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26/10/2012 10:31 EDT | Actualisé 26/12/2012 05:12 EST

Silvio Berlusconi est condamné à quatre ans de prison pour évasion fiscale

AFP/Getty Images

MILAN - L'ex-chef du gouvernement italien Silvio Berlusconi, condamné vendredi à quatre ans de prison pour évasion fiscale, estime que le verdict qu'il a reçu est «irréel» et qu'il reflète la «politisation» des juges qui ont rendu l'Italie invivable et non démocratique.

M. Berlusconi a fait ces déclarations à une chaîne de télévision de son empire audiovisuel, Mediaset, après avoir été reconnu coupable d'avoir organisé un système permettant d'acheter les droits de diffusion des films américains pour son réseau de télévision grâce à des paradis fiscaux. On reproche également à Mediaset d'avoir ensuite gonflé les prix des droits télévisés, une magouille qui a permis au groupe de réaliser un bénéfice de près de 325 millions $.

La justice italienne a condamné Silvio Berlusconi à quatre ans de prison. Puisque l'exécution de la peine est suspendue jusqu'à ce que les processus d'appels soient terminés, l'ancien président du Conseil demeure en liberté pour l'instant.

La justice lui reproche également d'avoir fait de fausses déclarations pour échapper aux impôts. C'est la première fois que Silvio Berlusconi est condamné à la prison par la justice italienne. Il avait été condamné avec sursis en 1997 pour comptabilité frauduleuse, mais cette peine avait ensuite été renversée en appel. Des enquêtes criminelles à son sujet pour corruption, notamment, se sont terminées par des acquittements ou ont été arrêtées, le délai de prescription étant expiré.

L'ancien président du Conseil a toujours nié les faits qui lui étaient reprochés et affirmé que les poursuites avaient des motifs politiques. À la télévision vendredi, M. Berlusconi a lancé que «s'il devient impossible de compter sur la présence de juges impartiaux dans un pays, ce pays devient grossier, barbare et invivable, en plus d'arrêter d'être une démocratie».

«C'est triste, mais c'est la situation dans laquelle se trouve notre pays aujourd'hui», a-t-il ajouté.

La décision de la cour a été annoncée 48 heures après que Silvio Berlusconi eut déclaré qu'il ne se présenterait pas aux prochaines élections. Dans la même cour, vendredi, le sort de M. Berlusconi dans l'affaire du «Rubygate» était en jeu. Dans cette histoire, il est accusé d'avoir eu des relations sexuelles rémunérées avec une mineure et d'avoir abusé de son pouvoir pour faire libérer la jeune femme après qu'elle eut été arrêtée par la police pour un vol présumé. Le principal intéressé nie les faits qui lui sont reprochés.

L'homme politique de 76 ans a démissionné en 2011 après l'adoption de mesures d'austérité par le Parlement italien en pleine crise de la dette. Il n'était pas dans la salle d'audience lors de l'annonce de sa peine vendredi. Ses avocats ont refusé de faire des commentaires dans l'immédiat.

Angelino Alfano, dauphin désigné de Silvio Berlusconi à la tête du parti de centre-droite Peuple de la liberté, a qualifié le verdict d'«incompréhensible», avant d'ajouter qu'il était confiant de voir les cours d'appel renverser la décision.

Dans ce procès comme dans certains autres dont il a fait l'objet, Silvio Berlusconi s'est décrit comme une victime innocente des procureurs qui, à son avis, sympathisent avec la gauche politique.

Le procès dont le jugement a été annoncé vendredi avait commencé en juillet 2006. Il avait été suspendu en raison d'une loi assurant l'immunité à Silvio Berlusconi pendant qu'il était encore chef du gouvernement italien. Cette loi a depuis été invalidée par la Cour constitutionnelle.

Au total, 11 personnes étaient ciblées par le procès. Trois ont été acquittées, notamment un proche partenaire de M. Berlusconi, Fedela Confalonieri, président de Mediaset. Trois autres accusés ont été condamnés, dont le producteur hollywoodien Frank Agrama, qui a reçu une peine de trois ans.

Quatre autres personnes ont été acquittées en raison de l'expiration du délai de prescription.

Silvio Berlusconi n'est pas le premier chef du gouvernement italien à être reconnu coupable d'accusations criminelles. En 1994, l'ex-dirigeant socialiste Bettino Craxi avait échappé à un mandat d'arrêt et s'était rendu en Tunisie, après qu'une Cour l'eut trouvé coupable de corruption. Son procès s'est déroulé sans lui, mais l'homme condamné à 8 ans et demi de prison n'est jamais retourné en Italie, et il est mort en exil. M. Craxi est considéré comme le mentor de Silvio Berlusconi.