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La visite de l'émir du Qatar conforte le Hamas à Gaza, pas le séparatisme

24/10/2012 10:01 EDT | Actualisé 24/12/2012 05:12 EST

La visite de l'émir du Qatar représente une victoire pour le Hamas sur l'Autorité palestinienne, mais devrait freiner les tentations du mouvement islamiste de former une entité séparée à Gaza, selon des analystes.

Plusieurs commentateurs relèvent en outre qu'en recevant l'émir, cheikh Hamad ben Khalifa al-Thani, premier chef d'Etat à se rendre à Gaza sous le Hamas depuis 2007, le mouvement islamiste se rapproche des monarchies du Golfe et s'éloigne encore de l'orbite de l'Iran et de la Syrie.

"L'idée de reconstruire Gaza en y déversant des milliards vise à apprivoiser le Hamas à Gaza et à créer une vie normale, loin de la résistance armée, et à l'engager dans un projet d'autorité à Gaza", explique Bassem Zoubeïdi, professeur de science politique à l'Université de Bir Zeit, en Cisjordanie.

"Le Hamas connaît bien les relations du Qatar avec les Etats-Unis et ses excellentes relations avec Israël. Il agit avec pragmatisme et sait dans quel panier placer ses oeufs, compte tenu de ce qu'il se passe en Syrie et des menaces internationales contre l'Iran", ajoute-t-il, soulignant que "le grand perdant est l'OLP (Organisation de libération de la Palestine)".

"La visite est généralement considérée comme une récompense au Hamas pour s'être éloigné de l'Iran et de la Syrie, et le Hamas l'exploite psychologiquement vis-à-vis d'Israël comme un succès dans la levée du siège de Gaza", résume un chercheur de l'Institut national d'études de sécurité de l'Université de Tel-Aviv, dans une analyse publiée par le quotidien israélien Maariv.

La quasi totalité des formations de l'OLP, présidée par Mahmoud Abbas, qui gouverne les zones autonomes de Cisjordanie, ont boycotté la visite.

"Tout le monde pense que le Hamas va s'en servir pour renforcer la division", a déclaré à la radio officielle Voix de la Palestine le responsable du dossier de la réconciliation au sein du Fatah, mouvement de Mahmoud Abbas, Azzam al-Ahmad.

"Cheikh Hamad n'a pas mentionné le mot gouvernement ni visité le soi-disant siège du Premier ministre (du Hamas, Ismaïl Haniyeh, NDLR), mais il voulait marquer des points", a-t-il néanmoins souligné.

"Ni négociations de paix ni stratégie de résistance"

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"La division entre la Cisjordanie et la bande de Gaza est ce qui nuit le plus à votre cause", a déclaré l'émir dans un discours à Gaza à la tonalité sensiblement différente de celle de ses hôtes.

"Il est temps de tourner la page de la division palestinienne et d'ouvrir le chapitre de la réconciliation et du consensus, sur la base de ce qui a été conclu à Doha et au Caire grâce aux efforts sincères du président palestinien Mahmoud Abbas et du chef du bureau politique du Hamas, Khaled Mechaal", a-t-il dit.

"Il n'y a aujourd'hui ni négociations de paix, ni stratégie claire de résistance et de libération. Alors, pourquoi les Palestiniens ne s'entendent-ils pas pour unifier leurs positions et placer le monde devant l'obligation longtemps retardée, d'une paix juste, qu'Israël accepte ou à laquelle il soit contraint?", a plaidé cheikh Hamad.

"Cette visite pourrait encourager d'autres chefs d'Etat arabes à se rendre à Gaza", relève Moukhaïmer Abou Saada, professeur de science politique à l'Université Al-Azhar de Gaza.

"L'émir a parlé de la réconciliation uniquement pour que le Qatar ne soit pas accusé de prendre parti", estime-t-il. "La visite aura un impact négatif sur la division, qui peut pourtant être surmontée par une volonté politique. L'émir du Qatar n'est pas venu pour reconnaître l'Etat de Gaza, mais pour apporter un soutien politique, moral et humanitaire".

Selon Naji Charab, professeur de science politique dans la même université, la visite "constitue un soutien au gouvernement du Hamas à Gaza et de ce point de vue on peut y voir un approfondissement de la division".

"Mais le Qatar renforce sa relation avec le Hamas et augmente son influence et son rôle dans la bande de Gaza, et par conséquent sa capacité à le pousser vers la réconciliation", indique-t-il.

az-he-sst/sw

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