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24/10/2012 08:35 EDT | Actualisé 24/12/2012 05:12 EST

France: Jérôme Kerviel condamné à trois ans ferme et à des dommages et intérêts record

AFP

L'ex-courtier de la banque Société Générale, Jérôme Kerviel, a été condamné mercredi à cinq ans de prison, dont trois ferme, ainsi qu'à 4,9 milliards de dommages et intérêts, par la cour d'appel de Paris, qui l'a jugé responsable d'une perte record en 2008.

La cour, qui n'a pas délivré de mandat d'arrêt à l'audience, a confirmé dans son intégralité le jugement rendu en première instance. Au procès en appel, qui s'était déroulé en juin, l'accusation avait requis la peine de prison maximum, soit cinq ans ferme.

Dénonçant une "injustice lamentable", l'avocat de M. Kerviel a déclaré à la sortie de l'audience : "Nous allons rentrer travailler pour évoquer avec lui la possibilité de se pourvoir en cassation".

Arrivé visage grave et tendu, le jeune homme de 35 ans, en costume et cravate noirs, est reparti discrètement du Palais, sans faire de déclarations.

En première instance, en 2010, il avait été condamné à cinq ans dont trois ferme et à rembourser à la banque cette somme astronomique, correspondant à la perte qu'elle affirme avoir subie par sa faute.

La Société Générale a de nouveau réclamé ses 4,9 milliards, même s'il est évident que Jérôme Kerviel, issu d'une famille modeste et sans emploi, ne remboursera jamais une telle somme. La banque a d'ailleurs immédiatement dit, par la voix de son avocat, qu'elle se montrerait "réaliste" et étudierait la situation de son ancien salarié.

L'avocat de l'ex-trader, David Koubbi, avait demandé sa relaxe, affirmant que la banque "savait" ce que faisait son trader et que toute cette affaire était une "mascarade", une "escroquerie intellectuelle".

Jérôme Kerviel est accusé d'avoir pris à l'insu de sa hiérarchie des positions spéculatives de dizaines de milliards d'euros sur des marchés à risque et d'avoir déjoué les contrôles par des opérations fictives, de fausses écritures et des mensonges.

Il est poursuivi pour abus de confiance, faux et usage de faux et introduction frauduleuse de données dans le système informatique de la banque.

Des cadres de la Société Générale avaient été licenciés et les carences de ses systèmes de contrôle avaient valu à la banque une amende de quatre millions d'euros de la commission bancaire.

Mais Jérôme Kerviel a été le seul à être poursuivi en justice dans cette affaire qui avait ébranlé le monde de la finance et failli faire sombrer la banque.

L'ancien trader a admis avoir perdu le sens des réalités, se décrivant comme un hamster dans sa roue et affirmant n'avoir eu pour objectif que de faire gagner de l'argent à la Société Générale.

Mais il a aussi répété que ses supérieurs savaient qu'il outrepassait son mandat et prenait des positions spéculatives. En appel, il s'est même dit victime d'une machination, par laquelle la banque aurait couvert ses positions afin de lui faire porter la responsabilité de pertes subies dans la crise des "subprime".

Le 24 janvier 2008, quand la Société Générale avait révélé la "fraude" de 4,9 milliards d'euros imputée à Jérôme Kerviel, elle avait aussi annoncé pour deux milliards de pertes dues aux crédits hypothécaires américains. Mais l'enquête n'a détecté aucun complot.

Sans la prouver, des témoins sont venus au procès appuyer cette thèse, qualifiée de "n'importe quoi" par l'ancien PDG Daniel Bouton.

Cette "théorie du complot" s'est inscrite dans une ligne de défense plus agressive qu'en première instance, lorsque Jérôme Kerviel était défendu par un autre avocat, le pénaliste Olivier Metzner.

Ce dernier ayant abandonné le dossier en mars, David Koubbi, 39 ans, avocat réputé "people" et médiatique, a pris le relais. Dès avril, il avait déposé deux plaintes contre la Société Générale, pour escroquerie au jugement et faux.