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05/11/2012 02:02 EST | Actualisé 05/01/2013 05:12 EST

Les Chinois fascinés par l'élection présidentielle américaine

PÉKIN, Chine - Dans quel pays une vedette de la musique pop fait-elle un tabac avec une vidéo de 33 minutes sur le collège électoral américain? En Chine, où plus d'un million d'internautes ont cliqué sur la vidéo en ligne de Gao Xiaosong. Les Chinois s'intéressent depuis longtemps aux élections présidentielles aux États-Unis, mais ils sont particulièrement attentifs au scrutin de mardi car il coïncide avec le 18e Congrès national du Parti communiste chinois (PCC), qui doit introniser une nouvelle génération de dirigeants. Et plusieurs ne résistent pas au jeu des comparaisons.

Dans son exposé sur les grands électeurs américains, la vedette de la pop Gao Xiaosong explique que ce système a pour but d'équilibrer les pouvoirs entre le peuple et les États fédérés. «L'opinion de l'État est importante, tout comme celle du peuple», déclare-t-il, voyant dans les pères fondateurs des États-Unis «le groupe de personnes le plus fantastique de l'histoire».

Les Américains élisent leur président au suffrage indirect, État par État: le candidat qui obtient la majorité recueille les voix de tous les grands électeurs de l'État, dont le nombre est proportionnel à la population. Il faut au moins 270 grands électeurs sur 538 pour remporter la Maison-Blanche.

Gao Xiaosong se garde bien d'établir une comparaison entre les États-Unis et la Chine, par peur de la censure, mais tout le monde y pense. Une caricature qui circule sur Internet montre un électeur américain se couvrant les oreilles pendant un duel verbal entre les candidats, tandis qu'un Chinois essaie tant bien que mal d'entendre quelque chose du Congrès du PCC, qui se tient à huis clos.

«Le 18e congrès du Parti est une réunion pour le Parti. Nous, les gens ordinaires, pouvons seulement être spectateurs», constate Wang Xiaojian, 21 ans, étudiant à l'université de Pékin.

«Chaque système politique a ses avantages et ses inconvénients, mais je pense que ce serait génial si je pouvais participer et prendre une décision sur la base des programmes présentés par les candidats pour les quatre prochaines années», déclare Guo Xiaoqiao, qui travaille dans les ressources humaines.

Cette année, la censure chinoise s'est principalement exprimée en demandant aux médias d'État de couvrir l'élection américaine en s'en tenant à des articles courts et factuels, selon deux rédacteurs en chef.

Mais Internet, moins touché par la censure, a changé la donne en fournissant aux Chinois un espace de commentaires et d'échanges de points de vue, alors que pendant des décennies, les élections américaines étaient présentées par la propagande d'État comme un jeu de dupes contrôlé par Wall Street, où dominaient les scandales de financement et les fraudes électorales. À présent, les vidéos des débats présidentiels américains sont accessibles sur le Web.

Selon un sondage publié le mois dernier par l'institut Pew Global Attitudes Project, près de la moitié des Chinois ont une opinion négative des États-Unis, mais ils sont désormais 52 pour cent à déclarer aimer la démocratie, contre 48 pour cent en 2007, tandis que 29 pour cent la rejettent, contre 36 pour cent en 2007.

Xu Chunliu, éditeur de contenu sur le site chinois de microblogues Tencent Weibo, affirme avoir vu peu d'internautes chinois critiquer le système électoral américain. «Je ne pense pas que les Chinois tiennent leur système politique en si haute estime qu'ils se sentent en droit de critiquer les autres», lance-t-il. Et d'ajouter que le seul fait de pouvoir discuter de vote et de démocratie est positif. «Des élections à Taïwan aux élections américaines, les Chinois pensent tout le temps et débattent entre eux. Je pense que la Chine est en train de devenir un pays plus normal.»

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