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02/11/2012 04:20 EDT | Actualisé 02/01/2013 05:12 EST

Les mormons, une force politique modeste mais réelle aux États-Unis

SALT LAKE CITY - Mitt Romney, candidat républicain à la présidence des États-Unis, est mormon. L'Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours compte quelques millions de fidèles aux États-Unis.

Le mormonisme est issu du protestantisme et se revendique comme chrétien. Il naît en 1820 aux États-Unis, lorsque le prophète Joseph Smith (1805-1844), à 14 ans, prend conscience de sa mission divine. En 1823, selon les mormons, Joseph Smith reçoit la visite d'un messager céleste, Moroni, qui lui révèle l'existence du Livre de Mormon. Cet ouvrage «traduit» par Joseph Smith est publié en 1830.

Les mormons pensent que le message de Jésus-Christ a été perdu au fil des ans et que Joseph Smith l'a rétabli. L'Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours «a les mêmes enseignements et la même organisation de base que l'Église établie par Jésus à l'époque du Nouveau Testament», explique l'institution sur son site Internet.

Si la plupart des chrétiens considèrent les mormons comme hérétiques, eux-mêmes se perçoivent comme faisant partie des leurs. «Nous sommes chrétiens dans tous les sens du terme et cela devient de plus en plus connu», affirme Gordon Hinckley, président de l'Église de 1995 à 2008, sur le site de l'institution.

«On dit généralement qu'une religion est une secte qui a réussi. C'est particulièrement le cas pour le mormonisme», estime Lauric Henneton, maître de conférences à l'Université de Versailles-Saint-Quentin, en France, et auteur d'«Histoire religieuse des États-Unis» (Flammarion).

«C'est un pur produit américain, ce qui est assez rare pour une religion. Il est né dans une période d'effervescence religieuse marquée par beaucoup prophètes charismatiques, au sens de "surnaturel"», explique M. Henneton, qui ajoute que le but de Joseph Smith était de créer «un mouvement purifié», dans un environnement presque exclusivement protestant, mystique et propice aux innovations.

L'institut de recherche Pew estime que les mormons représentent actuellement deux pour cent de la population américaine, qui s'élève à 314,5 millions de personnes. Ils seraient donc environ 6 millions.

Quelque 3 158 000 adultes se définissaient comme mormons en 2008, selon une enquête du bureau du recensement.

Dans le monde, les mormons affirment être 14 millions, un chiffre validé par les chercheurs. Ils sont très présents en Amérique latine: plus d'un million au Mexique, autant au Brésil, entre 300 000 et 500 000 au Pérou, au Chili, en Argentine. Ils sont 700 000 aux Philippines, 180 000 au Royaume-Uni et 35 000 en France. En revanche, on en compte très peu en Afrique, note Lauric Henneton.

Selon M. Henneton, les Américains ont deux visions principales des mormons. La première est une image de «bizarrerie». «Certaines de leurs croyances sont considérées par les autres comme des bizarreries théologiques, voire des blasphèmes», explique-t-il. Par exemple, leur conviction que le Livre de Mormon, écrit par Joseph Smith, complète la Bible, est perçue comme «blasphématoire par la grande majorité des chrétiens».

Par ailleurs, l'image des mormons transmise par le cinéma ou la télévision est souvent assez déformée. La polygamie, par exemple, concerne des branches dissidentes extrêmement minoritaires du mormonisme. Elle a été interdite en 1890 par le rattachement de l'Utah, le berceau des mormons, aux États-Unis d'Amérique. Selon une étude de l'institut Pew, une majorité de mormons pensent que le portrait que fait d'eux le cinéma et la télévision nuit à leur image dans la société américaine.

La deuxième image principale dégagée par les mormons aux États-Unis est plus positive. Ils sont considérés comme très conservateurs, très droits, profondément moraux et donc fiables. «Ils réussissent bien dans les affaires car on leur fait confiance», note Lauric Henneton. Les mormons accordent une importance extrême à la famille, qui est considérée comme sacrée. Ils placent au-dessus de tout la fidélité, le fait de passer du temps avec leurs proches, d'être un bon mari ou une bonne épouse. Ils suivent également une hygiène de vie stricte, ne boivent ni alcool ni café, ne fument pas, et ont plus généralement «une phobie de tout ce qui peut créer une dépendance», résume Lauric Henneton.

Sur-représentation politique

Les membres de l'Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours sont sur-représentés dans la vie politique américaine, souligne Carter Charles, spécialiste de l'intégration politique des mormons aux États-Unis. Quatre sénateurs sur 100 sont mormons, soit deux fois plus que leur proportion dans la population américaine. Le chef de la majorité démocrate au Sénat, Harry Reid, est mormon. Au total, 15 membres du Congrès sont mormons, soit une proportion de 2,8 pour cent.

Pour Carter Charles, les mormons ont une volonté accrue de se mettre au service de leur pays, considéré comme une «terre d'élection choisie par Dieu», et possèdent une culture du dépassement. «Les mormons portent encore plus loin la culture américaine du "self-made man" parti de rien», explique M. Charles. «Ils ont la volonté d'être quelqu'un plus tard.»

Les mormons représentent la majorité de la population dans l'Utah, mais ce n'est pas le cas dans d'autres régions des États-Unis, où des mormons se font élire principalement par des non-mormons, comme le sénateur démocrate Harry Reid, du Nevada. Ils ne sont donc pas stigmatisés par les électeurs, comme en atteste la réussite politique de Mitt Romney, ancien gouverneur du Massachusetts et candidat républicain à la présidence.

D'après une étude de l'institut de recherche Pew publiée en juillet 2012, 60 pour cent des électeurs américains savent que Mitt Romney est mormon. Parmi ceux qui le savent mormon, 60 pour cent se disent «à l'aise» avec cette idée, et 21 pour cent répondent que cela n'a pas d'importance. Un sondage Gallup mené en juin montre cependant que 18 pour cent des Américains ne voteraient pas pour un mormon.

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