NOUVELLES

Nasrin Sotoudeh, grande figure de la défense des droits de l'Homme en Iran

26/10/2012 05:54 EDT | Actualisé 26/12/2012 05:12 EST

L'avocate Nasrin Sotoudeh, qui a reçu vendredi le prix Sakharov, est l'une des grandes figures de la défense des droits de l'Homme en Iran où elle a été condamnée et emprisonnée pour son action notamment aux côtés du prix Nobel de la paix Shirin Ebadi.

Cette mère de famille de 47 ans, issue de la classe moyenne religieuse iranienne, a été condamnée en janvier 2011 à 11 ans de prison et 20 ans d'interdiction d'exercer son métier d'avocate pour "actions contre la sécurité nationale et propagande contre le régime", deux chefs d'accusations utilisés fréquemment par la justice iranienne pour condamner des opposants.

Elle a également été condamnée pour son appartenance au Centre des défenseurs des droits de l'Homme du prix Nobel de la Paix Shirin Ebadi, bête noire du régime iranien et qui vit désormais en exil.

Après des études de droit à la prestigieuse université Shahid Beheshti de Téhéran, Nasrin Sotoudeh va se battre pendant plusieurs années pour obtenir le droit de devenir avocate au début des années 2000.

Elle va d'abord se consacrer à la défense des jeunes condamnés à mort pour des faits commis alors qu'ils étaient mineurs, une des nombreuses pratiques judiciaires iraniennes régulièrement condamnées par les organisations humanitaires internationales et par l'ONU.

A partir de 2009, Nasrin Sotoudeh va défendre de nombreux opposants, arrêtés par centaines après les manifestations de protestation ayant suivi la réélection contestée du président Mahmoud Ahmadinejad.

Elle sera l'avocate de plusieurs personnalités --comme le journaliste Issa Saharkiz, proche du leader d'opposition réformateur Mehdi Karoubi-- mais aussi de nombreux manifestants inconnus.

Elle a également défendu Shirin Ebadi et d'autres membres du Centre des défenseurs des droits de l'Homme, notamment d'autres avocats, qui ont payé un lourd tribut à la répression. Deux co-fondateurs de cette organisation, Me Abdolfattah Soltani et Me Ali Dadkhah, ont ainsi été condamnés respectivement à 18 et neuf ans d'emprisonnement en 2012.

Mais Nasrin Sotoudeh va aussi s'attirer la colère du régime par les interviews qu'elle ne craint pas de donner à plusieurs médias occidentaux après la répression de 2009, et qui lui seront reprochés lors de son procès.

Détenue depuis août 2010 à la célèbre prison d'Evine, dans le nord de Téhéran, où sont regroupés de nombreux prisonniers politiques, l'avocate n'a pas cessé son combat, menant deux grèves de la faim pour protester contre ses conditions de détention.

Selon Amnesty International, elle a cessé de s'alimenter depuis 10 jours pour obtenir des visites en tête-à-tête avec ses deux enfants, un fils de cinq ans et une fille de 13 ans, qu'elle ne peut plus voir qu'à travers une vitre.

L'avocate a été transférée lundi au centre médical de sa prison, a précisé l'organisation, exprimant des inquiétudes quant à son état de santé.

Son mari, Reza Khandan, l'a vigoureusement défendue, s'attirant des poursuites judiciaires, selon Amnesty International.

"Nasrin Sotoudeh a évoqué (publiquement) des cas qu'elle défendait et parfois informé le public de certains vices de procédures. Elle n'a jamais insulté personne et s'est toujours montré modérée dans ses déclarations", soulignait-il à l'AFP après la condamnation de sa femme en janvier 2011.

"Ce jugement est totalement choquant. Où dans le monde emprisonne-t-on une mère pour avoir donné quelques interviews?", s'insurgeait-il.

Après son arrestation et sa condamnation --ramenée en appel en septembre 2011 à six ans de prison selon Amnesty-- Nasrin Sotoudeh a été adoptée comme "prisonnier d'opinion" par l'organisation humanitaire internationale.

Elle a aussi reçu le soutien de nombreuses institutions ou personnalités occidentales, dont la chef de la diplomatie européenne Catherine Ashton et le Parlement européen qui lui a décerné vendredi son Prix Sakharov, qui fait figure de Nobel de la Paix européen.

lma/sbh-tg/fc

PLUS:afp