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23/10/2012 06:16 EDT | Actualisé 23/12/2012 05:12 EST

L'incertitude sur la rédaction de la Constitution égyptienne se prolonge

La justice administrative égyptienne, qui devait se prononcer mardi sur la validité de la commission chargée de rédiger la Constitution, a renvoyé l'affaire devant une autre instance, prolongeant l'incertitude sur une étape cruciale pour la démocratisation du pays.

La rédaction d'une nouvelle loi fondamentale, censée refléter les valeurs de l'Egypte issue de la révolte qui a renversé Hosni Moubarak l'an dernier, provoque de profondes divisions entre les islamistes qui dominent le pouvoir et les mouvements laïcs et libéraux.

La Haute cour administrative, dont la décision avait déjà été ajournée à plusieurs reprises, s'est une nouvelle fois refusée à dire si cette commission était valide ou non, et a préféré transmettre le dossier à la Haute cour constitutionnelle.

Aucune date n'a été fixée pour une décision de la Cour constitutionnelle. Cette instance a elle-même violemment critiqué ces derniers jours les travaux préliminaires de la commission constituante, l'accusant de vouloir remettre en cause l'indépendance des juges constitutionnels.

Des dizaines de plaintes ont été déposées contre la commission constituante, mettant en cause sa constitutionalité et le mécanisme utilisé pour le choix de ses 100 membres.

Il s'agit de la deuxième commission constituante: la première, formée en mars et dominée par les islamistes, avait été boycottée par les libéraux, l'institution islamique d'Al-Azhar et l'Eglise copte. Elle a été dissoute après une décision de justice en avril.

Une seconde commission a été formée en juin mais reste critiquée pour son opacité. Ses détracteurs l'accusent d'être toujours dominée par des islamistes, nommés par des parlementaires en grande majorité membres de ce courant.

La commission est chargée de rédiger une nouvelle Constitution après que l'ancienne loi fondamentale a été suspendue à la suite du soulèvement populaire qui a renversé le président Hosni Moubarak en février 2011.

Ses travaux préliminaires achoppent sur des lignes de fracture profondes en Egypte, comme la place de l'islam, la liberté d'expression et de culte, les droits des femmes ou le rôle des forces armées.

"Le travail de la constituante a été dominé par le courant islamiste, alors que la Constitution doit se faire dans le consensus national. Il aurait fallu désigner des experts, mais ce n'est pas ce qui s'est passé", a affirmé à l'AFP Ahmed Mehdat Elmaraghy, ancien haut magistrat et membre d'un comité de révision de la Constitution en 1980.

Un premier brouillon de texte présenté il y a une dizaine de jours par la commission constituante "échoue à protéger les droits de la femme et le caractère civil de l'Etat", a déploré quant à elle l'ex-députée libérale Mona Makram Ebeid, qui s'était retirée de la première commission constituante.

L'incertitude sur la Constitution se double de tensions entre le pouvoir du président Mohamed Morsi, issu des Frères musulmans, et le corps judiciaire, qui ont culminé mi-octobre avec l'échec d'une tentative du chef de l'Etat d'écarter le procureur général Abdel Méguid Mahmoud.

Nommé du temps de M. Moubarak, M. Mahmoud a invoqué l'indépendance du pouvoir judiciaire pour rester en place, avec le soutien de ses pairs.

En attendant une future Constitution, le pays est régi par des "déclarations" à valeur constitutionnelle émises par le pouvoir militaire qui a dirigé le pays pendant près de 18 mois après le départ de M. Moubarak, puis par M. Morsi.

La situation actuelle est celle d'un pouvoir hyper-présidentiel, où M. Morsi cumule le pouvoir exécutif et législatif, l'Assemblée à majorité islamiste ayant été dissoute en juin dernier du temps du pouvoir militaire.

L'élection de nouveaux députés est conditionnée à l'adoption au préalable d'une nouvelle Constitution par référendum.

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