MONTRÉAL - Le maire de Montréal, Gérald Tremblay, a annulé coup sur coup, mercredi, sa présence à deux activités publiques. Dans le cas du second événement — un déjeuner-causerie avec des gens d'affaires dont il était l'instigateur —, le maire craignait que l'auditoire ne soit «pas à l'écoute de son message économique».

Le maire Tremblay a avisé mercredi matin la Chambre de commerce du Montréal métropolitain (CCMM) qu'il ne serait pas du déjeuner-causerie de vendredi. Il devait y prendre la parole afin de présenter son bilan économique.

«J'ai parlé à M. Tremblay ce matin (mercredi), c'est lui qui m'a appelé pour me dire qu'il préférait annuler l'événement de vendredi», a indiqué Michel Leblanc, président et chef de la direction de la CCMM.

«La réalité, c'est qu'il pense que les gens ne sont pas à l'écoute de son message économique. C'est ce qu'il m'a dit.»

M. Leblanc n'a pas voulu «questionner la pertinence ou non du maire comme maire», mais il a reconnu que les décisions qui devront être prises en ce qui a trait au processus d'attribution des contrats à Montréal nécessiteront un solide leadership.

Et pour «un maire en fin de mandat, dans les circonstances actuelles, c'est un énorme défi», a-t-il fait remarquer.

Moins d'une heure après que ce changement de dernière minute eut été annoncé, on apprenait par voie de communiqué que Gérald Tremblay n'assisterait pas à l'annonce de la création d'un nouveau comité conseil en art public, qui s'est déroulée mercredi après-midi à l'hôtel de Ville.

Helen Fotopulos, responsable de la culture, du patrimoine, du design et de la condition féminine au comité exécutif de la Ville de Montréal, a justifié l'absence du maire à la conférence de presse en évoquant un changement de dernière minute.

«Je suis très consciente qu'il y a une Commission Charbonneau qui, actuellement, focalise sur Montréal, mais Montréal a aussi le devoir de continuer de travailler, de fonctionner et de livrer», a dit Mme Fotopulos.

Ces annulations surviennent au lendemain du dépôt du budget de la Ville de Montréal, mais surtout, sur fond de controverse. Car pour la première fois depuis le début de la Commission Charbonneau, le maire a été personnellement visé dans un témoignage.

Martin Dumont, ancien organisateur politique d'Union Montréal, a en effet soutenu mardi que M. Tremblay était présent lorsqu'il a été question du financement truqué d'une élection partielle dans Saint-Laurent, en décembre 2004.

Bombardé de questions à la suite de ces révélations-choc, M. Tremblay était sorti de ses gonds en conférence de presse, mardi, et avait lancé aux journalistes qu'il ne se cachait pas et qu'il continuait à faire son travail de maire.

Gaudreault désavoue le maire

À Québec, le ministre des Affaires municipales, Sylvain Gaudreault, a soutenu que les Montréalais ont raison d'être furieux de se faire refiler une hausse de taxes par l'administration Tremblay.

À la sortie de la réunion hebdomadaire du conseil des ministres, M. Gaudreault a désavoué encore un peu plus le maire Tremblay au lendemain de la présentation du budget 2013 qui comporte une hausse moyenne de taxes de 3,3 pour cent.

«Je comprends les Montréalais d'être choqués», a déclaré le ministre, prenant appui sur les récents témoignages entendus à la Commission Charbonneau.

La hausse de taxes annoncée mardi est à peu près équivalente à la «cote» que le parti du maire, Union Montréal, aurait récoltée dans l'attribution des contrats, a-t-il fait remarquer.

«Il y avait une taxe de trois pour cent pour la corruption et en même temps, leurs taxes augmentent de trois pour cent», a-t-il dit aux sujet des contribuables de la métropole.

À l'instar de ses collègues des partis d'opposition, la veille, le ministre Gaudreault a exhorté mercredi le maire Tremblay à rendre des comptes sur les allégations de financement illégal qui touchent son parti.

Le temps est venu pour M. Tremblay de mettre cartes sur table, a-t-il signifié.

«Je ne suis pas capable de me rentrer dans la tête l'image d'un coffre-fort qui ne se ferme plus, d'un veston qui déborde d'argent, ça, s'en est des questions. C'est au maire de répondre là-dessus. Je ne sais pas si je peux être plus clair que ça», a insisté le ministre.