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23/10/2012 08:13 EDT | Actualisé 23/12/2012 05:12 EST

Le président iranien étale ses dissensions avec le pouvoir judiciaire

Le président Mahmoud Ahmadinejad a de nouveau étalé au grand jour ses dissensions avec le pouvoir judiciaire contrôlé par les ultra-conservateurs du régime iranien, après s'être vu refuser la visite d'une prison où est détenu l'un de ses proches.

M. Ahmadinejad a fait publier sur le site de la présidence une lettre très critique adressée après cet incident au chef de l'autorité judiciaire, l'ayatollah Sadeq Larijani, et dans laquelle il met ouvertement en cause l'impartialité de la justice.

L'autorité judiciaire a refusé la semaine dernière d'autoriser M. Ahmadinejad à visiter la célèbre prison d'Evine, à Téhéran, où sont détenus de nombreux prisonniers politiques dont, depuis septembre, le conseiller de presse du président, Ali Akbar Javanfekr.

M. Javanfekr, également directeur de l'agence officielle Irna et du groupe de presse gouvernemental Iran, a été condamné à six mois de prison pour publication d'informations jugées "contraires aux codes islamiques et à la morale", et pour "insulte au Guide" de la république islamique, l'ayatollah Ali Khamenei.

Son arrestation, intervenue alors que M. Ahmadinejad, qui l'a toujours soutenu, se trouvait à New-York pour l'assemblée générale de l'ONU, a déclenché la colère du président, qui a réaffirmé dans sa lettre à l'ayatollah Larijani que la condamnation de son conseiller était "injuste".

M. Ahmadinejad a accusé à de nombreuses reprises la justice iranienne de harceler ses partisans, depuis la crise ouverte du printemps 2011 qui l'a opposé au courant ultra-conservateur du régime se réclamant du Guide Ali Khamenei.

L'autorité judiciaire et les ultra-conservateurs ont répliqué en accusant en retour le président et ses partisans de ne pas respecter la séparation de pouvoirs et même d'avoir des visées "dictatoriales".

Alors que M. Ahmadinejad affirme que la Constitution lui donne le droit de visiter les prisons, les responsables judiciaires ont justifié leur refus en estimant qu'il voulait faire un coup d'éclat pour défendre M. Javanfekr.

Ils ont aussi estimé que le président ferait mieux de s'attacher à résoudre la crise économique grave créée en Iran par les sanctions occidentales contre le programme nucléaire iranien controversé.

M. Ahmadinejad a vertement répliqué en mettant en cause l'impartialité de la justice dans sa lettre à l'ayatollah Larijani.

"Si vous accusez aussi facilement le président, comment les Iraniens ordinaires peuvent-ils espérer bénéficier de procédures judiciaires qui les protègent?", a-t-il demandé.

Le président a également affirmé que la solution des problèmes économiques du pays passait aussi par "le contrôle de l'application de la justice, et notamment de la façon dont sont poursuivies certaines personnes impliquées dans des cas de corruption économique".

Une formulation laissant entendre que la justice pourrait se montrer un peu trop bienveillante avec des personnes impliquées dans des scandales mais proches des adversaires du gouvernement.

La publication de cette lettre par M. Ahmadinejad a suscité des critiques parmi ses opposants ultra-conservateurs mais aussi réformateurs, qui l'ont accusé de vouloir créer une diversion aux problèmes économiques et de créer de nouvelles tensions au sein du régime.

Cette nouvelle polémique vient s'ajouter à la reprise d'escarmouches avec le Parlement, renouvelé en juin.

Les parlementaires, très critiques à l'égard de la gestion de la crise par le gouvernement, ont agité la menace de convoquer plusieurs ministres et même M. Ahmadinejad avant d'y renoncer, au moins pour l'instant.

Le président a de son côté accusé début octobre le Parlement et les autres institutions du pays de lui mettre des bâtons dans les roues, suscitant un tollé parmi ses adversaires ultra-conservateurs.

Le guide a appelé la semaine dernière à une trêve politique, affirmant que la priorité face aux sanctions occidentales était de préserver le "calme" dans le pays.

Mais l'hodjatoleslam Ali Saïdi, représentant du Guide auprès des Gardiens de la Révolution, est reparti à l'attaque en accusant lundi M. Ahmadinejad, avant même l'affaire de la lettre, de "confondre son rôle et son autorité avec ceux du Guide suprême".

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