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Le maire Tremblay était au courant du financement truqué, selon un témoin

30/10/2012 11:11 EDT | Actualisé 30/12/2012 05:12 EST

MONTRÉAL - Martin Dumont, ancien organisateur politique d'Union Montréal, a soutenu mardi devant la Commission Charbonneau que le maire de Montréal, Gérald Tremblay, était présent à une occasion lorsqu'il a été question du financement truqué d'une élection partielle dans Saint-Laurent, en décembre 2004.

M. Dumont, alors organisateur en chef pour cette élection complémentaire, s'inquiétait de dépasser le budget maximal de 46 000 $, constatant des irrégularités, comme des téléphonistes qui se rapportaient au responsable du financement du parti, Bernard Trépanier, plutôt qu'à lui, ainsi que passablement de va-et-vient au comité électoral.

«Je voyais qu'il y avait beaucoup de dépenses qui se faisaient. On ne me mettait pas au courant. On me disait 'Martin, ça, ce n'est pas ta responsabilité'. J'ai dit 'OK, mais arrangez-vous pour que ce soit correct'.»

Il y a donc eu réunion en présence de l'agent officiel du parti, Marc Deschamps, ainsi que du maire de Montréal et chef du parti, Gérald Tremblay.

«Je veux savoir ce qui se passe. Est-ce qu'on est dans le trouble, est-ce qu'on risque de dépasser le budget électoral? À ce moment-là, l'agent officiel m'a sorti un document imprimé», une feuille avec deux colonnes. «Il m'a dit 'Martin, c'est pour ça qu'on a un budget officiel et un budget officieux de campagne'», a-t-il relaté.

Le budget officiel respectait le plafond et atteignait 43 000 $, à deux semaines du scrutin, mais le budget réel ou officieux atteignait déjà 90 000 $, soit presque le double du plafond permis.

«Quand Marc Deschamps a sorti la feuille pour dire 'c'est pour ça qu'on a un budget officiel et qu'on a un budget officieux', c'est à ce moment-là que le maire de Montréal, Gérald Tremblay, s'est levé et a dit 'je n'ai pas à savoir ça'», a rapporté M. Dumont.

Ultimement, cette élection partielle aura coûté 110 000 $ à Union Montréal, selon ce que Bernard Trépanier a avoué à M. Dumont, alors que le plafond permis était de 46 000 $.

Ironiquement, cette élection complémentaire de décembre 2004 visait à remplacer deux conseillers reconnus coupables d'avoir reçu des pots-de-vin.

L'avocat d'Union Montréal, Me Michel Dorval, a tenté de lui faire dire qu'il avait peut-être confondu les deux colonnes de budget présentées par M. Deschamps et qu'il s'agissait peut-être d'un budget des dépenses pré-électorales et électorales, mais le témoin l'a assuré du contraire. Le budget des dépenses pré-électorales était déjà bouclé et avait été transmis à Élections Montréal, a-t-il soutenu.

Me Dorval a néanmoins protesté contre les affirmations du témoin en demandant lui-même à rencontrer les médias, après la journée de travail de la commission.

Il a alors précisé qu'il avait demandé au procureur en chef de la commission d'interroger le maire Tremblay, le contrôleur d'Union Montréal et l'agent officiel du parti afin d'avoir leur version. «Il appartient au procureur chef de faire des entrevues avec ces gens-là et de décider s'il les fait passer oui ou non devant la commissaire. Mais nous souhaitons ardemment que ces gens-là puissent s'expliquer, et ce, très rapidement», a lancé Me Dorval. Il a dit vouloir ainsi «rectifier les faits».

Argent comptant

Par ailleurs, M. Dumont a relaté plusieurs événements au cours desquels des enveloppes d'argent comptant ont circulé, notamment une enveloppe de 10 000 $ remise par l'entrepreneur Niccolo Milioto, de Mivela Construction, dans un urinoir, en novembre 2004. «Viens pisser avec moi», lui a-t-il dit carrément.

Il a pris l'enveloppe et, «mal à l'aise», l'a prestement remise à Bernard Trépanier, responsable du financement du parti.

Lors de cette même activité dans Hochelaga-Maisonneuve, deux autres personnes ont voulu lui remettre une enveloppe. Il a conseillé à ces personnes de s'adresser plutôt à M. Trépanier directement.

Lors de la prise d'une photo de groupe, M. Trépanier lui aurait même dit que sa veste n'arrivait plus à fermer, tant elle contenait d'enveloppes d'argent.

À une autre occasion, comme il est fréquent dans le milieu politique de «passer le chapeau» pour recueillir des contributions anonymes, généralement de petits montants, M. Trépanier lui aurait confié: «pas besoin du chapeau pour recevoir des dons anonymes, le chapeau c'est moi».

Et une autre fois, M. Trépanier, enrhumé, lui avait demandé de lui rendre un service et de passer chercher «50 000 documents» pour lui à Laval. Quand M. Dumont lui a dit qu'il ne comprenait pas, il lui a rétorqué: «Martin, c'est 50 000 $». Il devait aller chercher la somme au restaurant L'Onyx et demander le propriétaire, un «restaurateur» appelé Tony Accurso, qu'il ne connaissait alors pas. Plus tard, il a su qu'il s'agissait d'un entrepreneur en construction.

Un autre incident concernant de l'argent comptant l'a étonné. Une jeune femme embauchée comme réceptionniste s'était plainte à lui du fait que M. Trépanier lui avait fait compter de l'argent. Elle lui avait rapporté avoir compté quelque 850 000 $ et se plaignait de ne pas avoir été embauchée pour accomplir de telles tâches. Elle lui avait demandé de transmettre le message à M. Trépanier, ce qu'il a fait, en lui suggérant d'acheter une machine à compter les devises. Selon lui, M. Trépanier s'en est procuré une et il l'a entendue fonctionner quelques fois.

M. Dumont a également cité le nom d'une dizaine de représentants de firmes de génie qui se sont rendus dans le bureau du responsable du financement du parti, la porte fermée, les stores fermés, pendant moins de 15 minutes.

«C'est sûr que j'avais mes doutes» sur la teneur de ces échanges avec des représentants des firmes de génie-conseil, a-t-il admis à la juge France Charbonneau, «mais au-delà de mes doutes...»

La présidente de la commission et le commissaire Renaud Lachance lui ont demandé pourquoi il n'avait pas parlé au maire Tremblay de toutes ces irrégularités, puisque le maire lui avait déjà dit que son bureau était toujours ouvert pour lui, lorsqu'il avait travaillé dans son cabinet de 2001 à 2004.

«Qui m'aurait cru?» leur a répondu M. Dumont.

Tremblay nie

En conférence de presse pour présenter le budget de la Ville, le maire Tremblay a nié les affirmations de M. Dumont. «Tout ce que je peux vous dire, c'est que c'est totalement faux», a-t-il lancé, avant d'ajouter qu'il ne voulait plus répondre à ce genre de questions.

«Je vous demanderais de respecter mon processus de maire de Montréal. Je suis en train de travailler pour la Ville de Montréal», a-t-il conclu, en dressant la liste de ses activités de la semaine.

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