DIVERTISSEMENT
02/11/2012 10:02 EDT | Actualisé 02/01/2013 05:12 EST

Michel Tremblay lance son nouveau roman «Au hasard la chance» (ENTREVUE)

Agence QMI

Ne trouvant pas comment raconter l'histoire de synchronicité qu'il avait en tête depuis un petit bout de temps, Michel Tremblay a sérieusement envisagé passer une année sans écrire de nouveau roman. Le prolifique auteur s'est finalement rappelé que le personnage de La grande mêlée, Ti-Lou, la prostituée de luxe du Château Laurier, envisageait quitter Ottawa pour Montréal et qu'il pourrait prendre un malin plaisir à jouer avec le destin de cette guidoune des années 30. Résultat: son nouveau roman Au hasard la chance sera lancé le 7 novembre prochain.

La cinquantaine bien entamée, Louise Wilson prend la décision de quitter le métier de prostituée avant que le métier ne la quitte. Vieillissante, mais encore séduisante, elle abandonne sa suite de luxe au profit d'un appartement de la rue St-Joseph, où elle espère disparaître calmement. Le soir de son arrivée à Montréal, Ti-Lou décide pourtant de passer une dernière nuit à l'hôtel, avant de plonger dans sa nouvelle réalité.

C'est à ce moment précis que Michel Tremblay imagine cinq destins influencés par différents hasards. «Toute ma vie, j'ai été énervé par les gens qui disent que le hasard n'existe pas et qu'on est seul maître de notre destin. Je crois plutôt qu'on ne vit qu'à travers les hasards. Ma mère nous disait à mes deux frères et moi que tout le monde est un hasard, mais que nous étions plus un hasard que n'importe qui, parce qu'elle avait traversé le Canada trois fois avant de rencontrer notre père.» Le même genre de hasard s'est présenté lorsqu'il a croisé André Brassard au parc Lafontaine. «Qu'est-ce qui se serait passé pour nous professionnellement si on ne s'était pas rencontré ou si on avait fait connaissance avec une autre personne ce jour-là? Je pense beaucoup à ça depuis quelques années.»

Avec la louve d'Ottawa, Michel Tremblay s'intéresse une fois de plus à l'univers des prostituées. «Même si c'est ben effrayant à dire, j'ai longtemps associé la prostitution à la liberté pour les femmes. Les putes sortaient du moule de mères et de religieuses, elles avaient des caractères forts et elles affirmaient leur liberté sexuelle et pécuniaire. Il faut dire aussi que j'ai toujours été captivé par le fait que les femmes qui travaillaient et qui ne se mariaient pas étaient vues comme des guidounes, même si elles n'étaient pas prostituées.»

Nullement intéressé par la retraite et affirmant qu'il aura l'honnêteté de se taire le jour où il n'aura plus rien à dire, Michel Tremblay est encore franchement passionné par son métier. «Je n'écris pas par orgueil ou pour repousser l'échéance de ma carrière. J'écris par besoin. Il y a une grande différence entre les artistes et les célébrités. Pour moi, l'art est passionnel, c'est une raison de vivre. Je continue parce que je ressens encore le besoin de creuser mes histoires et de mieux comprendre mes personnages.»

Avant de voir l'adaptation musicale de Sainte-Carmen de la Main prendre forme au TNM en mai, l'auteur retournera six mois à Key West afin de plancher sur son prochain roman, Les clés du ciel, les clés de l'enfer, qui s'attardera à l'adolescence de la Duchesse de Langeais et à la vie gaie de Montréal en 1930.