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02/11/2012 04:01 EDT | Actualisé 02/01/2013 05:12 EST

Comment les électeurs américains perçoivent-ils la situation économique?

WASHINGTON - L'économie américaine se porte-t-elle mieux qu'à l'arrivée de Barack Obama il y a quatre ans? La réponse dépend des gens, de leur âge, de leur métier, de leur situation familiale... Rencontre avec des électeurs américains.

L'ENTREPRENEUR

Il y a quatre ans, Dan Manjack, entrepreneur en bâtiment de la Floride, se battait pour éviter la faillite, alors que se multipliaient les saisies.

«C'est probablement la première fois de ma vie que j'ai eu peur», avoue cet ancien militaire âgé de 44 ans. «J'avais quatre enfants, une ex-femme à charge. Mes économies s'étaient envolées, comme mon compte en banque. C'était une période difficile», se souvient-il. «J'essayais de tout faire pour survivre», dont des petits boulots dans le bâtiment. «Pour être honnête, je ne savais pas où aller.»

Dan Manjack a finalement décidé de s'installer à Williston, au Dakota du Nord, une ville qui bénéficie d'un boom pétrolier. Un ami l'avait mis en contact avec un investisseur pour construire des logements provisoires destinés aux ouvriers affluant dans la région. M. Manjack, à qui on avait parlé d'une ruée vers l'or des temps modernes, a vite compris les chances qui s'ouvraient à lui.

Il répond sans hésiter «oui» à la question de savoir si les choses vont mieux, pour lui, qu'il y a quatre ans. «On peut devenir riche, ici. Mais ça demande des sacrifices.»

Dan Manjack, qui vivait dans une maison de 165 mètres carrés, habite aujourd'hui dans une caravane et travaille 16 heures par jour, loin de ses enfants qui vivent au Texas. Mais il ne regrette rien. Les amis qui le disaient fou de partir l'appellent maintenant, à la recherche d'un emploi. Il a créé une entreprise de bâtiment et a construit un immeuble. En même temps que la sécurité financière, Dan Manjack éprouve le «sentiment de la fierté américaine, de contribuer à ce que les États-Unis ne dépendent plus du pétrole étranger. C'est stimulant de vivre ici».

«Il y a quatre ans, je n'avais pas de direction. Je ne savais pas où allaient le bâtiment, l'économie. Je pense que j'ai trouvé où je voulais aller.»

L'OUVRIER

Jody Baugh a échappé au chômage, mais il ne se sent pas à l'abri. Cet ouvrier soudeur a perdu son emploi une première fois en 2008, lors de la fermeture de son usine de Wakarusa, en Indiana, victime de la récession. Il est resté sans travail pendant près d'un an, avant de retrouver un nouvel emploi dans une usine de construction de bateaux, à un salaire nettement inférieur au précédent de 19,50 $ l'heure.

«Il m'a fallu accepter un boulot à 11 $ l'heure, simplement pour nourrir ma famille», dit-il. Mais cette entreprise a également fermé. Jody Baugh s'est retrouvé ballotté de travail précaire en travail précaire, au gré des licenciements et des cessations d'activité.

Jody Baugh fabrique aujourd'hui des maisons modulaires dans l'Indiana. Il aime son travail et son entreprise, mais s'inquiète des prix de l'essence, des soins de santé et plus généralement de l'avenir.

«Je ne sais pas dans quelle direction on va. On n'est jamais assuré de garder son boulot. Il y a quelques années, l'essence était bon marché, la nourriture moins chère. Je savais que j'avais un travail, du moins je le pensais. J'avais un filet de sécurité. Maintenant, je n'ai pas d'économies. On ne sait pas ce qui va arriver la semaine prochaine.»

Jody Baugh ne sait pas s'il pourra prendre un jour sa retraite et a le sentiment d'avoir régressé. «À 19 ans, je ramenais 320 $ par semaine à la maison. Maintenant, à 46 ans, c'est entre 390 et 420 $. Où est le progrès?»

Que ce soit Barack Obama ou Mitt Romney, il ne croit plus les promesses de personne. «La seule chose que je constate, c'est que les riches sont plus riches et que les pauvres sont plus pauvres. Je suis né dans la classe moyenne et je suis aujourd'hui de l'autre côté», celui des pauvres, dit-il.

L'AGRICULTEUR

Randy Dreher, issu de cinq générations d'agriculteurs de l'Iowa, ne raisonne jamais en cycles électoraux de quatre ans. Ce sont les prix des cultures, les exportations et bien entendu les caprices de la nature qui déterminent sa situation économique. La sécheresse de l'été dernier l'a épargné, l'envolée des cours compensant les récoltes moindres.

Pour les producteurs céréaliers américains, c'est une période faste, et Randy Dreher en donne pour preuve le prix record des terres dans son comté d'Audubon, où il exploite 80 hectares de cultures de maïs, tout en élevant vaches et cochons: 11 900 $ l'acre (0,4 hectare). L'agriculteur de 32 ans y voit un signe d'«optimisme». Le secteur n'a jamais aussi bien marché, affirme-t-il, et «celui qui ne réussit pas maintenant dans l'agriculture ne réussira jamais».

Randy Dreher est plus pessimiste en ce qui concerne la situation économique en général, se disant préoccupé par l'endettement, les retraites, les soins médicaux pour les plus âgés. «On ne peut pas emprunter jusqu'au gouffre», souligne-il. Sa femme et lui s'efforcent de mettre de l'argent de côté en prévision de jours plus sombres. Mais, observe-t-il, «on peut être responsable, progresser dans son petit monde, mais il y a des facteurs extérieurs que l'on ne peut pas contrôler. On se prépare au pire, mais c'est tout ce qu'on peut faire».

LA CHÔMEUSE

Il y a quatre ans, Linda Speaks avait un emploi stable dans l'industrie du tabac, des revenus lui permettant d'épargner pour sa retraite. À 57 ans, elle se trouve aujourd'hui au chômage, sans perspectives, sans économies. Lorsqu'elle a quitté son entreprise à la fin de 2009, dans le cadre d'un plan de départs volontaires, elle pensait retrouver rapidement du travail, comme cela avait toujours été le cas. Mais ses recherches ont été vaines. «Une expérience de 32 ans, on penserait que ça intéresserait quelqu'un, quelque part. J'ai l'impression de ne valoir plus rien.»

Linda Speaks ne se résigne pas et estime avoir «encore quelque chose à donner». Elle a pris des cours, envisagé de monter une petite entreprise dans le secteur de Winston-Salem. Mais avec la crise, «je ne parviens pas à franchir les portes».

Elle et son mari mécanicien, qui affirment n'avoir jamais vécu au-dessus de leurs moyens, ont encore réduit un train de vie déjà frugal. Pas de vacances ni de gros achats. Le remplacement de la voiture attendra.

«Aujourd'hui, on a pas le luxe de faire des économies. On emploie jusqu'au dernier sou les revenus de mon mari. En quatre ans, on n'a rien ajouté, rien amélioré.» Le couple doit faire face à de nouvelles charges: le mari de Linda souffre d'un cancer récemment diagnostiqué. Il a des assurances, mais devra sans doute avancer plusieurs milliers de dollars pour son traitement. Linda Speaks ne pense pas que la situation économique se soit améliorée en quatre ans. «Mais je garde l'espoir en permanence. Je garde la foi.»

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