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New York, une ville coupée en deux depuis le cyclone Sandy

31/10/2012 02:20 EDT | Actualisé 31/12/2012 05:12 EST

Assis en tailleur à l'entrée d'un supermarché sur la 3e avenue, Jason Tam lit près d'une prise électrique en attendant que son téléphone se recharge. Comme des milliers de New-Yorkais du sud de Manhattan privé de courant, il est monté "au nord" mercredi, pour retrouver un semblant de normalité.

Car depuis le passage de la méga-tempête Sandy lundi soir, la ville est coupée en deux. Au sud de la 34e rue, des milliers de grattes-ciels et immeubles résidentiels sont sans électricité et parfois sans eau. L'éclairage public ne marche plus, les feux de signalisation non plus. Chelsea, Tribeca, Greenwich village, East village...Les quartiers chics et bobos habituellement très animés du sud sont paralysés. Magasins, bars, restaurants sont fermés.

La nuit, le spectacle est impressionnant. Rues sombres et désertes, façades plongées dans une totale obscurité, et quelques voitures de police pour la sécurité.

Le jour, des policiers postés à chaque carrefour essaient de fluidifier la circulation.

Et pour les habitants, "monter au nord", au moins pour l'essentiel, est souvent devenue la seule solution. Sur les trottoirs, les passants remontent tous dans la même direction, le nord. Là-haut, les embouteillages y sont monstrueux, moins importants au sud.

Mike Shannon, qui travaille à Wall Street et vit dans l'East village, est venu faire des courses alimentaires au niveau de la 45e rue. "Il n'y a rien d'ouvert dans mon quartier", dit-il. Dans son immeuble, un générateur a été mis à disposition des résidents pour qu'ils puissent recharger leurs téléphones, Ipads et ordinateurs, explique-t-il. Pour le reste il se débrouille avec deux chiens, qu'il doit descendre dans les bras tous les matins pour les promener, faute d'ascenseur.

Au café Métro, sur Lexington avenue, des ordinateurs et téléphones sont aussi branchés à toutes les prises.

Clément Bodmer, un jeune pâtissier lyonnais venu pour une semaine à New York en famille, est penché sur son ordinateur. Leur appartement de location au 9e étage n'a ni eau ni électricité, mais la famille prend avec le sourire cette "aventure". Elle mange dans les restaurants "du nord", utilise les toilettes des bars et marche beaucoup.

Mais c'est compliqué : dans le groupe, une fillette en fauteuil roulant, qu'il faut descendre et remonter dans les bras de l'appartement.

De nombreux New-Yorkais ont préféré partir chez des amis ou de la famille, ou parfois à l'hôtel.

"Je pars prendre une douche chez mon oncle", explique Catherine Santeiro, en s'engouffrant dans un taxi sur la 23e rue.

Dans l'immeuble résidentiel de 25 étages qui fait l'angle avec la 6e avenue, les trois quarts des résidents sont partis, confie Nick, le portier. A ceux qui sont restés, l'immeuble a distribué lampes de poche et bouteilles d'eau. Des toilettes portables ont été installées, et le personnel accompagne ceux qui le souhaitent dans les escaliers sans lumière. Des rondes sont également organisées dans les étages.

"Ne revenez surtout pas avant samedi", insiste Nick.

Au niveau de l'Empire State building, enfin, la lumière, les feux de circulation, les embouteillages et le bruit reviennent. Les restaurants sont ouverts, la vie a repris son cours après Sandy, en dépit de la fermeture du métro.

Les petits livreurs de nourriture chevauchent à nouveau leur vélo électrique, mais dans un café Starbucks sur Lexington avenue, Sonja Kazma, une Allemande de Hanovre à la recherche de wifi ne décolère pas.

Pas d'électricité, pas d'eau chaude dans son hôtel.

"Les Américains sont capables de voler jusqu'à la lune, mais ils ne peuvent pas réparer les problèmes d'électricité en deux jours ? C'est incroyable", s'indigne-t-elle. "Je ne l'aurais jamais imaginé".

"J'en ai vraiment ras le bol, je veux partir d'ici le plus vite possible", ajoute-t-elle, en cherchant désespérément à savoir si son vol prévu jeudi partira bien.

bd/rap

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