DIVERTISSEMENT
06/11/2012 05:44 EST | Actualisé 06/01/2013 05:12 EST

Simple Plan: un succès planifié qui repose sur un travail acharné, selon le livre «Simple Plan: l'histoire officielle» de Kathleen Lavoie (VIDÉO)

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MONTRÉAL - Les gars de Simple Plan le savent très bien: dans le milieu du punk-rock montréalais, on les a taxés de vendus, de grosses têtes, ou pire encore (!), de «commerciaux».

«C'était fascinant, parce que d'une année à l'autre, on a commencé à se faire appeler 'sell outs'. On jouait exactement les mêmes chansons du premier album, de la même manière, mais là on était devenus des 'sell outs' parce que tout d'un coup, la radio et la télévision ont commencé à embarquer», se souvient le guitariste Jeff Stinco.

«On a entendu de ces choses au Québec... qu'on utilisait la scène pour s'élever au-dessus de la foule, ce qui est absolument l'affaire la plus stupide que j'ai entendue de ma vie», ajoute-t-il, bien installé dans la suite d'un hôtel du Vieux-Montréal.

Le bassiste David Desrosiers fait peu de cas de ceux qui lèvent le nez sur Simple Plan essentiellement parce que le groupe a vendu neuf millions d'albums et qu'il se produit dans de gigantesques amphithéâtres aux quatre coins de la planète.

«On a tous toujours rêvé de jouer devant le plus de monde possible. En fait, personnellement, je pense que les groupes qui font croire qu'ils n'aiment pas ça jouer devant beaucoup de monde ou qui ne jouent pas de la musique pour se faire entendre, ben...»

«Ils sont défaitistes», l'interrompt Jeff Stinco.

«C'est ça, poursuit David. T'as juste à rester dans ton sous-sol si tu veux jouer de la musique d'abord. Fais pas des 'shows' si tu veux la faire juste pour toi.»

Le batteur Charles «Chuck» Comeau — véritable locomotive du groupe depuis ses débuts — tenait cependant un tout autre discours à l'époque où il faisait partie, avec le chanteur Pierre Bouvier, du groupe Reset, l'«ancêtre» de Simple Plan.

«C'est ça, notre projet. Rester 'undergrounds' et rester accessibles», avait-il confié en 1996 sur les ondes de MusiquePlus, comme on peut le lire dans la biographie «Simple Plan: l'histoire officielle», qui sera en librairie jeudi.

L'histoire nous a évidemment appris qu'il en fut tout autrement. Et que ce même Charles, se faisant passer pour l'agent du groupe Reset, a fait parvenir plusieurs lettres de sollicitation aux compagnies de disques avant de décrocher, enfin, un premier contrat avec l'étiquette Lava Records, une étiquette d'Atlantic Records.

Avant de connaître le succès planétaire qu'ils savourent depuis maintenant une bonne dizaine d'années, les musiciens ont dû faire leur chemin de croix au Québec.

Car s'ils faisaient courir les foules au Japon dès 2002, ils peinaient encore à remplir le Métropolis à la même époque.

«C'était un peu frustrant, un peu choquant, mais en même temps, les fans (du Québec) étaient au rendez-vous, (...) on avait une belle carrière. C'était décevant, c'est sûr, d'arriver chez nous et de voir que les journalistes ne parlaient de personne d'autre que Kevin Parent ou Éric Lapointe», fait valoir Jeff Stinco, sans pour autant dénigrer le talent de ces artistes.

Plusieurs années auparavant, en 1998, un autre écueil — de nature interpersonnelle, celui-là — avait bien failli avoir raison de Reset: une querelle entre Pierre Bouvier et Charles Comeau a mené à l'éclatement de Reset. Mais après un an et demi de silence, les anciens camarades de classe du collège Beaubois, à Pierrefonds, ont renoué et décidé de repartir la machine, rapporte la journaliste Kathleen Lavoie dans son ouvrage «Simple Plan: l'histoire officielle».

Les gars de Simple Plan se sont impliqués dans la mise au monde de cette biographie, comme ils le font dans tout ce qu'ils entreprennent: à fond la caisse, en suivant leur credo — «DIY» («Do it yourself»).

«C'est ça la philosophie du groupe. On a toujours eu cette éthique-là», expose Jeff.

Pour les besoins de la cause, les musiciens ont ressorti de leurs archives personnelles billets de spectacle, croquis, paroles de chansons manuscrites, photos et autres souvenirs qu'ils avaient conservés au cas où, un jour, leur formidable aventure ne prenne fin.

«Il y avait une partie de nous qui savait que nous vivions quelque chose de particulier. Il y avait aussi la peur de: 'Ça finit quand, cette histoire-là?' Quand tu penses que peut-être c'est ton dernier 'single', ton dernier album, tu te dis que c'est peut-être important de garder ces choses-là», fait valoir Jeff Stinco.

«Simple Plan: l'histoire officielle» a permis aux cinq musiciens montréalais de jeter un regard en arrière sur la dernière décennie, mais aussi de se projeter dans le futur.

«La musique, c'est vraiment ce qui occupe la plus grande partie de notre vie. Je peux seulement parler pour moi, mais je suis persuadé que dans 10 ans, je ferai encore de la musique», lance David Desjardins, qui cite comme modèle de longévité le groupe punk-rock californien Green Day.

«T'as raison», renchérit Stinco, qui lui, aspire à une carrière comme celle du groupe U2.

«Ce qui rassemble le groupe, c'est le fait que les cinq on 'trippe' musique. Alors je ne vois pas pourquoi on décevrait nos 'fans' en arrêtant maintenant. Il y a vraiment un souci de sortir de la bonne musique et de se dépasser. Ça s'inscrit nécessairement dans une continuation de ce qu'on fait», ajoute-t-il.