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29/10/2012 03:12 EDT | Actualisé 28/12/2012 05:12 EST

Fonceur et proactif, le nouveau F.-L. Tremblay

Réglons la question tout de suite, non, François-Louis Tremblay n'accroche pas ses patins.

Un texte de Manon Gilbert

Relégué à un rôle de spectateur durant la Coupe du monde de patinage de vitesse sur courte piste le week-end dernier, Tremblay s'est fait poser la question à maintes reprises. Tellement qu'il a senti le besoin d'envoyer un message sur Twitter en fin de journée dimanche : « Le prochain qui vient me voir et me demande si je suis à la retraite, je lui envoie l'agent 728 », a écrit le quintuple médaillé olympique, record pour son sport qu'il partage avec son ancien coéquipier Marc Gagnon.

Parce que regarder la compétition historique dans les gradins de l'aréna Maurice-Richard, plutôt que d'être dans le feu de l'action, avait de quoi tourner le fer dans la plaie et lui rappeler les mauvais souvenirs d'un certain week-end de septembre à Calgary. Week-end à la suite duquel il a dû se contenter du 11e rang des essais nationaux. Du coup, exit sa participation aux Coupes du monde de l'automne puisqu'il devait terminer parmi les six premiers.

Mais au lieu de s'apitoyer sur son sort, le patineur d'Alma a pris son courage à deux mains et s'est assis parmi les spectateurs, anciens athlètes et autres commanditaires pour s'entraîner... mentalement, ou faire de la visualisation si vous préférez.

« C'est très important. Tu peux être assis tout seul dans les estrades et imaginer tes courses. Tu peux aussi être en train de regarder des courses et t'imaginer ce que tu ferais si tu étais dans l'action. C'est analyser des courses et être capable de reconnaître les erreurs que les patineurs ont faites, explique celui qui est membre de l'équipe canadienne depuis 14 ans.

« Je ne peux pas me permettre de ne pas regarder les courses. Il y a beaucoup de choses à étudier : le niveau de cette année, comment les gens coursent. Il faut que je regarde ce qu'il se passe parce que si j'arrive sur le circuit international dans deux mois, je ne serai pas surpris. »

Et c'est bel et bien l'objectif de Tremblay de réintégrer l'équipe de Coupe du monde lors des prochains essais en janvier prochain. Oui, il avoue que l'idée de la retraite lui a traversé l'esprit après sa contre-performance à Calgary, mais l'approche des Jeux olympiques de Sotchi a pesé dans la balance. Et non, il n'a pas l'impression qu'il s'accroche même s'il fêtera ses 32 ans le 13 novembre.

À part Charles Hamelin et Olivier Jean, sa forme et sa rapidité se comparent à celles des autres membres de l'équipe de Coupe du monde qui ont tous 26-27 ans. Et puis, s'il avait le sentiment qu'il n'avait plus sa place, il serait assez honnête pour tirer sa révérence, assure le passionné de musique.

« Il m'en reste moins c'est sûr, mais je ne voudrais pas m'entraîner avec l'idée que c'est terminé. Je n'ai pas envie de flotter dans le système. Mais je me suis rendu compte que je ne voulais pas arrêter. Ce que je voulais, c'était trouver des solutions. J'aime patiner, je crois encore en mes capacités. Je réalise que je n'étais pas à des années-lumière d'un résultat qui m'aurait permis de me classer, j'étais seulement à quelques ajustements près. »

Des erreurs tactiques

Tremblay ne blâme personne d'autre que lui pour ses insuccès. À part un problème de lame et une chute aux deux 500 m, qui lui ont fait perdre de précieux points, c'est au plan stratégique qu'il a péché à Calgary. Incapable de s'adapter à la glace hyper rapide et de nature plutôt patiente en course, l'étudiant en finances a regardé le train passer au lieu de provoquer des choses.

Une vieille habitude qu'il doit corriger parce que le patin de vitesse d'aujourd'hui ne se compare plus à celui de ses débuts en 1998, où il pouvait se permettre d'attendre son tour avant de dépasser. Beaucoup plus rapides, beaucoup plus forts, les athlètes sont maintenant capables de rouler à fond de train, en avant, pendant les neuf tours d'un 1000 m.

« Tactiquement, j'ai fait beaucoup d'erreurs à Calgary. Je n'ai pas été malchanceux, j'ai juste mal appliqué ce que je voulais faire, affirme le gagnant de 37 médailles individuelles en Coupe du monde. Je ne peux pas me permettre d'appliquer les stratégies qui étaient bonnes il y a trois ans. Je pense que c'est un peu ce que j'ai fait. Il faut que je sois plus proactif, plus fonceur parce qu'il y a moins de différence de niveau entre les patineurs. Je dois trouver des solutions. »

Vrai que les essais canadiens apportent davantage leur lot de stress pour les Canadiens qu'une Coupe du monde étant donné la bataille entre coéquipiers et le calibre relevé de la compétition. D'ailleurs, ce n'est pas la première fois que le Québécois doit passer son tour. Ça lui est arrivé deux fois de suite en 2003-2004, juste avant qu'un kyste à une jambe lui fasse craindre le pire, à l'hiver 2008 et en janvier 2012.

Chaque fois, il a su rebondir en apportant les ajustements nécessaires. La preuve, il a été sacré champion du monde du 500 m en 2005 et 2006 et a remporté l'argent sur la distance aux Jeux de Turin. Au cours de la saison 2008-2009, il est monté quatre fois sur le podium d'un 500 m en Coupe du monde en cinq courses. Appelé en renfort en février dernier pour remplacer son coéquipier Michael Gilday, blessé, Tremblay a décroché le bronze du 500 m de la Coupe du monde de Dordrecht avant d'aider le relais canadien à enlever l'or aux Championnats du monde.

« Je ne m'en fais pas beaucoup avec ça parce que chaque fois, j'ai trouvé des manières de revenir. Mais en même temps quand tu ne te classes pas, tu n'es pas en vacances. Il y a beaucoup de travail à faire pour revenir. Il faut être assez intelligent pour voir ce qu'il faut changer. »

Heureusement, il continue de s'entraîner avec ses coéquipiers de l'équipe nationale et bénéficie de tout le soutien de pointe. Durant l'automne, c'est donc dans des compétitions provinciales ou canadiennes qu'il mettra en pratique ses nouvelles résolutions avec l'objectif de foncer jusqu'à Sotchi.

Pas question de regretter dans un an de ne pas avoir tout donné pour aller jusqu'au bout. Surtout que la possibilité de devenir le patineur de vitesse sur courte piste le plus décoré au Canada a de quoi lui insuffler une petite dose de motivation supplémentaire.

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