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23/10/2012 12:50 EDT | Actualisé 23/12/2012 05:12 EST

Visite historique de l'émir du Qatar à Gaza

L'émir du Qatar, cheikh Hamad ben Khalifa al-Thani, a effectué mardi une visite "historique" dans la bande de Gaza, la première d'un chef d'Etat depuis que le Hamas a pris le contrôle de ce territoire palestinien en 2007.

Cette brève visite revêt d'autant plus d'importance qu'à de rares exceptions près, les personnalités venues à Gaza depuis cinq ans, comme le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon ou les ministres européens des Affaires étrangères, ont évité tout contact avec le Hamas, boycotté par la communauté internationale pour son refus de reconnaître Israël et de renoncer à la lutte armée.

La diplomatie américaine a réagi très prudemment à cette visite, la qualifiant de "mission humanitaire" et dénonçant une nouvelle fois le rôle "déstabilisateur" du Hamas.

"Aujourd'hui, vous annoncez officiellement la levée du blocus politique et économique imposé à la bande de Gaza", a dit à cheikh Hamad le chef du gouvernement du Hamas Ismaïl Haniyeh, lors de la pose à Khan Younès (sud) de la première pierre d'un projet immobilier destiné à des familles défavorisées, qui portera le nom de l'émir.

"Aujourd'hui nous abattons le mur du blocus (israélien) grâce à cette visite historique et bénie", a-t-il ajouté.

L'émir a ensuite rejoint la ville de Gaza, où il a inauguré d'autres projets, avant de recevoir, ainsi que son épouse, cheikha Moza, un doctorat honoris causa de l'Université islamique.

"La division entre la Cisjordanie et la bande de Gaza est ce qui nuit le plus à votre cause et à celle de tous les Arabes", a-t-il déclaré dans un discours, soulignant que "les vents du changement qui soufflent en ce moment sur la nation arabe marginalisent l'intérêt pour la cause palestinienne médiatiquement et politiquement".

"Il est temps de tourner la page de la division palestinienne, d'ouvrir le chapitre de la réconciliation et du consensus, sur la base de ce qui a été fait à Doha et au Caire grâce aux efforts sincères du président palestinien Mahmoud Abbas et du le chef du bureau politique du Hamas, Khaled Mechaal", a-t-il dit en référence au laborieux processus de réconciliation nationale.

Auparavant, M. Haniyeh avait annoncé que cheikh Hamad allait augmenter l'investissement du Qatar de 254 à 400 millions de dollars (de 195 à 307 millions d'euros).

Il faisait référence à un projet annoncé par le Qatar le 25 septembre pour la reconstruction d'infrastructures routières et de logements dans le territoire palestinien dévasté par l'opération israélienne "Plomb durci" en décembre 2008-janvier 2009.

M. Haniyeh a précisé que les fonds supplémentaires serviraient essentiellement à porter à 3.000 logements la capacité de la future "cité de l'émir Hamad" près de Khan Younès et à un projet immobilier de 25 millions de dollars (19 millions d'euros) pour les prisonniers libérés par Israël en échange du soldat Gilad Shalit en 2011.

L'émir est ensuite reparti avec sa délégation, comprenant son Premier ministre cheikh Hamad ben Jassem Al-Thani, pour le terminal de Rafah, à la frontière avec l'Egypte, par où il était arrivé peu après 10H45 (08H45 GMT).

Il avait été accueilli dans la matinée par M. Haniyeh. Les deux hommes se sont tenus côte à côte pendant que les hymnes nationaux palestinien et qatari étaient joués, avant de fouler un tapis rouge devant une garde d'honneur.

L'émir a ensuite été salué par un parterre de responsables, dont les ministres du gouvernement de Gaza.

Cheikh Hamad était déjà venu en 1999 à Gaza, où il avait été reçu par le président Yasser Arafat.

Le Hamas, qui dénonce "le blocus politique" dont il se dit victime malgré sa victoire aux élections législatives de 2006, s'évertue à attirer des personnalités internationales à Gaza depuis qu'il en a chassé l'Autorité palestinienne du président Mahmoud Abbas en juin 2007.

Le Comité exécutif de l'Organisation de libération de la Palestine (OLP) a dénoncé la visite, appelant les pays arabes à "ne pas poursuivre la politique d'établissement d'une entité séparatiste dans la bande de Gaza, qui sert fondamentalement les desseins israéliens".

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