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30/10/2012 04:19 EDT | Actualisé 30/12/2012 05:12 EST

Mammographies: pour chaque femme sauvée, trois sont surtraitées

LONDRES - Le dépistage du cancer du sein chez les femmes de plus de 50 ans sauve des vies, affirme un comité britannique indépendant qui confirme les conclusions d'études américaines et autres­.

Mais ce dépistage est accompagné d'un coût: l'étude a déterminé que pour chaque vie sauvée, environ trois femmes ont été surdiagnostiquées, ce qui signifie qu'elles ont été traitées inutilement pour un cancer qui n'aurait jamais mis leur vie en danger.

Le comité d'experts avait été mandaté par Cancer Research U.K. et par le ministère britannique de la Santé. Il a épluché les données colligées par 11 études cliniques réalisées au Canada, en Suède, au Royaume-Uni et aux États-Unis.

Au Royaume-Uni, les mammographies sont habituellement offertes aux femmes âgées de 50 à 70 ans tous les trois ans, dans le cadre d'un programme de dépistage du cancer du sein financé par le gouvernement.

Les chercheurs affirment que le programme britannique sauve environ 1300 femmes chaque année, tandis que 4000 reçoivent un diagnostic exagéré. Ces dernières sont atteintes d'un cancer dont la croissance est si lente que leur vie ne sera jamais menacée. Ce problème est différent des faux positifs qui se produisent quand une mammographie anormale mène à une biopsie qui conclut qu'aucun cancer n'est présent. L'étude ne s'est pas intéressée au taux de faux positifs.

«C'est évident que le dépistage sauve des vies, a dit le directeur de Cancer Research U.K., Harpal Kumar. Mais on va traiter certains cancers qui n'auraient jamais causé de tort et malheureusement, on ne peut pas savoir quels cancers sont nuisibles et lesquels ne le sont pas.»

Chaque année, plus de 300 000 femmes âgées de 50 à 52 ans profitent d'une mammographie grâce au programme britannique. Au cours des 20 années suivantes à raison d'un test de dépistage aux trois ans, 1 pour cent d'entre elles recevront des traitements inutiles comme la chimiothérapie, la chirurgie ou la radiothérapie pour un cancer du sein qui n'est pas dangereux. L'étude est publiée en ligne mardi par le journal Lancet.

Certains observateurs affirment qu'il s'agit d'un pas dans la bonne direction.

«Les organismes de bienfaisance associés au cancer et les responsables de la santé publique induisent les femmes en erreur depuis 20 ans en présentant une image trop positive des bienfaits», a dit Karsten Jorgensen, un chercheur du Nordic Cochrane Center de Copenhague qui a déjà publié des études sur les diagnostics exagérés.

«Il est important d'au moins reconnaître que le dépistage peut causer des problèmes importants», a-t-il lancé avant d'ajouter que les pays devraient dorénavant ré-évaluer leurs programmes de cancer du sein.

Aux États-Unis, un comité d'experts nommés par le gouvernement recommande aux femmes présentant un risque moyen de cancer de subir une mammographie aux deux ans à partir de l'âge de 50 ans. Mais la Société américaine du cancer et d'autres organismes conseillent aux femmes de subir une mammographie annuelle dès l'âge de 40 ans.

Au cours des dernières années, le programme britannique de dépistage du cancer du sein a été dénoncé pour la trop grande importance accordée aux avantages d'une mammographie et pour avoir mis les risques en veilleuse.

Maggie Wilcox, une survivante du cancer du sein qui siège au comité d'experts, estime que les femmes britanniques ne disposent pas d'informations de qualité concernant les mammographies.

«Je me suis lancée aveuglément (dans le dépistage) sans être au fait du risque de diagnostic exagéré, a dit la femme de 70 ans, qui a subi une mastectomie il y a plusieurs années. Je me suis simplement dit, 'C'est bon pour toi, alors tu le fais'.»

Maintenant qu'elle en sait plus concernant le problème des traitements inutiles, Mme Wilcox dit qu'elle aurait quand même choisi de subir un test de dépistage. «Mais j'aurais aimé avoir suffisamment d'informations pour prendre une décision éclairée».

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