INTERNATIONAL
25/10/2012 06:38 EDT | Actualisé 25/12/2012 05:12 EST

La Syrie à la veille d'une éventuelle trêve pour l'Al-Adha

AP
FILE - In this Friday, Sept 7, 2012 file photo, a Free Syrian Army fighter runs after attacking a tank with a rocket-propelled grenade during fighting in the Izaa district in Aleppo, Syria. Piece by piece, Syria's rebels are slowly starting to expand their arsenal and get their hands on more advanced weapons, something that has been their constant aim in the 19-month-old uprising against the regime of President Bashar Assad. The process still appears to be haphazard and improvised: Far from a reliable, organized pipeline, it often remains a scramble by individual units in the highly fragmented rebel forces to obtain what they can. Most units still rely on their staple arsenal of automatic weapons, hand grenades and rocket-propelled grenades.(AP Photo/ Manu Brabo, File)

Damas doit officiellement donner son accord à une trêve orchestrée par l'émissaire international Lakhdar Brahimi pour la fête musulmane d'Al-Adha qui commence vendredi, mais sa mise en oeuvre parait d'ores et déjà compromise dans un contexte de violences croissantes.

Sur le terrain, les rebelles ont élargi jeudi leur emprise sur Alep, la deuxième ville de Syrie où des combats acharnés se déroulent depuis plus de trois mois.

Pour sa part, la nouvelle commissaire de l'ONU chargée d'enquêter sur les violations des droits de l'Homme en Syrie, Carla del Ponte, a déclaré vouloir identifier les "hauts responsables" des "crimes contre l'humanité et des crimes de guerre", tandis que la Commission attend toujours d'être reçue à Damas.

A Alep, selon les résidents d'Achrafiyé, un quartier à majorité kurde dans le nord de la ville, près de 200 rebelles ont pénétré jeudi à l'aube dans ce secteur jusqu'à présent épargné par les combats et où vivent de nombreux réfugiés.

"J'ai vu des hommes armés entrer dans ma rue avec des mitrailleuses Douchka montées sur des véhicules où était écrit +Liwa Tahid+", a affirmé à l'AFP un maçon de 28 ans. Liwa Tahid est le nom d'une brigade proche des Frères musulmans, la principale de l'Armée syrienne libre (ASL) à l'intérieur d'Alep.

"Des tireurs embusqués se sont installés dans des immeubles et une cinquantaine d'hommes armés, vêtus de noir et portant sur le front des bandeaux avec des mots d'ordre islamiques, sont entrés dans une école près de chez moi. Je les ai entendus dire à des habitants: +Nous sommes venus pour passer l'Aïd chez vous+", a-t-il ajouté.

L'Aïd al-Adha, l'une des fêtes musulmanes les plus sacrées, commence vendredi. A cette occasion, le médiateur international pour la Syrie Lakhdar Brahimi a proposé une trêve qui a peu de chance d'être respectée.

Selon un accord tacite, ni les rebelles, ni l'armée n'avaient jusqu'alors de présence à Cheikh Maqsoud et à Achrafiyé, des quartiers contrôlés par les forces kurdes. Mais Achrafiyé a une importance stratégique parce qu'il se trouve en hauteur, à un point de passage entre le centre et le nord d'Alep.

A environ 200 km à l'est d'Alep, les rebelles se sont emparés à l'aube d'une position de l'armée régulière qu'ils assiégeaient depuis plusieurs jours à Raqa, tuant trois soldats et récupérant des armes ainsi qu'un char, selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).

Dans la province de Damas, l'armée qui tente de reprendre du terrain dans la banlieue de la capitale, a bombardé Harasta et ses environs, tandis que des combats se déroulaient à Tadamoun et Qadam, dans le sud de la capitale.

Un commandant rebelle a été tué dans une embuscade dans la région de Deraa (sud) et trois civils, dont deux fillettes, ont péri à Rastane (centre), selon la même source.

Mercredi, les violences à travers le pays ont fait au moins 199 morts, en majorité des civils, selon le bilan quotidien de l'OSDH, qui s'appuie sur un réseau de militants et de témoins.

"Même si sur le terrain, on voit les difficultés à obtenir un arrêt des opérations militaires, l'appel de Lakhdar Brahimi suscite dans le coeur des Syriens l'espoir de sortir du cycle infernal du sang et de la destruction", écrit jeudi le quotidien al-Baas, organe du parti dominant, alors que le gouvernement syrien doit annoncer formellement son respect de la trêve proposée par l'émissaire international.

"Le conseil de securité de l'ONU aurait pu aider Brahimi dans sa tâche s'il avait adopté un mécanisme contraignant pour empêcher les flux d'armes et d'argent destinés aux groupes armés pour les obliger à arrêter les opérations militaires", assure le journal.

Lors d'un compte-rendu par vidéoconférence aux ambassadeurs des 15 pays membres du Conseil de sécurité, l'émissaire de la Ligue arabe et de l'ONU a souligné que le cessez-le-feu, s'il était respecté, serait un "petit pas" pouvant mener à l'ouverture d'un dialogue politique et à un meilleur accès humanitaire.

Mais, après 19 mois d'un conflit ayant fait plus de 35.000 morts selon une ONG, la méfiance entre les deux camps est telle que M. Brahimi a déclaré "ne pas pouvoir être sûr que la trêve tiendra", a indiqué un diplomate présent lors du compte-rendu.

A Genève, la nouvelle commissaire de l'ONU chargée d'enquêter sur les violations des droits de l'Homme en Syrie a déclaré que sa "tâche principale sera de continuer l'enquête (...), et de déterminer les hauts responsables politiques et militaires de ces crimes".

Selon elle, "nous faisons face (...) sûrement à des crimes contre l'humanité et des crimes de guerre".

Dans communiqué commun, neuf organisations des droits de l'Homme, dont Human Rights Watch, appellent à la libération, dans le cadre de l'amnistie annoncée mardi par le président Bachar al-Assad, de "tous les militants pacifistes, les professionnels des médias et ceux qui fournissent une assistance humanitaire".

bur/sk/sw

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