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01/11/2012 05:49 EDT | Actualisé 01/01/2013 05:12 EST

Les Arabes déçus par Obama mais loin d'être convaincus par Romney

S'il est réélu, le président Barack Obama aura encore beaucoup à faire pour améliorer comme promis l'image des Etats-Unis dans le monde arabe où l'on n'attend toutefois pas mieux du républicain Mitt Romney, souvent perçu comme l'héritier du très controversé George W. Bush.

"Les gens ne sont pas impressionnés par Obama, mais ils ne le sont pas non plus par Romney", affirme au Caire l'analyste Issandr al-Amrani, responsable du blog The Arabist.

Principale critique contre le président démocrate: ne pas avoir traduit dans les faits son célèbre discours de 2009 au Caire, dans lequel il promettait de mettre fin à la "méfiance et la discorde" entre Washington et les Arabes, et de faire avancer un règlement du conflit israélo-palestinien.

Une étude de l'institut américain Pew publiée en juin a montré un recul de la popularité de M. Obama dans cinq pays musulmans dont l'Egypte, le plus peuplé des Etats arabes, où sa cote a reculé de 13 points en un an.

"J'ai rencontré Obama en 2010 à la Maison Blanche et cela m'avait rendu optimiste", affirme Gamal Eid, un avocat égyptien qui dirige le Réseau arabe pour l'information sur les droits de l'Homme.

Aujourd'hui, c'est la déception. "Il aurait pu défendre les droits de l'Homme dans les pays du Golfe, ou soutenir les Palestiniens, ou arrêter le soutien américain aux tyrans, mais rien de tout cela n'est arrivé", déplore-t-il.

Et le sentiment de méfiance à l'égard des Etats-Unis reste fort. De violentes manifestations anti-américaines ont ainsi enflammé la région en septembre à la suite d'un film insultant à l'égard du prophète Mahomet, produit par un chrétien copte aux Etats-Unis.

Les milieux libéraux reprochent aussi à Barack Obama de ne pas vraiment s'intéresser à eux après les révoltes pro-démocratie qui ont amené des islamistes au pouvoir en Tunisie et en Egypte à la suite de la chute des régimes autocratiques.

"Obama semble acquis à l'idée qu'il puisse y avoir des islamistes modérés au pouvoir", constate Miftah Bouzeid, un journaliste libéral de Benghazi en Libye, dont les propos reflètent l'idée répandue dans la région que Washington serait plus intéressé par des régimes islamistes stables que par des démocraties laïques turbulentes.

Saïd Ferjani, membre du bureau politique du parti islamiste au pouvoir en Tunisie, Ennahda, penche pour M. Obama: "depuis l'élection de M. Obama le gouvernement américain a fait un grand pas pour améliorer son image, notamment dans le monde arabe".

"Obama est un bon orateur, mais il n'a rien réalisé de concret", estime en revanche Mahmoud Ghozlan, un haut responsable des Frères musulmans égyptiens, dont est issu le président Mohamed Morsi.

Pour autant, il préfèrerait le voir rester à la Maison Blanche. "Mitt Romney, c'est comme George W. Bush", affirme-t-il.

Nombreux sont ceux qui voient M. Romney "comme sortant du même moule que M. Bush", dont l'image reste durablement plombée par le souvenir de l'invasion de l'Irak en 2003 et son hostilité déclarée à l'égard de l'ancien dirigeant palestinien Yasser Arafat, souligne Issandr al-Amrani.

Le soutien américain affiché aux transitions dans le monde arabe a aussi souvent du mal à contrebalancer les vieilles rancoeurs.

"On peut raisonnablement penser que l'intervention américaine en Libye n'a pas eu d'effet durable sur la perception des Etats-Unis" dans cette région du monde, estime au Caire Elijah Zarwan, un expert du European Council on Foreign Relations, un centre d'études.

L'absence de progrès dans le règlement du dossier israélo-palestinien pèse lourd dans la perception d'un président Obama incapable de faire bouger l'Etat hébreu, et des chances du très pro-israélien Romney de faire mieux.

"Obama n'a pas suivi son discours du Caire, mais il n'y a pas non plus de pression ou de critique de la part des Arabes alors qu'il reste à la barre d'une politique américaine alignée depuis l'origine sur Israël", déplore Muhannad Abdel Hamid, un écrivain et analyste politique palestinien.

"Il y avait de l'optimisme quand Obama a été élu, mais aujourd'hui nous avons une véritable dégradation de la position américaine au Moyen-Orient", affirme Abdoul Majid Sweilem, un autre analyste palestinien. "Je ne vois pas de possibilité que les Etats-Unis changent de politique, quel que soit le prochain président", déplore-t-il.

En Irak, où M. Obama a fini par faire retirer les troupes envoyées par George W. Bush, le porte-parole du Premier ministre Nouri al-Maliki refuse de trancher pour l'un ou l'autre candidat. "Même s'il y a un changement de parti au pouvoir, le changement de politique (à l'égard de l'Irak) sera très léger car nos relations sont basées sur les intérêts des deux pays", estime Ali Moussaoui.

bur-se/cr/cco

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