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26/10/2012 07:00 EDT | Actualisé 26/12/2012 05:12 EST

La trêve mise à mal en Syrie même si les violences marquent le pas

Plusieurs incidents meurtriers ont mis à mal la trêve dans différentes régions de Syrie quelques heures après son entrée en vigueur vendredi, même si les violences ont baissé d'intensité.

"La trêve a volé en éclats dans plusieurs régions de la Syrie mais il y a malgré tout moins de violences et moins de victimes que d'ordinaire", a déclaré à l'AFP Rami Abdel Rahmane, chef de l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).

De fait, après une nuit de violences, la matinée a été marquée par un répit à l'échelle du pays, avec la mort de cinq personnes à Homs (centre) et dans la région de Damas. Avant la trêve, les bilans quotidiens dépassaient la centaine de morts, notamment du fait de raids meurtriers de l'armée de l'air.

Rebelles et armée s'étaient engagés jeudi à faire taire leurs armes à l'appel de l'émissaire international Lakhdar Brahimi durant les quatre jours de l'Aïd el-Adha, la fête musulmane du sacrifice, mais chaque partie se réservait le droit de riposter.

Parmi les insurgés, le front islamiste al-Nosra, qui a revendiqué de nombreux attentats en Syrie, a catégoriquement rejeté la trêve, et ses combattants sont partis vendredi matin à l'assaut de la base militaire de Wadi Deif, dans la périphérie de Maaret al-Noomane (nord-ouest), selon l'OSDH.

L'armée a riposté en bombardant le village limitrophe de Deir Charqui, selon cette organisation qui s'appuie sur un réseau de militants.

Le 12 avril, une première trêve négociée par Kofi Annan, le prédécesseur de M. Brahimi, avait volé en éclats au bout de quelques heures, même si les combats avaient baissé en intensité.

La télévision d'Etat a montré le président Bachar al-Assad priant dans une mosquée de Damas, souriant et décontracté, alors qu'il fait face à une révolte populaire devenue conflit armé qui a fait plus de 35.000 morts depuis mars 2011, selon l'OSDH.

Profitant de l'accalmie, des militants hostiles au régime ont manifesté à Damas et dans tout le pays.

Selon l'OSDH, des rassemblements ont eu lieu à Raqa, dans le nord-est, où les forces de sécurité ont tiré des grenades lacrymogènes, et dans la province de Deraa (sud), notamment à Inkhel, où trois personnes ont été blessées par balles.

Selon des militants, des cortèges ont également défilé à Damas, à Alep (nord), à Deir Ezzor (est) et dans la province d'Idleb (nord-ouest), où des manifestants ont scandé à l'adresse de M. Assad: "Traître, lâche, tu as détruit la Syrie".

Contacté par téléphone en Turquie, le général Moustapha al-Cheikh, chef du commandement militaire supérieur de l'Armée syrienne libre (ASL), principale force d'opposition armée, a fait état de tirs contre des manifestants dans plusieurs régions.

"Empêcher les manifestations en ouvrant le feu est une violation de la trêve. Mais faisons preuve de plus de retenue que le régime, car pour le moment nous voulons donner une chance à la trêve", a-t-il dit à l'AFP.

Au moins cinq personnes ont été tuées vendredi matin: trois à Harasta et une à Erbine dans la grande banlieue de Damas, ainsi qu'une à Khaldiyé, un des quartiers rebelles encerclés de Homs, selon l'OSDH.

Une vidéo mise en ligne par des militants à Homs montre de la fumée noire qui s'élève après la chute de cinq obus. "Homs est en train d'être détruite au premier jour de l'Aïd", entend-on.

Selon l'OSDH, des combats ont lieu à Assali, un quartier du sud de Damas et à Sayeda Zeinab, à la périphérie de la capitale. En outre, une voiture piégée a explosé dans le quartier de Tadamoun sans faire de victime.

Un habitant du camp palestinien de Yarmouk, dans le sud de Damas, a affirmé avoir entendu des tirs à l'extérieur du camp, sans être en mesure d'en déterminer l'origine. "Il n'y a personne dans les rues de Yarmouk, chacun est terré chez lui", a-t-il ajouté, sous le couvert de l'anonymat.

Les routes reliant Damas à ses banlieues étaient coupées et seuls les militaires étaient autorisés à passer, a affirmé un chauffeur de taxi.

Des accrochages avaient également lieu à Tall Kalakh, près de la frontière avec le Liban.

L'armée a annoncé jeudi soir qu'elle suspendrait ses opérations militaires pour l'Aïd, mais qu'elle riposterait "si les groupes terroristes armés continuent à tirer sur les civils et les forces gouvernementales (...) ou à utiliser des voitures piégées et des bombes". Le régime assimile rebelles et opposants à des "terroristes".

De leur côté, les insurgés se sont engagés à faire taire leurs armes "si l'armée syrienne en fait autant".

"Mais si elle tire une seule balle, nous répondrons avec cent balles", a avertit le général Cheikh, qui a admis ne pas parler au nom de tous les insurgés.

Au vu de la "méfiance" entre les deux camps, l'ONU a dit jeudi espérer "de tout coeur" que la trêve tienne, a indiqué un porte-parole, tout en reconnaissant "ne pas être certain" que cela arrive.

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