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26/10/2012 05:15 EDT | Actualisé 26/12/2012 05:12 EST

Argentine: la folie du "Superclasico" River-Boca est de retour

Le "Superclasico" River-Boca, qui fait son retour dimanche après une absence remarquée d'un an et demi, va une nouvelle fois soulever une passion unique au monde avec les frères-ennemis du football de Buenos Aires.

"On n'a pas le droit de mourir sans avoir vu un River-Boca", écrit The Observer. "C'est l'expérience sportive plus intense au monde", tranche le tabloïde The Sun. Ce n'est pas un hasard si les journaux britanniques semblent si bien cerner le phénomène.

"Ces fous d'Anglais!", s'écriaient les Argentins en voyant les Britanniques courir derrière un ballon à la fin du XIXe siècle à proximité du port de Buenos Aires.

C'est eux qui introduisent le football et c'est un sujet de la Couronne britannique né à Bombay, Isidoro Kitzler, qui a l'idée de fusionner deux équipes, La Rosales et Santa Rosa, pour créer "River Plate" le 25 mai 1901.

Boca, pourtant fondé par des jeunes immigrés italiens pour "jouer contre les Anglais", décide d'ajouter le mot anglais "Juniors" le 3 avril 1905, comme si c'était à l'époque une sorte d'obligation pour être perçu comme un vrai club.

River, comme Boca, naît dans le quartier populaire de La Boca, qu'il quittera par la suite pour s'installer durablement à Nunez, un quartier de classe moyenne.

On appelle les fans de Boca Juniors "les bouseux" ("los bosteros") et ceux de River "les millionnaires". Ce surnom n'est pas dû au quartier du club, mais au fait que River a été le premier a acquérir un joueur, Carlos Peucelle, pour la somme faramineuse de 10.000 pesos dans les années 1930.

Le jour où River et Boca s'affrontent, le pays s'arrête. Les rues sont désertées: on est au stade ou devant l'écran. Lorsque le match s'anime, on entend une clameur indescriptible qui accompagne celle qui fait vibrer le stade.

En 2011, River avait quitté la première division et privé ses nombreux "hinchas" (supporteurs) de ce duel, avant de retrouver l'élite en juin dernier.

Avant et après les matchs, ce sont à Buenos Aires des milliers de personnes, toutes classes sociales confondues qui traversent à pied la ville en direction du stade: "Le Monumental" de River ou "La Bombonera", fief de Boca, qui doit son nom à son aspect de boîte de bonbons.

Le "Superclasico" est un championnat à lui tout seul, un moment unique qui dure 90 minutes. "Pourquoi suis-je si inquiet, alors que je suis un fan de Rosario Central ?", écrit le dessinateur et écrivain argentin Roberto Fontanarrosaa dans son chef d'oeuvre "Pur Foot".

"Parce qu'il est impossible de ne pas l'être: que le match soit bon mauvais, c'est électrique et enivrant".

Il y a eu des "Superclasicos" d'anthologie, comme dans les années 1940 lorsque, avec des gloires comme Angel Labruna ou José Manuel Moreno, l'équipe devenue imbattable de River était appelé "La Machine" (La Maquina).

Ou dans les années 1990, lorsque Boca Juniors retrouva sa grandeur avec l'entraîneur Carlos Bianchi.

Mais il y a également eu des matches dramatiques comme un 0-0 qui, en 1968, s'achève en tragédie: 71 personnes meurent écrasées dans un mouvement de foule à la sortie du Monumental.

Puis il y a quelques buts légendaires, comme celui de Diego Maradona, tout en sang-froid, contre River en 1981 dans une Bombonera en folie (3-0).

"Les clubs de foot, et Boca, le plus populaire d'entre eux, réveillent des passions dans un pays d'immigration dont les traits identitaires ne sont pas bien définis", explique Horacio Rosatti, auteur de "Cent ans de foule", une histoire de Boca Juniors.

En Argentine, 40% des supporteurs se disent fans de Boca et 30% de River. Mais dimanche, c'est le pays entier qui, une nouvelle fois, retiendra son souffle.

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