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06/11/2012 10:31 EST | Actualisé 06/01/2013 05:12 EST

Mitt Romney, une vie de succès en quête de l'ultime consécration

Que Mitt Romney devienne ou non le 45e président des Etats-Unis, l'ex-homme d'affaires multi-millionnaire achève mardi près de six ans de campagne, marquée par une volonté farouche de se défaire de son image d'homme distant et opportuniste.

A 65 ans, ce mormon, père de cinq fils et 18 fois grand-père, accumule les succès professionnels: diplômé de Harvard, consultant surdoué, patron admiré, sauveur des jeux Olympiques d'hiver de Salt Lake City en 2002, gouverneur républicain de l'Etat du Massachusetts de 2003 à 2007.

La politique lui réserve ses seuls revers. Une défaite en 1994 dans la course au Sénat, et une première candidature ratée à la présidentielle de 2008, qu'il abandonne aux primaires face à John McCain.

Mitt Romney n'a depuis jamais cessé d'être le "candidat Romney" et une défaite mardi soir signera sans doute la fin d'une inlassable campagne pour persuader l'Amérique de l'embaucher, lui qui a tant de sauvetages d'entreprises à son actif.

Mais les centaines de millions de dollars de publicités dépensés n'ont jamais réussi à débarrasser "Mitt" de son image réservée, voire guindée, ni à laver son parcours de ses nombreuses volte-face idéologiques.

Le "vrai" Romney est-il cet irrécupérable modéré, autrefois favorable au droit à l'avortement, que moquaient ses rivaux de la primaire républicaine? Ou est-il cet extrémiste de droite arc-bouté sur de draconiennes coupes budgétaires?

Né en 1947 à Detroit, la capitale de l'automobile dans le Michigan (nord), Willard Mitt Romney tombe dans la politique à 15 ans, quand il accompagne son père George dans sa campagne réussie pour le poste de gouverneur. Le fils assistera plus tard à l'échec du père face à Richard Nixon à la primaire présidentielle de 1968.

Il rencontre Ann Davies en 1965. Elle n'a que 15 ans. Les amoureux se marieront en 1969, au retour de Mitt de deux ans et demi de mission en France: au Havre, à Bordeaux et à Paris.

Pendant trente mois rigoureux, le missionnaire travaille du matin au soir pour convertir les Français à cette étrange religion venue d'Amérique. En juin 1968, une voiture fonce droit sur la Citroën DS qu'il conduit. Un gendarme le prononce mort. La passagère avant du véhicule meurt, mais Mitt s'en sort sans séquelles.

A son retour, le couple s'installe à Belmont, près de Boston dans le Massachusetts où Mitt Romney intègre la meilleure université du pays, Harvard, dont il obtient un double diplôme MBA et droit en 1975.

Vedette montante du conseil, il intègre le Boston Consulting Group puis Bain & Company en 1977, où il impressionne tellement le PDG Bill Bain que celui-ci lui confie la tête d'une nouvelle société: Bain Capital, en 1984.

Pendant 15 ans, Bain Capital fera de Mitt Romney un homme riche et lui apportera sa réputation d'homme d'affaires brillant dont il se targue aujourd'hui pour résoudre les problèmes du pays.

"J'ai passé ma vie dans le secteur privé, pas dans le public. Je suis un homme qui, avec mon expérience, veut aider les Américains", répète-t-il, comme un refrain.

Les fonds de Bain Capital lancent de grands succès comme les magasins de fournitures de bureaux Staples, mais certaines restructurations très lucratives pour ses investisseurs conduiront à des licenciements qui noirciront le bilan du candidat.

Autre ligne dans un CV en or: Mitt Romney quitte Bain Capital en 1999 pour voler à la rescousse des jeux Olympiques d'hiver de Salt Lake City 2002, dont il rééquilibre les finances.

Mais Mitt a aussi un coeur, et ses proches sont mobilisés par sa campagne pour qu'ils décrivent aux électeurs le "vrai" Mitt: blagueur, attentif et intègre.

Ses réunions électorales s'ouvrent sur un film mêlant vidéos de famille et entretiens confessions, où Mitt et Ann racontent les larmes aux yeux leurs premiers rendez-vous, la sclérose en plaques d'Ann, les bricolages de Mitt pour économiser quelques dollars.

Mais la générosité du candidat n'est pas feinte, comme le racontent Scott Helman et Michael Kranish dans leur biographie "The Real Romney" ("Le vrai Romney").

De 1986 à 1994, Mitt Romney dirige l'équivalent du diocèse mormon de Boston, une fonction administrative et religieuse qui l'amène à aider les membres de sa congrégation.

A titre privé, il multiplie les actes d'altruisme, offrant de financer les études des enfants d'une famille dans le besoin, ou veillant sur un jeune garçon condamné par une leucémie, à son chevet d'hôpital.

Mais Mitt Romney fait aussi pression sur une mère célibataire pour qu'elle confie son enfant à naître à l'agence d'adoption de l'église, ce qu'elle refuse.

Mitt Romney espère ajouter une nouvelle pierre à son parcours de premier de la classe en devenant le premier président mormon du pays. La seule étape ratée de la carrière de son père.

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