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24/10/2012 12:30 EDT | Actualisé 24/12/2012 05:12 EST

Syrie: un groupe islamiste rejette la trêve, Brahimi pas sûr qu'elle tienne

Le médiateur international Lakhdar Brahimi a reconnu mercredi qu'il n'était "pas sûr" que la trêve, à laquelle il a appelée en Syrie pour la fête musulmane d'al-Adha, tienne et le groupe islamiste Al-Nosra l'a d'ores et déjà rejetée.

Sur le terrain, rien ne témoignait d'une volonté des belligérants de se diriger vers un cessez-le feu. Huit personnes ont été tuées dans un nouvel attentat à la voiture piégée à Damas et les violences ont encore fait 142 morts dont plus de 60 civils à travers le pays selon une ONG syrienne.

L'émissaire de la Ligue arabe et de l'ONU, qui s'adressait par vidéoconférence depuis Le Caire aux ambassadeurs des 15 pays membres du Conseil de sécurité, a souligné que le cessez-le-feu, s'il était respecté, serait un "petit pas" pouvant mener à l'ouverture d'un dialogue politique et à un meilleur accès humanitaire.

Mais, après 19 mois d'un conflit ayant fait plus de 35.000 morts selon une ONG, la méfiance entre les deux camps est telle que M. Brahimi a déclaré "ne pas pouvoir être sûr que la trêve tiendra", a indiqué un diplomate présent lors du compte-rendu.

L'émissaire, qui vient d'effectuer une visite de cinq jours en Syrie, a demandé un "soutien fort et unanime" du Conseil à ses efforts de médiation, avertissant qu'un nouvel échec du Conseil entraînerait "une escalade (de la violence) et l'extension" du conflit aux pays voisins, a ajouté ce diplomate.

Il a notamment fait référence aux récents échanges de tirs d'obus entre la Syrie et la Turquie.

Le Conseil de sécurité a échoué jusqu'ici à se mettre d'accord pour faire pression sur Damas, la Russie et la Chine opposant leur veto à toute initiative occidentale en ce sens.

Un peu plus tôt dans la journée, M. Brahimi avait annoncé avoir obtenu l'accord du régime et de "la plupart" des responsables rebelles qu'il avait contactés sur une trêve pour l'Aïd al-Adha, une des fêtes musulmanes les plus sacrées, célébrée cette année de vendredi à lundi.

Mais quelques heures plus tard, le Front Al-Nosra, un groupe islamiste qui a revendiqué de nombreux attentats contre le régime depuis le début de la révolte en mars 2011, a rejeté ce cessez-le-feu.

"Il n'y a pas de trêve entre nous et ce régime qui fait couler le sang des musulmans", a affirmé le Front Al-Nosra dans un communiqué, en disant se méfier des intentions du régime du président Bachar al-Assad.

L'Armée syrienne libre (ASL, insurgés) a annoncé de son côté qu'elle ne cesserait les hostilités qu'une fois que les troupes de Bachar al-Assad auront fait taire leurs armes, tandis que le régime a affirmé que sa "décision finale" sur un cessez-le-feu serait "prise demain jeudi".

"La seule raison pour laquelle le régime pourrait accepter ce cessez-le-feu c'est qu'il donnerait du temps à l'armée pour se reposer et se réorganiser", a estimé Rami Abdel Rahmane, le président de l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).

"Sur le terrain, une trêve est pratiquement impossible, notamment parce que des deux côtés, il y a des groupes qui n'obéissent à personne", a-t-il ajouté.

Si les combats s'arrêtent durant l'Adha, la fête du sacrifice, il s'agira du premier cessez-le-feu respecté dans le conflit qui secoue la Syrie depuis 19 mois.

Le 12 avril, un cessez-le-feu proclamé à l'initiative de Kofi Annan, le prédécesseur de M. Brahimi, et pour lequel les deux belligérants avaient donné leur accord, avait volé en éclats au bout de quelques heures, même si les combats avaient baissé en intensité.

Mercredi, les violences se poursuivaient sans répit avec notamment des raids aériens des forces gouvernementales sur la ville stratégique de Maaret al-Noomane (nord-ouest), tenue par les rebelles, et ses alentours, selon l'OSDH.

Insurgés et soldats s'affrontent notamment pour le contrôle d'une importante base militaire, celle de Wadi Deif, dont les insurgés sont repartis à l'assaut, espérant y prendre armes, munitions et carburant.

Dans le nord-est du pays, dans la province de Raqqa, onze soldats ont été tués à des barrages dans des attaques menées par les rebelles, a précisé l'OSDH, qui s'appuie sur un réseau de militants et de médecins sur le terrain.

Par ailleurs, 20 corps, dont ceux de quatre enfants et huit femmes, ont été retrouvés dans la localité rebelle de Douma, près de Damas, des militants affirmant que les forces du régime les ont tués à l'aube.

L'agence officielle Sana a accusé de son côté "des groupes terroristes armés" -la terminologie par laquelle le régime désigne rebelles et opposants- d'avoir perpétré cette "tuerie", évoquant le "massacre de 25 personnes".

Dans un quartier du sud de Damas, huit personnes ont été tuées et vingt autres blessées dans l'explosion d'une voiture piégée, selon l'OSDH, la télévision officielle évoquant de son côté six morts et accusant des "terroristes".

Un attentat a par ailleurs endommagé un gazoduc dans la province orientale de Hassaka, à 600 km au nord-est de Damas, selon l'OSDH.

D'après M. Brahimi, la situation en Syrie s'est aggravée, 360.000 Syriens ayant fui le pays depuis le début du conflit, dont 48.000 pendant le seul mois d'octobre.

bur-cco/sw

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