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06/11/2012 11:43 EST | Actualisé 06/01/2013 05:12 EST

Kevin Page dit ne pas avoir les données nécessaires pour analyser les finances

OTTAWA - La croisade du directeur parlementaire du budget pour évaluer l'impact sur les Canadiens des compressions du dernier budget se poursuit: Kevin Page a peut-être reçu récemment plus de données suite aux pressions exercées, mais il les qualifie d'inadéquates.

Et ce manque de collaboration du gouvernement Harper l'empêche de publier une analyse des finances du pays à mi-parcours de l'exercice financier, déplore-t-il.

Dans un rapport dévoilé mardi, M. Page dit avoir reçu des réponses de 91 pour cent des ministères fédéraux, après des demandes répétées concernant les compressions budgétaires.

La plupart d'entre eux ont cependant fourni des informations inadéquates, a-t-il précisé.

Seulement le quart des ministères — représentant trois pour cent des compressions budgétaires de 5,2 milliards $ prévues — ont offert des informations concernant les réductions de personnel ou l'impact sur les services offerts aux Canadiens.

«Les chiffres reçus constituent un petit sous-ensemble seulement des informations demandées», est-il souligné dans le rapport.

«Le directeur parlementaire du budget (DPB) avait demandé des chiffres sur chaque mesure d’économie ventilée suivant qu’il s’agit de gains d’efficience ou de réductions de programmes, mais il a reçu surtout des chiffres globaux sur les activités de programmes.»

Faute d'avoir pu obtenir toutes les données qu'il avait demandées, M. Page ne sera pas en mesure de fournir au Parlement et aux parlementaires une analyse indépendante de l’état des finances du pays et des prévisions budgétaires du gouvernement, annonce-t-il.

«Tout ce qu'on dit c'est: 'Montrez-nous votre plan'. Ce n'est pas un problème juste pour le DPB. Le Parlement a besoin de voir cela et s'il le voit et commence à examiner ces plans, les chances d'atteindre les objectifs augmentent», a déclaré Kevin Page.

«Mais de dire: 'On ne vous donne pas le plan', cela mine complètement le rôle du Parlement», a-t-il ajouté.

Aux Communes mardi, Peggy Nash, du Nouveau Parti démocratique (NPD), a interpellé le gouvernement à ce sujet.

«On demande aux Canadiens de se serrer la ceinture, mais les conservateurs refusent de leur expliquer les conséquences des coupes de services. Le directeur parlementaire du budget possède moins de 3 pour cent de l'information concernant les compressions des conservateurs», a-t-elle lancé.

«Pourquoi cachent-ils les données?» a-t-elle demandé.

«Les ministères fournissent au Parlement de l'information publique au sujet de leurs finances, et le gouvernement va continuer à fournir au DPB les données qui relèvent de son mandat», a répondu en Chambre le président du Conseil du trésor, Tony Clement, suggérant — à nouveau — que l'information demandée par M. Page ne relève pas de son mandat.

Il faisait ainsi écho aux propos tenus la veille par le ministre des Finances, Jim Flaherty, qui a fait savoir lors d'une entrevue télévisée qu'il ne croit pas que le directeur du budget a droit aux informations qu'il exige. Suite aux critiques que ce dernier a formulées à l'égard du gouvernement, M. Flaherty a discrédité à plusieurs reprises le travail de M. Page.

Mais Kevin Page est excédé et depuis un bon moment déjà. Il a déjà affirmé qu’il ira devant les tribunaux si c’est le seul moyen d’obtenir ce dont il a besoin.

Il a ainsi déjà obtenu un avis juridique sur les obligations légales du gouvernement et en a demandé un autre pour savoir s'il peut poursuivre le gouvernement afin d'obtenir les informations désirées, qu'il réclame depuis le mois d'avril. Il devrait avoir en main cet avis juridique d'ici la fin du mois.

Cela sera peut-être l'ultime moyen, croit le leader par intérim du Parti libéral, Bob Rae.

«Mais ça coûte cher. C'est dommage que ça devienne nécessaire, mais c'est peut-être ce qui doit se passer pour que M. Page puisse faire son job», a dit M. Rae.

Le DPB ne tient pas à porter toute cette affaire devant les tribunaux. Ce qu'il souhaite est un changement de culture au sein du gouvernement qui ferait en sorte que la transparence devienne la norme.

Il a aussi indiqué qu'il présentera une analyse mise à jour au fur et à mesure que les données seront rendues disponibles.

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