NOUVELLES
26/10/2012 03:28 EDT | Actualisé 25/12/2012 05:12 EST

Calme en Syrie au premier jour de la trêve

La trêve de quatre jours initiée par le médiateur international Lakhdar Brahimi à l'occasion de la fête musulmane de l'Aïd al-Adha semblait tenir vendredi matin en Syrie, où des manifestations contre le régime du président Bachar al-Assad ont éclaté dans plusieurs villes.

Ce répit, qui peut être rompu à tout moment, intervient après une nuit de combats, selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH), qui a recensé jeudi 135 morts à travers le pays, dont 65 civils.

La télévision d'Etat a montré le président Bachar al-Assad, qui apparaît rarement en public, priant dans une mosquée de Damas, souriant et décontracté, alors qu'il fait face à une révolte populaire devenue conflit armé qui a fait plus de 35.000 morts depuis mars 2011, selon l'OSDH.

Dans son prêche, l'imam a appelé les Syriens "à cesser de se quereller car vous êtes tous frères".

Après la prière, M. Assad a parlé avec des fidèles, triés sur le volet, embrassant certains et plaisantant avec d'autres.

Armée et rébellion ont accepté jeudi d'observer à partir de vendredi et pendant les quatre jours de l'Aïd el-Adha, la fête du sacrifice, une trêve âprement négociée par l'émissaire de l'ONU, chaque partie se réservant toutefois le droit de riposter en cas de violation.

S'il est effectivement mis en place, il s'agira du premier cessez-le-feu à être respecté en Syrie. Le 12 avril, une trêve négociée par Kofi Annan, le prédécesseur de M. Brahimi, avait volé en éclats au bout de quelques heures, même si les combats avaient baissé en intensité.

Aux premières heures de l'arrêt des violences, les combattants rebelles se relayaient dans la vieille ville de Homs, tenue par les rebelles et assiégée par l'armée: "certains surveillent le front et d'autres se reposent ou célèbrent la fête en famille", a raconté un militant sur place, se présentant comme Abou Rami.

"Il y a eu des bombardements cette nuit, mais depuis la prière de l'aube, tout est calme. L'Armée syrienne libre respecte le cessez-le-feu mais je doute des intentions du régime. Je le soupçonne dans les heures qui viennent de saisir n'importe quel prétexte pour accuser les révolutionnaires de violer la trêve et reprendre les combats", a-t-il ajouté joint par l'AFP via Skype.

Profitant de l'accalmie, des militants hostiles au régime ont manifesté après la prière de l'aube à Damas et dans tout le pays.

Selon l'OSDH, des manifestations ont eu lieu à Raqa, dans le nord-est, où les forces de sécurité ont tiré des grenades lacrymogènes, et dans la province de Deraa (sud), notamment à Inkhel, où trois personnes ont été blessées par balles.

Toujours dans la région de Deraa, une vidéo a montré une centaine de manifestants chantant sur une place à Daël. Une femme en noir se tape la tête avec les mains en criant "Amenez-moi à la tombe de Chadi! Où est mon fils?". Pour l'Aïd, les Syriens se rendent habituellement sur les tombes de leurs proches défunts.

Selon des militants, des cortèges ont également défilé à Damas et dans sa banlieue, à Alep (nord) et sa région, à Deir Ezzor (est) et dans la province d'Idleb (nord-ouest), où des manifestants ont scandé à l'adresse de M. Assad: "Traître, lâche, tu as détruit la Syrie".

L'armée a annoncé jeudi soir qu'elle suspendrait ses opérations militaires pour l'Aïd, mais qu'elle répondrait "si les groupes terroristes armés continuent à tirer sur les civils et les forces gouvernementales (...) ou à utiliser des voitures piégées et des bombes". Le régime assimile rebelles et opposants à des "terroristes".

De leur côté, les insurgés se sont engagés à faire taire leurs armes "si l'armée syrienne en fait autant".

"Mais si elle tire une seule balle, nous répondrons avec cent balles", a avertit le général Moustapha al-Cheikh, chef du commandement militaire supérieur de l'ASL, principal groupe d'opposition armé.

Il a toutefois admis ne pas parler au nom de tous les insurgés. De fait, le Front islamiste Al-Nosra, qui a revendiqué de nombreux attentats en Syrie, avait rejeté la trêve dès mercredi.

Au vu de la "méfiance" entre les deux camps, l'ONU a dit espérer "de tout coeur" que la trêve tienne, a indiqué un porte-parole, tout en reconnaissant "ne pas être certain" que cela arrive.

Sur le plan diplomatique, les Etats-Unis ont jugé "ridicules" les accusations de la Russie selon lesquelles ils coordonneraient la livraison d'armes aux rebelles, Washington reconnaissant toutefois de manière ambiguë un "travail de coordination" avec les pays armant l'opposition.

L'Arabie saoudite a de con côté expulsé trois employés du consulat de Syrie à Jeddah pour activités "incompatibles" avec leur mission consulaire.

bur-sk-cnp/sbh

PLUS:afp