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24/10/2012 10:12 EDT | Actualisé 24/12/2012 05:12 EST

Commission Charbonneau: Surprenant jette le blâme sur les entrepreneurs

MONTRÉAL - L'ingénieur Gilles Surprenant, retraité de la Ville de Montréal, qui a admis avoir touché près de 600 000 $ en pots-de-vin de 2000 à 2008, a tenté de jeter le blâme sur les entrepreneurs en construction, mercredi, lors de son témoignage devant la Commission Charbonneau.

«Le phénomène de corruption, c'est un phénomène qui origine de la part des entrepreneurs aussi. Au départ, un fonctionnaire corrompu, dans mon cas en tout cas, ça n'existe pas. C'est un fonctionnaire qui a été corrompu», a lancé M. Surprenant.

Tout au long de la journée, il a tenté d'atténuer son rôle dans ce stratagème, bien qu'il ait admis qu'il gonflait lui-même le prix des contrats, ultimement jusqu'à 30 ou 35 pour cent, pour satisfaire l'appétit des entrepreneurs qui s'entendaient dès le départ entre eux pour s'accorder tour à tour les contrats municipaux.

M. Surprenant est allé jusqu'à dire qu'il avait été «ébranlé» quand son collègue ingénieur et ami, Luc Leclerc, lui avait appris qu'une quote-part de trois pour cent de la valeur des contrats était versée «au comité exécutif» de la Ville de Montréal. Pourtant, à la même époque, il touchait lui-même des milliers de dollars en pots-de-vin de la part des entrepreneurs.

La juge Charbonneau a pris la peine de lui demander pourquoi il se disait «ébranlé» qu'une quote-part soit censément versée à des membres du comité exécutif, alors que lui-même en touchait une depuis des années. M. Surprenant n'a pu que répondre qu'il avait été surpris de l'apprendre «directement» comme ça.

Pas à moi d'appeler la police

Comme M. Surprenant semblait se déresponsabiliser face au système de collusion et corruption auquel il participait, le procureur de la commission l'a pris de front.

N'est-il pas vrai de dire que «chacun a besoin de chacun? Les entrepreneurs ont besoin de vous. Vous, un moment donné, vous avez dit que vous étiez malheureux de recevoir de l'argent, mais vous en avez reçu de l'argent!» s'est exclamé Me Gallant.

«Quand vous dites que moi, j'avais besoin des entrepreneurs, je suis en total désaccord. Il n'y a personne à la Ville de Montréal qui voulait un système de collusion comme ça», s'est défendu M. Surprenant.

Quand Me Gallant et la juge Charbonneau lui ont demandé pourquoi il n'a pas appelé la police, il a encore jeté le blâme sur d'autres personnes. «Tout le monde était au courant chez nous. J'en parlais ouvertement à mes supérieurs. Je pense que ce n'était pas mon rôle à moi, directement, simple fonctionnaire, d'appeler la police pour ça. Mes patrons étaient au courant de cette situation-là et, pendant neuf ans, il n'y a pas grand-chose qui a été fait», a lancé l'ingénieur retraité.

La Commission a terminé l'examen des 91 appels d'offres pour lesquels M. Surprenant a fait la conception des travaux entre 2000 et 2008, soit l'essentiel de ses projets. Il a pris sa retraite en 2009.

Dans la presque totalité des cas étudiés, M. Surprenant a admis avoir touché des pots-de-vin, allant parfois jusqu'à 22 000 $ par projet, de la part des entrepreneurs en construction. Son dernier pot-de-vin a été touché le 17 décembre 2008. Le total atteindrait les 700 000 $ quand on additionne les montants approximatifs qu'il rapporte avoir touchés pour chacun de ces projets.

Exemple de faux extras

L'ingénieur qui a travaillé 33 ans pour la Ville a également donné une démonstration de la façon dont 400 000 $ d'«extras» bidons ont été réclamés sur un chantier sur la rue Queen-Mary pour lequel il avait dessiné les plans.

L'ancien dirigeant d'Infrabec, Lino Zambito, avait témoigné du fait que de ces extras bidons, 75 pour cent étaient versés à l'entrepreneur et 25 pour cent à un autre ingénieur, cette fois affecté à la surveillance des chantiers, Luc Leclerc.

Ce dernier, un ami de M. Surprenant, aurait donc touché 25 pour cent de 400 000 $ en faux extras sur ce seul chantier, a affirmé Me Gallant.

Dans la réclamation d'extras à la Ville, on a ainsi prétendu que le roc à excaver se situait à un mètre de la surface plutôt qu'à cinq mètres. Il y avait donc une plus grande quantité de roc à excaver. On a aussi ajouté à la facture d'extras des mètres de tuyaux qui n'ont jamais été installés et des drains qui n'ont jamais été installés.

Devant un tel écart de quantités avec ses plans et devis, M. Surprenant avait été invité à se justifier par un supérieur, Gilles Vézina, au nom de Robert Marcil, son supérieur à lui.

M. Surprenant a donc repris tous ses calculs, pour démontrer que lui avait mesuré les bonnes quantités et que le problème venait donc de ce qui avait été réclamé au chantier. Il n'en a jamais entendu parler après coup, bien qu'on lui avait demandé des comptes.

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