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06/11/2012 12:15 EST | Actualisé 06/01/2013 05:12 EST

Présidentielle américaine: les scénarios d'un cauchemar électoral

WASHINGTON - Une élection présidentielle peut facilement tourner au cauchemar aux États-Unis, encore traumatisés par l'étroite victoire du républicain George W. Bush sur Al Gore en 2000, alors que le démocrate avait recueilli le plus de suffrages populaires. Voici les scénarios possibles d'un scrutin qui dérape.

Égalité des grands électeurs, cohabitation entre un président et un vice-président de partis différents

La présidentielle américaine se déroule au suffrage indirect. Le candidat qui obtient le plus de voix dans un État remporte tous les grands électeurs de cet État (sauf dans le Maine et le Nebraska) qui, à de rares exceptions près, se prononceront pour ce candidat. Il faut obtenir au moins 270 des 538 grands électeurs pour aller à la Maison Blanche.

Une répartition de ces représentants à égalité entre le démocrate Barack Obama et le républicain Mitt Romney, soit 269 chacun, est improbable mais pas impossible, par exemple si M. Romney s'impose dans les neuf États indécis ou versatiles sauf l'Ohio, le Wisconsin et le New Hampshire.

Dans ce cas de figure inédit, l'arbitrage revient à la Chambre des représentants. Elle devrait rester aux mains des républicains lors de son renouvellement mardi, tandis que le Sénat devrait rester à majorité démocrate. La Chambre élirait M. Romney président et le Sénat garderait le démocrate Joe Biden à la vice-présidence.

Un président vaincu au suffrage populaire mais élu par la Chambre des représentants

À supposer que MM. Obama et Romney obtiennent chacun 269 grands électeurs mais que le premier ait recueilli davantage de suffrages populaires. La Constitution attribue à la délégation de chaque État un vote, ce qui signifie qu'un petit État comme l'Idaho possède un poids proportionnellement bien supérieur à celui de la vaste Californie. Si la chambre reste contrôlée par les républicains, elle élira M. Romney président. Certains crieront alors au détournement des élections.

Un président élu par les grands électeurs mais battu au suffrage populaire

Quatre fois par le passé, la présidence est revenue au candidat arrivé second au suffrage populaire, car il avait obtenu davantage de grands électeurs, leur nombre dépendant de leur représentation au Congrès, soit au moins trois (deux sénateurs et au moins un représentant). Mais certains États possèdent un poids disproportionné par rapport à leur population.

La victoire de George W. Bush en 2000 reste contestée par certains car c'est la Cour suprême qui a tranché en mettant fin au recomptage des bulletins en Floride et en lui attribuant les grands électeurs de cet État.

Autre hypothèse: M. Romney l'emporte dans les États républicains comme le Texas et la Géorgie avec une marge bien plus importante que M. Obama dans les États démocrates comme la Californie ou celui de New York: M. Obama perd au suffrage populaire mais gagne en grands électeurs. Bref, l'inverse de ce qui s'est passé en 2000 entre MM. Bush et Gore, amenant les Américains à s'interroger sur leur système électoral.

En 1824, quatre candidats s'étaient affrontés sans qu'aucun obtienne la majorité au suffrage populaire ou en grands électeurs. La Chambre des représentants avait accordé la victoire au deuxième dans les deux catégories, John Quincy Adams.

Contestation

La présidentielle pourrait être entachée par le doute, ce qui aviverait les querelles partisanes qui divisent déjà les Américains et rendent le compromis si difficile au Congrès. On se souvient de l'interminable recomptage des bulletins mal perforés par les machines à voter en 2000.

Dans de nombreux États, des militants craignent de la confusion, des retards ou même des éclats aux bureaux de vote le 6 novembre, particulièrement dans les circonscriptions à tendance démocrate où les républicains pourraient contester l'inscription de certains électeurs.

Les républicains ont tenté de renforcer le contrôle des électeurs ces derniers années dans plusieurs États, officiellement pour lutter contre la fraude électorale, mais leurs adversaires les soupçonnent de vouloir éliminer des listes certaines catégories traditionnellement plutôt démocrates comme les Noirs, les Hispaniques, les moins fortunés et les étudiants.

Les tribunaux de plusieurs États ont repoussé les tentatives des républicains mais ces derniers ont réussi à mettre fin au vote du dimanche d'avant le jour J en Floride, où certaines églises noires appelaient traditionnellement leurs fidèles à aller voter en sortant.

Depuis 2000, une véritable armada de scrutateurs volontaires, avocats ou non, sont mobilisés côté démocrate pour surveiller le déroulement du scrutin dans les bureaux de vote et saisir les autorités en cas d'irrégularités.

Le camp Romney n'est pas en reste: d'innombrables avocats et volontaires ont suivi une formation au code électoral tous ces derniers mois pour «assurer que l'élection est juste et ouverte», explique le porte-parole de campagne du candidat conservateur, Ryan Williams.

Certains démocrates craignent que des républicains excessivement pointilleux dans des circonscriptions marquées à gauche n'arrivent à décourager les électeurs.

Bulletins provisoires

Autre cause possible de tensions et retards: les bulletins provisoires, pour lesquels la législation a été adaptée en Floride, en Virginie et dans d'autres des neuf États-clés jugés déterminant pour l'issue de la présidentielle.

On peut déposer un bulletin provisoire parce que l'on n'a pas apporté de pièce d'identité valable au bureau de vote, que la liste électorale n'a pas été actualisée à la suite d'un déménagement, que l'on se trompe de circonscription ou que quelqu'un conteste la validité de l'inscription sur la liste électorale.

Les bulletins provisoires ne sont comptés qu'une fois que les autorités électorales ont pu vérifier la validité de la présence de l'électeur sur la liste, ce qui peut prendre des jours, voire des semaines. En 2008, sur les près de 2,1 million de bulletins provisoires, environ 69 pour cent avaient été pris en compte.

Dans une élection qui se joue sur le fil du rasoir, cela peut changer le résultat, note le politologue Daniel Smith de l'Université de Floride.

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