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26/10/2012 12:33 EDT | Actualisé 26/12/2012 05:12 EST

A Alep, le soldat pense à sa fiancée et le restaurateur à sa saison ratée

En faction au premier jour d'une trêve éphémère, à l'entrée de la vieille ville d'Alep ravagée par les combats, le soldat Ahmad rêve à sa fiancée alors que dans le quartier limitrophe d'Aziziya, Hani se lamente devant son restaurant vide.

La grande ville du nord, transformée depuis quatre mois en champ de bataille, connaissait vendredi son premier jour de répit, malgré une attaque rebelle avortée dans la matinée contre une caserne du quartier de Seryan, à majorité chrétienne, et des accrochages avec des miliciens kurdes.

"J'ai entendu parler de la trêve à la télévision mais mon devoir consiste à ne pas laisser les rebelles avancer. S'ils bougent en ma direction, je tirerai, car de ce que j'ai compris de l'accord de cessez-le-feu, personne n'a le droit d'attaquer", explique Ahmad.

S'il reste le doigt sur la gâchette, il n'entend pas appuyer aujourd'hui. Pourtant, cette fête musulmane de l'Adha, n'est pas particulièrement joyeuse pour lui.

"Cela fait 100 jours que je n'ai pas vu mes parents, mes frères, mes soeurs et surtout la fille que j'aime. Quand je la reverrai, ce sera alors vraiment la fête", ajoute ce soldat de 20 ans, en pensant au retour dans sa maison à Hama, dans le centre du pays.

Depuis que la révolte a commencé en mars 2011, l'armée a annulé la majorité des permissions des soldats car les routes ne sont pas sures et les désertions constantes.

En ce jour de fête, la métropole dont les habitants son réputés depuis l'antiquité pour leur sens des affaires, est dans un état comateux. Les magasins et les marchés, jadis achalandés car l'Aïd al-Adha est l'occasion pour les parents d'acheter des habits neufs et des jouets aux enfants, sont vides.

Renommés aussi pour leur bonne cuisine, les restaurants sont déserts. "Bien qu'il n'y ait pas eu de fusillade aujourd'hui, je ne vois pas ce qui pourrait ressembler à une fête", grommelle Hany, 35 ans, un restaurateur du quartier d'Azizia, dans le centre de la ville.

"L'an dernier, j'avais commencé à travailler tôt le matin et j'avais plein de réservations pour le déjeuner et le dîner. Aujourd'hui, pas une. Personne. Rien", se désole-t-il.

Depuis juillet, la ville est devenue un patchwork de quartiers tenus par l'armée et d'autres par les rebelles. Tenter de passer d'un lieu à l'autre relève de la gageure et peut coûter la vie.

Mohammed, étudiant de 27 ans à l'Université d'Alep, vit dans le nord de la ville et n'a pas pu aller voir sa famille installée dans un autre quartier.

"J'ai demandé à un minibus de me conduire chez mes parents dans le centre-ville mais il a refusé. Les transports en commun sont quasiment inexistants et même quand vous trouvez un taxi, vous êtes sûr d'être arrêté toutes les cinq minutes à un barrage", peste-t-il.

Dans certains quartiers cependant, des enfants vêtus de neuf jouaient dans les rues en mangeant des bonbons, selon un journaliste de l'AFP.

Dans le quartier de Seryan, Ahmad, 40 ans, a cherché en vain à donner un peu de joie à sa fille en ce jour de fête.

"Ma femme et moi souhaitions réunir toute la famille pour la fête car nous ne savons pas si nous serons encore vivants l'an prochain. Mais les combats dans les rues limitrophes de notre domicile nous ont obligés à changer nos plans", explique ce négociant en textile qui a dû se réfugier chez ses parents dans un autre quartier.

"Toute notre joie s'est envolée, il n'y a que tristesse et angoisse", se désole-t-il.

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