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Le maire Vaillancourt renonce à ses fonctions pour un certain temps

24/10/2012 06:53 EDT | Actualisé 24/12/2012 05:12 EST

LAVAL, Qc - Au coeur d'allégations de corruption, le maire de Laval, Gilles Vaillancourt, renonce à ses fonctions pour une période de temps indéterminée, invoquant des problèmes de santé.

L'annonce a été faite lors d'un point de presse donné mercredi soir par le vice-président du comité exécutif de la Ville, Basile Angelopoulos.

M. Angelopoulos a été très bref, mais il a insisté pour dire que la Ville n'était pas en crise.

«Vous comprendrez sûrement que depuis quelques semaines, plusieurs événements ont créé une situation très pénible qui se reflète sur la vie actuelle du maire. Devant tout ça et selon les recommandations de son médecin, M. le maire a décidé de prendre du repos afin de retrouver cette quiétude d'esprit nécessaire pour effectuer une réflexion.»

«Il sera en mesure de vous faire connaître les fruits de cette réflexion prochainement», ajoute un communiqué émis dans les minutes qui ont suivi le bref point de presse.

Le maire Vaillancourt a eu une longue rencontre avec son comité exécutif en matinée pour informer les membres qu'il prenait quelques semaines de repos et de réflexion à la suite des recommandations de son médecin.

«Nous demandons aux médias de respecter cette nécessaire période de repos et de quiétude pour M. le maire», a déclaré le vice-président du comité exécutif devant les journalistes qui le pressaient de questions.

M. Angelopoulos a indiqué que le comité exécutif assurerait le bon fonctionnement de la Ville.

Au cours de la journée, l'Unité permanente anticorruption (UPAC) avait confirmé la tenue de perquisitions dans des institutions financières, dont au moins une à Laval. Selon Radio-Canada, l'UPAC serait à la recherche de dizaines de millions de dollars cachés dans des coffres bancaires appartenant au maire Vaillancourt.

La porte-parole de l'UPAC, Anne-Frédérick Laurence, a précisé que ces interventions s'inscrivent dans le cadre d'une enquête policière déjà en cours et à laquelle participent des policiers de la Sûreté du Québec membres de l'Escouade Marteau.

Des réactions

Dans les heures qui ont suivi l'annonce, deux représentants des partis d'opposition à Laval ont affirmé que la crédibilité de M. Vaillancourt et de son parti était sérieusement entachée.

Robert Bordeleau, le chef du Parti au service du citoyen, un des partis de l'opposition à Laval, a déclaré en entrevue avec la Presse Canadienne qu'il souhaitait que toutes ces allégations se transforment en accusations.

«Ça fait presque sept ans que je demande sa démission, que je demande des enquêtes de toutes sortes. Il n'y avait rien qui se passait, (il y a) un changement de gouvernement au provincial et tout à coup, depuis trois semaines, il y a des allégations, des perquisitions un peu partout jusque dans les maisons de M. Vaillancourt (...) J'espère que toutes ces perquisitions vont se transformer en accusations.»

M. Bordeleau, qui a dit espérer que le maire ne reviendra pas, ne croit pas à ses problèmes de santé.

«Je l'ai rencontré dans un événement vendredi soir passé et il était en très grande forme.»

Selon lui, le parti PRO des Lavallois (Parti du Ralliement Officiel) est fini.

«Il y a trop d'allégations autour de ce parti-là.»

Pour le chef du Parti au service du citoyen, la mise en tutelle n'est toutefois pas nécessaire.

«La Ville va continuer de fonctionner sans lui. Il reste 21 autres membres au comité exécutif pour la faire fonctionner.»

Les informations de Radio-Canada à l'effet que des dizaines de millions seraient cachés dans des coffres ne surprennent pas M. Bordeleau.

«Les rumeurs vont bon train que le monsieur vaut une centaine de millions. Il en gagne 155 000 $ par année. Où a-t-il pris tout cet argent? Des héritages familiaux, va-t-il dire. C'est possible. Si on prend le témoignage de M. Zambito qui disait que le maire recevait 2,5 pour cent de tous les contrats à Laval, ça fait un joli paquet d'argent (...) on espère que tout ça va se transformer en accusations.»

Du côté du Mouvement lavallois, le président David De Cotis considère qu'en se retirant temporairement, le maire Vaillancourt a agi de façon responsable.

«Il faut penser à l'image des Lavallois et Lavalloises.»

Toutefois, la crédibilité du maire est grandement affectée, a-t-il déclaré à la Presse Canadienne, tout en concédant que M. Vaillancourt puisse vraiment avoir des problèmes de santé.

«Je ne suis pas un docteur, mais il faut comprendre que M. Vaillancourt a 72 ans. Avec toutes ces allégations depuis les trois dernières semaines, les perquisitions chez lui, à son bureau et, aujourd'hui, à sa banque. Ça se peut qu'il parte à cause de sa santé.»

M. De Cotis croit, lui aussi, qu'il n'est pas nécessaire de mettre la Ville sous tutelle.

«On n'a pas de crise à Laval, on a une crise de gestion. La Ville de Laval a des fonctionnaires, on n'a pas besoin de tutelle.»

Maire de Laval depuis 1989, Gilles Vaillancourt a siégé comme conseiller du district Laval-des-Rapides à compter de 1973. Il a succédé au maire Claude U. Lefebvre du Parti du Ralliement Officiel. Il a été président de l'Union des municipalités du Québec de 1995 à 1997. L'homme qui est né en janvier 1941 a été réélu maire en 1997, 2001, 2005 et en 2009 avec une majorité de 61,29 pour cent.

Après le début de nombreuses perquisitions dans certains bureaux de la Ville et à sa résidence le 4 octobre dernier, le maire avait déclaré le lendemain qu'il ne comptait pas démissionner.

«Ce matin, nous assistons à un déferlement d'affirmations, de rumeurs, de demandes. Pour mettre fin immédiatement à ce que l'on entend en ondes, je ne démissionnerai pas et je commenterai pas non plus les rumeurs et les divers commentaires. Je n'ai aucun motif de le faire», avait-il mentionné.

D'autres allégations hantaient le maire de Laval depuis quelques temps.

Le 22 août dernier, Radio-Canada rapportait que Gilles Vaillancourt aurait donné 10 000 $ comptant à un ex-collecteur de fonds du Parti québécois, Claude Vallée, durant la campagne électorale provinciale de 1994; ce qui aurait constitué un financement illégal.

En novembre 2010, le député libéral Vincent Auclair et l'ex-ministre péquiste Serge Ménard avaient aussi dénoncé M. Vaillancourt, soutenant qu'il leur avait offert des milliers de dollars dans une enveloppe en pleine campagne.

Dans les deux cas, M. Vaillancourt avait réfuté ces allégations.

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