourd'hui, il regrette qu'il n'y ait pas de chef pour assurer un commandement rebelle unique pour toute la Syrie, et note que sur les près de 400 hommes qu'il dit commander à Alep, seuls trois sont des déserteurs, le reste étant constitué de civils ayant pris les armes.

"Sans organisation, nous ne pourrons jamais faire tomber Bachar al-Assad", explique Abou Mohammed, assis dans une oliveraie où il entraîne de jeunes recrues chaussées de sandalettes.

"Si nous n'avons aucune organisation, c'est parce que ces officiers se reposent en Turquie. Les civils sont des gens très bien, mais ce sont les officiers qui devraient combattre", déplore-t-il, alors qu'un de ses hommes lui apporte des bombes artisanales.

"De simples bombes ne peuvent pas faire plier le régime", dit-il, s'en remettant à Dieu.

Les rebelles ont enregistré de nombreux succès à travers le pays, mais peinent à conserver leurs positions face à la puissance de feu du régime et aux raids meurtriers de son aviation.

Cheikh Omar, un ancien professeur d'arabe et de religion qui commande désormais 150 hommes de l'ASL dans la ville d'Al-Bab, au nord-est d'Alep, estime de son côté que sur les 1.500 combattants de l'ASL que compte la ville, seuls 30 avaient déjà manié des armes.

Pour lui, "il y a deux sortes de déserteurs: ceux qui restent en Syrie et combattent et ceux qui s'installent dans de beaux hôtels en Turquie".

Ces derniers "rêvent du jour où le régime va tomber... Ils ne pensent qu'à leur profit personnel, ils ne sont pas courageux, ce sont des gens faibles", poursuit-il.

"Si l'ASL n'est toujours pas unifiée, c'est la faute des officiers en Turquie qui ne travaillent pas", insiste l'homme, vêtu d'un treillis gris, refusant catégoriquement de commenter les propos de Washington accusant des groupes islamistes de "détourner" la révolte.

Un autre chef rebelle qui dit diriger trois bataillons, Cheikh Mahmoud al-Moujadani, dément en revanche tout soutien en Syrie à l'idéologie d'Al-Qaïda, et affirme que ses brigades se sont associées à Alep pour renforcer la coordination face au manque d'encadrement.

"Pourquoi vivent-ils en Turquie? Ils ont déserté, alors pourquoi ne viennent-ils pas ici protéger leurs maisons? Ils ont fui parce qu'ils ont peur que le régime les prennent et les tuent avec leur famille".

jm/sbh/cnp

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